Lib. pontif
324 ÉLÉMENTS d'archéologie CHRÉTIENNE.
sont à leur place primitive et antérieures à Pascal I^""; les modifications apportées par ce pape auraient donc pu consister surtout à changer la position respective de la porte et de l'abside, comme on a fait à St-Paul-hors-les-Murs, et à décorer les parois : « Absidann vero ejusdem ecclesiae musivo opère exornato variis decenter coloribus decoravit. Simili modo et arcum triumphalem et oratorium S. Zenonis. » Il érigea aussi un oratoire de Ste-Agnès dans le monastère annexé à la basilique. C'était un monastère fondé par des moines grecs qu'avait mis en fuite la persécution iconoclaste. Du monastère et de l'oratoire nous avons un souvenir dans une inscription du XII I^ siècle conservée au Latran:
DEO • AD • HONORE M BEATORVM • MARTYRVM AGNETIS • VIRGINIS • ET ALEXANDRI • PP OBTVLIT PRATVM • MARCVS • ABBAS MONASTERII • HVIVS • SAN CTAE . PRAXE DIS
Innocent III donna ce monastère aux moines de Vallombreuse.
L'église fut plusieurs fois restaurée, au moyen-âge, dans la seconde moitié du XVP siècle par S. Charles Borromée, cardinal titulaire, et au XVI IP siècle. L'entrée principale est sur l'ancien « clivus Suburanus »; on arrive par un escalier à « l'atrium ». A l'intérieur, la basilique a encore ses colonnes diastyles, c'est-ià-dire largement écartées les unes des autres, et son architrave de forme classique. Le puits situé près de la porte, dans la nef centrale, serait celui dans lequel Ste Praxède recueillait le sang des martyrs : cette légende, qui se retrouve à Ste-Pudentienne, est évidemment un souvenir des soins que les deux saintes prirent des restes des martyrs, mais rien de plus. La plaque de marbre sur laquelle
aurait reposé Ste Praxède, et qui est fixée à gauche de la porte principale, n'est pas plus authentique; il faut seulement remarquer les colonnes dont elle est accompagnée, ce sont des débris du « ciborium » de l'ancien autel.
Pascal P'" fit dans cette église de grandes translations de reliques. Le Liber pontificalis les mentionne, et nous en avons un important monument épigraphique 'dans le catalogue sur marbre placé sur la face latérale d'un pilastre à droite de l'autel. Voici le texte de ce catalogue:
IN n(OMI)nE d(0MI)nI SALV(ATORIS) n(0ST)rI IHV XPI ^ TEMPORIBVS S(an)c(tIS) SIMI AC TER BEATISSIMI ET APOSTOLICI D(OMI)nI PASCHALIS PAPAE INFKADVCTA SVNT VENERANDA
s(an)c(to)rvm corpora in hanc s(an)c(t)am et VENERABILEM BASILICAM BEATAE XPI vir-
GINIS PRAXEDIS QVAE PRAEDICTVS PONTIFEX DIRVTA ex CYMITERIIS SEV CRYPTIS lACENTlA AVFERENS ET SVB HOC SACROS(an)c(t)0 ALTARE SVMMA CVM DILIGBNTIA PROPRIIS MANIBVS CONDIDIT IN MENSE IVLIO UEI XX INDICTIONE DECIMA l/d NOMINA VERO PONTIFICVM H AEC SVNT VRBANI STEPHANI ANTERI MELTIADIS FAVIANI IVLII PONTIANI SIRICII LVCII XYSTI FELICIS ANASTASII ET COELESTINI S} ITEM NOMIN A EPISCOPORVM. STR ATONICI LVCII ET OPTATI ê? QVAMQVAM PRESBYTEKORVM ET LEVITARV NICOMEDIS ARCHIp(rES)b(yTe)rI iVSTINI ETCYRINICYRIACI DIACONI NEMESII ATVQE lACHEI ,§) ETIAM ET MARTYRVM NOMINA ISTA SVNT ZOTICI HERHNEI lACHINTI AMANTI MARI AVDIFAX ABBACV AC S(an)c(t)oRVM OCTINGENTORVM QVORVM NOMINA SCIT OM(ni)p(OTEN)s CASTVLI FELICIS MILITIS GORDIANI EPIMACHI SERVILIANI SVLPICII DIOGENIS BASTI ET ALII LXII MARCRLLIANI MARCI FESTI ET ALII DVO TERTVLLINI FAVSTI BONOSI MAVRI CALVMNIOSI lOHANNIS KXSVPERANTII CASTI CYRILLl ET SEPTEM GERMANOS HONORATI THEODORI BASILII CRESCENTII LARGI SMARAGDI CRESCENTIONIS lASONIS MAVRI YPPOLITI PONTIANI CHRYSANTI ET ALII LXVI SIMVL QVE ET ALII MIL E CENTVM ET VIGINTIQVATVOR QVORVM NOMINA SVNT IN LIBRO VITAK MAVRI ARTHEMII POLIONIS ET ALII SEXAGINTA DVO MARTYRES ^ NOMINA QVOQVE VIRGINVM SCILICET ET VIDVARVM PRAXEDIS PVDENTIANAE IVLIANAE SYNPHOROSAE FELICVLAE MARINAE CANDIDAE PAVLINAE DARIAE BASILLAE PAVLINAE MEMMIAE MARTHAE EMERENTIANAE ZOE ET TIBVR- TIADIS Ê5 QVOCIRCA ET IN IPSO INGRESSV BASILICAE MANV DEXTRA VBI VTIQVE BENIGNISSI- MAE SVAE GENITRICIS SCILICET DOMNAE THEODORAE EPISCOPAE CORPVS QVIESCIT CONDIDIT lAM DICTVS PRAESVL CORPORA VENERABILIVM HAEC ZENONIS PRESBITERI ET ALIORVM DVORVM .'ST PARITERQVE ET IN ORATORIO BEATI lOHANNIS BAPTISTAE MANV LEVA PRAENOMINATAE BASILICAE QVI ET SECRETARIVM ESSE DINOSCITVR CONDIDIT CORPORA SCILICET MAVRI ET ALIO- RVM QVADRAGINTA MARTYRVM ® SIMILI MODO ET IN ORATORIO BEATAK XPI VIRGINIS AGNETIS QVOD SVRSV.M IN MONASTERIO SITVM EST IPSE PASTOR EXIMIVS POSVIT CORPORA PIORVM MARTYRVM VIDELICET ALEXANDRI PAPAE ATQVE EVENTII h T THEODVLI PRESBYTERIS S? HOS OMNES d(e)i ELECTOS FREQVENTIVS DEPRECANS QVATENVS PER EORVM VALEAT PRECES SVAE POST FVNERA CARNIS AD CAELI CONSCENDERE CVLMEN AMEN © FIVNT ETIAM INSIMVI.
OMNES s(AN)c(T)t DVO MiLiA ccc ('). (v, la photographie à p. 326)
I. Les deux autres catalogues fixés aux pilastres de chaque côté de l'autel sont modernes.
Ainsi cette grande translation eut lieu le 20 juillet 817, la vieille de la fête de Ste Praxède. Le pape avait fait préparer sous l'autel un souterrain rappelant les catacombes : c'est ce qui a donné lieu à l'erreur du moyen-âge nommant cimetières cette confession et plusieurs autres, et leur attribuant une étendue fantastique. La crypte n'est pas très grande, il était bien impossible d'y déposer 2300 corps, d'autant plus qu'à cette époque (IX^ siècle) on ne partageait pas encore les ossements. Il est donc permis de penser que Ste-Praxède fut en quelque sorte un dépôt provisoire d'où on envoya des reliques à d'autres églises. De fait plusieurs des Saints nommés ici sont depuis fort longtemps vénérés ailleurs. A Ste- Praxède une tradition veut aussi que beaucoup de ces ossements soient sous le pavé de la chapelle de St-Zénon, où reposait la mère du pape qualifiée du singulier titre d' « episcopa ».
Des peintures trouvées dans le clocher ont fait supposer que de ce côté était la chapelle de Ste-Agnès; mais la chose n'est pas démontrée, et l'emplacement exact de la chapelle reste encore incertain.
Le Liber pontificalis rapporte que Pascal I^'' décora de
mosaïques l'abside et l'arc triomphal de Ste-Praxède. Ces
mosaïques sont les plus célèbres de l'époque (i). Celle de
l'abside représente le Sauveur tenant de la main gauche un
rouleau; à ses côtés, S. 'Paul, Ste Pudentienne et Pascal P^
S. Pierre, Ste Praxède et un saint diacre (on peut noter
qu'ici les personnages les plus dignes sont à gauche de
Notre-Seigneur) ; au-dessus, la main divine avec la couronne,
P S et sous l'arc le monogramme du pape ^ /\ 1 ; au-dessous, le
fleuve du Jourdain (+ iordanes), l'agneau divin entouré de douze agneaux,et les deux villes symboliques de Jérusalem et Bethléem; plus bas encore, l'inscription dédicatoire composée entre la translation (817) et la mort de Pascal (824): Voici le texte de cette inscription:
I. Elles ont été étudiées par Davanzati, Notizie al pellegrino Jella basihca di S. Prassede, Roma, 1725 ; — Ciampini, Veterainonimenta ; et de Rossi, Musaici'
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*h EMICAT AVLA PIA VARIIS DECORATA METALLIS ^ + PONTIFICIS SVMMI STVDIO PASCHALIS ALVMNI ^ PLVRIMA SCORVM SVBTER HAEC MOENIA PONIT 4-
*i* PRAXEDIS DNO SVPfiR AETHRA PLACENTIS HONORE f^ SEDIS APOSTOLICAE PASSIM QVI CORPORA CONDENS Sf FRETVS VT HIS LIMEN MEREATVR ADIRE POLORVM +
Sur l'arbre qui termine le tableau, à gauche, près du pape, l'artiste a placé un phénix, symbole d'immortalité. Sur le plan extérieur de l'abside, on voit le trône de l'Agneau au milieu des sept candélabres, de quatre anges et des symboles des Évangélistes ; un peu au-dessous, les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse présentant 'leurs couronnes.
Le sujet de la mosaïque de l'arc triomphal est la Jérusalem céleste: Notre-Seigneur et les élus sont dans une grande enceinte flanquée de tours ; on reconnaît près de lui la T. Ste Vierge, Ste Praxède, S.^Pierre, S. Paul, S. Jean-Baptiste, les Apôtres; des anges gardent les portes et se préparent à introduire une foule de Saints, peut-être ceux dont les reliques reposaient dans l'église. Au sommet de la Jérusalem céleste, deux saints peuvent être des personnifications de l'Ancien et du Nouveau Testament.
Le Liber pontificalis mentionne aussi la chapelle de S. Zenon. Ce martyr était honoré sur la voie Flaminienne, dans le sanctuaire dédié à S. Valentin dont il est appelé le frère, sans doute « f rater in passione {^) ». L'entrée de la chapelle est décorée de colonnes et d'une architrave de style classique; l'urne qui la surmonte est certainement païenne. L'inscription atteste la restauration faite par Pascal P"".
^ PASCHALIS PRAESVLIS OPVS DECOR(e) FVLGET IN AVLA g< QVOD FIA OPTVLIT VOTA STVDVIT REDDERE DO : P S : ^