Ord. XI {P. L., t. XLVIII, C0I
l'année liturgique. 69
rum, depuis les temps byzantins, était par excellence le lieu des processions solennelles.
« Il peut paraître étrange d'accoler deux idées aussi différentes que celles qu'éveillent les termes de Forum romain et de liturgie ciatholique. Vesta, Saturne, Curtius, César, Faustine et les autres noms de dieux ou de Romains qui planent sur ces ruines, semblaient faits pour les défendre contre toute appopriation chrétienne. Il n'en est pourtant pas ainsi. L'Église est parvenue à installer au cœur même de la vieille Rome non seulement ses édifices et ses œuvres de charité, mais encore les pompes de son culte...
« Le 17 novembre, la fête était à l'église St-Césaire, située sur le haut du Palatin, dans l'enceinte du grand palais impérial... La messe se célébrait au Palatin; mais la procession s'organisait à l'église des Sts-Côme-et-Damien. Après les premières prières récitées d^ns cette église, elle prenait à gauche par la Voie sacrée, passait devant l'arc de Titus et entrait au palais près du lieu où Jupiter Stator arrêta les Romains en fuite et les décida à faire tête aux Sabins.
« Aux quatre Têtes de la Vierge, le 2 février, le 25 mars, le 15 août et le 8 septembre, la station était à Ste-^Marie- Majeure. Mais c'est 'du Forum que la procession partait. Le rendez-vous était à St-Hadrien. De grand matin, on y voyait arriver de toutes les régions presbytériales ou diaconales des processions partielles, marchant avec des cierges allumés, au chant des antiphones. Le Pape arrivait de son côté, il entrait à Ste-Martine, où ses 'diacres et lui revêtaient des planètes (chasubles) noires. Puis il procédait à la distribution des cierges bénits. Pénétrant ensuite dans l'église St-Hadrien au ch^nt du premier introït, il montait à l'autel pour la prière appelée « collecta ». Alors le grand cortège se mettait en mouvement. En tête les sept croix région,ales suivies par le peuple, puis les cardinaux-prêtres, les sous-diacres, enfin le pontife pieds nus, entouré de ses diacres et précédé immédiatement de deux cierges, d'une croix et d'un encensoir fumant. Derrière lui marchait le chœur des chantres, exécutant des antiphones. La procession ne faisait pas un grand
yo ÉLÉMENTS d'aRCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE.
parcours sur le Forum. En sortant de St-Hadrien, elle tournait à gauche et, passant devant l'ancien temple de Janus, elle s'engageait à travers l'antique Argilète et la Suburra, dans la direction de Ste-Marie-Majeure.
« Ces processions remontaient aux dernières années du VI I^ siècle; elles .avaient été instituées par le pape Serge I^^ (1). De bonne heure, celle du 15 ,août prit une solennité particulière. On y portait la grande image achéropite du Sauveur qui se conservait et se conserve encore dans le palais pontifical de Latran... Dès le matin du 14 août, le pape .allait à l'oratoire de St-Laurent ouvrir l'armoire qui renfermait la célèbre icône ; il faisait trois prostrations devant elle, lui baisait les pieds et la descendait. x\u milieu de la nuit, après les matines de Ste-Marie-Majeure, le Pape revenait au Latran. Les cardinaux se chargeaient de l'icône et la procession se mettait en marche dans la direction du Colisée... A Ste-Marie-la-Neuve, sur la Voie sacrée, on faisait une première station. Les clercs, à l'intérieur de l'église, exécutaient les psalmodies de Matines ; au dehors, l'image, arrêtée devant le portique, était l'objet d'une cérémonie singulière. On lui l,avait les pieds avec de l'eau parfumée. Seconde station devant St-Hadrien, et nouveau lavement des pieds du Christ... De St-Hadrien, le cortège se remettait en m,arche vers Ste-Marie-Majeure. Mais au lieu de prendre par l'ancien Forum de Nerva, il rétrogradait jusqu'à St-Côme et passait, entre cette église et la basilique Constantinienne, sous une arcade appelée « arcus Latronis », où le diable avait j,adis fait des siennes. Plus loin, on trouvait la « maison d'Orphée », où, du temps du pape Léon IV. un serpent basilic avait établi son repaire. C'est précisément au cours de la procession de l'Assomption que ce saint pontife avait triomphé du monstre et arrêté le cours de ses méfaits. Enfin on arrivait à Ste-Marie-Majeure, bien fatigués ; une messe pontificale, aux premières lueurs de l'aurore, terminait cette longue cérémonie,