‹ Éléments d'archéology chrétienne (volume 3)Chapitre 129 sur 378 · I. Cf. de Rossi, Bullett., 1872. p · texte numérisé non relu

I. Cf. de Rossi, Bullett., 1872. p

LE CIMETIÈRE DE PRÉTEXTÂT. 207

l'étudier de nouveau avec les procédés d'investigation plus perfectionnés que l'on a aujourd'hui et fixer l'âge de ce sujet si rarement représenté. De Rossi n'avait pu que l'apercevoir dans sa jeunesse.

A la surface du sol il y eut des oratoires, de petites basiliques. L'un de ces oratoires devait correspondre au tombeau de S. Zenon, martyr du III^ siècle, appelé « frater Valentini », sans doute « frater in passione » {^). Là aussi se trouvait l'église des Sts-Tiburce.Valérien et Maxime, dont parlent les Actes de Ste Cécile. Nous n'avons pas d'indices suffisants pour déterminer avec certitude la place de ces monuments. On a seulement constaté dernièrement que les ruines dans lesquelles on avait jadis cru les reconnaître et qui sont encore visibles dans la vigne de Romanis, sont simplement des restes des anciens tombeaux : leur forme et la distance relativement grande qui les sépare du groupe historique du cimetière, ne permettent pas de leur assigner une autre origine. On s'est assuré, à cette occasion, qu'au delà du point [12] la « spelunca magna » devient un peu plus étroite ; il s'y trouve quelques marches d'escalier pouvant indiquer une ancienne entrée. Dans ce prolongement de la galerie on a relevé quelques fragments épigraphiques, dont un en caractères damasiens.

A une époque tardive, on a mis en communication avec le cimetière de Prétextât un hypogée non chrétien, dont l'entrée est sur la voie Appienne, presque vis à vis du monastère des Trappistes. Cet hypogée, avec ses galeries, ses « loculi », ses arcosoles, a la forme d'un cimetière chrétien, et longtemps on l'a cru tel ; mais on peut reconnaître son vrai caractère et sa destination dans une peinture qui représente un festin païen et nomme deux adorateurs de Bacchus Sabazius, Vibia et Vincent. La forme souterraine des tombeaux orientaux a souvent été imitée au III^ siècle, même par les païens, quand tomba en désuétude l'usage de la crémation.

I, Cf. O. Marucchi, //cimi/ero e la basilicadi S. Valentino, p. 125.

Gl)apttrc 0irièmc.

PUISQUE nous expliquons les catacombes de la voie Appienne, il ne sera pas hors de propos de dire quelque chose, en suivant l'exemple de Bosio, des cimetières que les Juifs possédaient sur cette voie. Nous en connaissons trois : l'un dans la vigne Randanini, un autre derrière St- Sébastien, dans la vigne Cimarra, le troisième sur la via Appia Pignattelli. Le premier est le plus important ; j'en donnerai donc une rapide description.

§ I^% Les Juifs à Rome et leurs sépultures.

Quelques indications d'abord sur l'histoire de la colonie juive à Rome et les monuments qu'elle y a laissés.

Les premières relations des Juifs avec Rome commencèrent au temps desMachabées; de fréquentes alliances furent alors conclues entre les deux peuples (i). L'an 64 avant J.-C, le grand Pompée réduisit en province le royaume des Séleucides. C'était le moment ou Hyrcan disputait la couronne à son frère Aristobule, qui régnait en Judée. Pompée se montra favorable à ses ambitions ; les Juifs refusant de se soumettre, il mit le siège devant Jérusalem et s'empara de la ville ; puis il plaça Hyrcan sur le trône, en le faisant tributaire de l'empire, et emmena à Rome Aristobule prisonnier avec une nombreuse suite.

Après la bataille de Philippes, Antoine,maître de l'Orient, nomma roi de Judée l'Iduméen Hérode, fils d'Antipater lé ministre d'Hyrcan (714 de Rome). Hérode, avec l'aide d'Antoine, défit le parti d'Antigone Asmonée, fils d'Aristobule, et commença à régner tranquillement l'an 716 de Rome. Sous

I. Mâchai., i, 8, etc. ; — Flav. Josèphe. Aniiq. jnd., XII, lo ; XIII, 5, 7, 9.

son règne, l'an 747, naquit le Rédempteur. A la mort d'Hérode(75o), son royaume fut partagé par les Romains, la Judée donnée à Archelaiis, la Galilée à Hérode Antipas (celui de la Passion), l'Iturée et la Traconitide à Hérode Philippe. En 759, Auguste exila Archelaiis, et la Judée, réduite en province sous l'administration d'un procureur, dépendit du gouverneur de la Syrie.

Quelques années après, Hérode Agrippa (celui des Actes des Apôtres), neveu du premier Hérode, reçut de Claude le titre de roi de Judée ; mais au bout de trois ans, ce royaume redevint de nouveau province romaine. Il resta toujours tel, malgré les soulèvements populaires qui éclatèrent sous Néron, Vespasien et Hadrien, et qui tous furent étouffés dans le sang.

Ce rapide aperçu permet de comprendre comment, par suite des étroites relations qui existaient entre les deux peuples, beaucoup de Juifs vinrent à Rome dès les dernières années de la République, et comment beaucoup, surtout après l'asservissement de la Judée, s'établirent dans la métropole pour s'y livrer à l'industrie et au commerce.

De fait, nous savons qu'au temps de Cicéron la colonie juive à Rome était déjà assez considérable pour que l'illustre orateur pût parler de la « multitudo Judaeorum » (i) ; et qu'à l'époque des guerres civiles. César, dans un but politique, leur fut très favorable (2). Zélés partisans du dictateur, ils pleurèrent sa mort tragique et s'associèrent au deuil de ses funérailles (3). Leur nombre s'accrut sous Auguste : ce fut pour cette raison même que Tibère les chassa et interdit rigoureusement tout culte étranger : « Externas caeremonias, aegyptios judaicosque ritus compescuit » ('^).

Pendant le règne dé Caligula ils durent revenir en foule, car Philon rapporte que les ambassadeurs de Jérusalem arri-

Page 1