‹ Éléments d'archéology chrétienne (volume 3)Chapitre 162 sur 378 · I. Garrucci, iiid · texte numérisé non relu

I. Garrucci, iiid

nouvelle preuve que les Juifs, en dehors de leur pays, se conformaient aux coutumes étrangères, au point d'abandonner la langue paternelle pour y substituer celle du milieu où ils vivaient. Toutefois même dans les inscriptions grecques et latines ils employaient parfois des acclamations hébraïques, notamment le salut solennel di~?Eî^, i Schalom, paix », tiré de la formule biblique : « In pace in idipsum dormiam et requiescam. » Les inscriptions proprement hébraïques sont assez rares dans les cimetières juifs du monde romain. Bosio n'en signale pas dans le cimetière de la voie de Porto ; aucune n'a été trouvée dans celui de la voie Appienne, et il n'y en a que très peu dans celui de Venosa. Sur la voie Labicane on en aperçoit seulement quelques traces.

Voici la liste des fragments épîgraphiques et des symboles, peints ou tracés à la pointe, que j'ai relevés dans ce dernier cimetière.

1. Fragment de terre cuite ayant fermé un « loculus ». Sur la chaux qui le fixait au tombeau sont peintes en rouge les lettres GN6//7/. évidemment les premières de la formule bien connue : EN0AAG KGITAI, « hic jacet ». Au-dessous, également peint en rouge, le symbole solennel du culte judaïque, le chandelier à sept branches, que nous retrouverons tout à l'heure (n^ 6) avec tous ses accessoires.

2. Fragment de terre cuite semblable au précédent. Sur la chaux, les lettres /7*I>0C'//', que je complète ainsi : TA^POC, « tombeau », puis le nom du défunt, maintenant entièrement effacé. Au-dessous, le chandelier à sept branches.

3. Autre débris de terre cuite, fragment d'une inscription qui devait être plus longue que la précédente, à en juger par les lettres subsistantes. En complétant les mots, et en la rapprochant d'autres inscriptions connues, je propose de la lire ainsi :

jivHMH bi%(x,iou [aet' âyzwpictov àv dp'fivr] xocjaHCIC ATtoD « Memoria justi cum laudibus (expression empruntée au livre des Proverbes, X, 7). In pace dormitio ejus. »

4. Plaque déterre cuite sur laquelle sont peintes en rouge les trois lettres hébraïques beth, schin, aleph. Ce sont, à n'en pas douter, les initiales du salut souvent usité dans ce genre d'inscriptions: pï^ ù)"7^2, «in pace Amen».

5. Auprès de la porte d'une chambre [H], tombe à « absis > [E]. On aperçoit au fond de vagues traces de caractères hébraïques peints en rouge.

L'inscription est en caractères cursifs et de lecture difficile. Je l'ai rapprochée d'une autre semblable, tirée du cimetière de Venosa, et dont voici le fac-similé :

rf^

Garrucci la transcrit ainsi en caractères communs :

et traduit

V^ ligne : njriDiQ l^ na^D

SEDES FAVSTINAE REQVIESCIT CORPVS FAX

Que l'on rapproche les deux premiers signes de notre inscription des premiers de l'inscription de Venosa, 2^ ligne. Il est évident qu'ils se ressemblent. Le premier signe est formé d'un nun et d'un vav réunis, le second est un chet. Nous lirons donc: n-'iJ, « nuah, requies ». Dans les signes qui suivent je reconnaîtrais le nom de la propriétaire du

tombeau, ^'^}^, « Sarah » ; et en laissant de côté la première ligne, effacée et indéchiffrable, je lirais l'inscription de cette manière : nn:^ niD, « nuah Sarah, repos de Sarah ».

6. « Grafïito » représentant le candélabre juif et d'autres symboles. Il est tracé sur l'enduit qui recouvre le côté d'un «loculus» [S] dans la galerie [IL], non loin de l'escalier [I]. Nous avons ici un candélabre beaucoup plus nettement dessiné que ceux que nous avons précédemment vus peints sur des briques. La forme de ses bras recourbés est très

régulière ; aux extrémités on distingue les « techae » rondes destinées à recevoir les lampes mobiles de métal. C'est le symbole le plus solennel du culte judaïque ; il rappelait aux Hébreux dispersés le tabernacle du temple de la sainte Sion : c'est pourquoi nous le trouvons très souvent figuré sur les monuments de ce peuple en exil. Le candélabre de Jérusalem est décrit dans \ Exode (^) ; Flavius Josèphe en fait mention, à propos du triomphe de Titus : il rapporte que ce fut un des objets sacrés pris par le vainqueur dans le sac de la ville et transportés à Rome (2). Suivant Lamy, les Romains n'auraient emporté qu'une imitation ou une copie du vrai candélabre, et celui-ci aurait disparu dans l'incendie du temple (3). Mais Rolando a réfuté cette opinion, et prouvé que c'est bien du candélabre à sept branches que Titus s'empara, qu'il faut par conséquent en reconnaître une image authentique dans les bas-reliefs célèbres qui ornent l'arc triomphal érigé au sommet de la voie Sacrée (4). En effet le

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