‹ Éléments d'archéology chrétienne (volume 3)Chapitre 164 sur 378 · Levit., XXIII · texte numérisé non relu

Levit., XXIII

signification politique en même temps que religieuse : cette solennité, en effet, coïncidait avec celle des Encénies, c'està-dire de la dédicace du nouveau temple par Hérode et l'anniversaire de l'avènement de ce prince.

Il reste à signaler dans un grand nombre de « loculi » des débris de verres scellés dans la chaux, en dehors du tombeau, comme on en voit dans les cimetières chrétiens. Juifs ou chrétiens, ces verres sont des fragments de coupes ou de tasses employées, au moment de la sépulture, pour asperger les cadavres d'aromates, de baumes et de liqueurs odoriférantes. Parfois les Juifs s'en étaient servis dans leurs festins, comme les chrétiens s'étaient servis dans leurs agapes de vases analogues. La planche V du grand ouvrage de Garrucci, Vetri ciiniteriali, donne des exemples de ces verres juifs ornés de représentations symboliques. Le plus souvent ils ont un fond d'or et présentent les emblèmes connus du candélabre, du « lulab », de la corne de l'onction et de r « aron > où se conservait la loi. Je n'ai trouvé aucun de ces symboles sur les fragments de verre du cimetière de la voie Labicane, mais j'y ai remarqué des traces évidentes de dorure ; il n'est pas douteux qu'ils appartiennent à la même catégorie.

A cette classe de monuments appartient un remarquable verre, d'autant plus précieux qu'il est unique, avec l'image du temple de Jérusalem. De Rossi l'a publié et en a donné un savant commentaire (^). La perspective représente le portique de Salomon, et au milieu le temple, devant lequel s'élèvent les deux colonnes isolées, en bronze, décrites par le livre des Rois, les Paralipomènes et Ezéchiel (2). En avant, les symboles du candélabre, du « lulab » et du cèdre, et les vases sacrés du temple. Autour de l'édifice on lit : OIKOC • IPHvr.C AABG GTAOriAv, « domus pacis, accipe benedictionem », et au delà du portique: rlvz Ç'r.a-a»,; asTa twv CùJN ïlANTUJN,«bibe et vives cum tuis omnibus.» De cette

1. Verre représentant le temple de Jérusalem, dans les Archives de V Orient latin, t. II, 1883, p. 439-455-

2. Elles étaient l'œuvre d'artistes phéniciens et portaient les noms de Jakin et Boaz. Cf. /// Reg., vu, 21 ; Chronic, II, 3, 17 ; Ezech., XL, 48, 49.

acclamation M, de Rossi a justement conclu que ce verre était le fond d'une tasse employée dans les banquets religieux des Juifs, spécialement pour la cérémonie du « calix benedictionis », qui faisait partie de la fête des Tabernacles, et à laquelle font allusion les mots: AABE • EYAOriAN.Je rappellerai à ce propos que le rite du calice de bénédiction partagé par tous les commensaux était aussi usité dans la Pâque, et que le Sauveur voulut y rattacher, à la dernière cène, l'institution du sacrement de l'Eucharistie (^). On comprend qu'à cause de l'usage auquel ils se rapportaient, même les plus petits fragments de ces verres ont leur importance.

Il est très probable que le verre représentant le temple de Jérusalem a quelque relation avec le cimetière juif de la voie Labicane. Il fut trouvé dans une galerie de la catacombe des SS. Pierre et Marcellin, « ad duas lauros », non loin de la vigne Apolloni. Il a donc très vraisemblablement appartenu d'abord, soit au cimetière juif voisin, soit à quelque employé de ce cimetière, et qu'il a été acheté dès l'antiquité par un chrétien qui en orna un tombeau dans l'hypogée « ad duas lauros ». Ce détail tendrait à prouver que le cimetière juif de la voie Labicane servit à la sépulture de personnes d'un certain rang; probablement il renfermait d'autres monuments de même genre, que pourraient faire découvrir des fouilles régulières pratiquées dans les galeries encore remplies de terre. Dans le faible espace accessible on distingue l'entrée d'un bon nombre de ces galeries latérales : il est probable que le cimetière ne devait pas être moins vaste que celui de la vigne Randanini.

Avait-il quelque relation avec un des centres formés dans Tancienne Rome par la communauté Israélite ? C'est tout à fait croyable. Les Juifs, dit Tacite (2), vivaient séparés du reste de la population ; Stace (3) et Martial (4) nous appren-

1. Cf. Ugolini, Dissertatio de ritibtis in coena Domini, etc.

2. « ... Separati epulis, discret! cubilibus. » {Hist., 1. V, c. 5).

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