op. cit., p. II et
bares. Selon toute probabilité, ses Actes sont du VI^ siècle et ont pour auteur un pieux moine de cette époque (^).
Bien qu'ils ne soient pas authentiques, ils contiennent nombre de traits réellement historiques. L'auteur a dû avoir sous les yeux des documents beaucoup plus anciens qu'il a compilés. Nous y trouvons en effet plusieurs traces évidentes d'antiquité. Ainsi on a conservé le nom du préfet, Aspasius Paternus, qui condamna Agnès. Cette indication peut servir à fixer la date du martyre. Déjà quand les Bollandistes écrivirent la vie de la Sainte, on agitait la question de savoir si Agnès avait été martyrisée sous Dioclétien ou plutôt sous Valérien. Cette seconde date doit être la vraie. En effet, les Actes de S. C3^prien, qui sont authentiques, nous parlent d'un magistrat romain nommé Aspasius ; or S. Cyprien fut martyr sous Valérien. Aspasius Paternus fut préfet de Rome en 264 ; il n'est pas impossible qu'il ait, quelques années auparavant, joué un rôle dans le procès de Ste Agnès comme employé de la préfecture urbaine.
Nous trouvons une autre preuve de l'antiquité des documents primitifs dans les expressions de symbolisme chrétien très ancien que renferment les Actes. Ils racontent que le fils du proconsul voulant épouser Agnès : «J'ai donné ma foi, répondit-elle, à l'Époux céleste qui me nourrit de lait et de miel. » Ce symbole de la grâce divine se retrouve et dans les peintures catacombales antérieures à la paix et dans d'autres Actes du II l^ siècle certainement authentiques, comme ceux de Ste Perpétue. — Du reste Ambroise luimême déclare qu'il a consulté d'autres documents : « Haec ego Ambrosius servus Christi dum in voluminibus abditis invenirem scripta, non sum passus infructuoso silentio tegi. »
Sur son refus d'épouser le fils du proconsul, Agnès fut, suivant les Actes, exposée dans un lieu infâme. Cet épisode répond parfaitement au caractère des persécutions du
I. Un savant philologue, M. Pio Franchi de' Cavalieri, a publié une étude sur ces Actes, S. A^nese nella tradizione e nella leçgenda, Roma, 1899. Sa critique est très fine, mais peut-être un peu sévère ; il semble bien que les Actes aient une valeur historique plus grande que celle qu'il leur accorde.
l8 GUIDE DES CATACOMBES ROMAINES.
III® siècle; Tertullien nous dit en effet que fréquemment les vierges chrétiennes étaient condamnées à ce supplice : € Nam et proxime ad lenonem damnando christianam potius quam ad leonem, confessi estis labem pudicitiae apud nos atrociorem omni poena et omni morte reputari » (i). Agnès fut protégée par ses cheveux, qui la revêtirent comme un manteau. Jetée ensuite dans un bûcher ardent, les flammes ne la touchèrent pas. Alors Aspasius ordonna de lui enfoncer le glaive dans la gorge.
Après la mort de la jeune martyre, son corps fut enlevé par ses parents et transporté sur la voie Nomentane, dans le cimetière qu'ils y possédaient, «in praediolo suo>. La déposition ne se fit pas sans difficultés. Une jeune fille, sœur de lait d'Agnès et probablement affranchie de sa famille, Ste Émérentienne, ayant suivi le cortège et voulu prier sur la tombe de la martyre, les païens la tuèrent sur place à coups de pierres.
Tout ce récit des Actes concorde bien, en substance, avec deux autres documents très importants : un hymne de Prudence (2), et l'inscription damasienne, conservée en son entier à l'entrée de la basilique de la voie Nomentane :
FAMA REFERT SANCTOS DVDVM RETVLISSE PARENTES AGNEN CVM LVGVBRES CANTVS TVBA CONCREPVISSET NVTRICIS GREMIVM SVBITO LIQVISSE PVELLAM SPONTE TRVCIS CALCASSE MINAS RABIEMQ.VE TYRANNI VRERE CVM FLAMMIS VOLVISSET NOBILE CORPVS VIRIBVS IMMENSVM PARVIS SVPERASSE TIMOREM NVDAQVE PROFVSVM CRINEM PER MEMBRA DEDISSE NE DOMINI TEMPLVM FACIES PERITVRA VIDERET O VENERANDA MIHI SANCTVM DECVS ALMA PVDORIS VT DAMASI PRECIEVS FAVEAS PRECOR INCLYTA MARTYR
Suivant une tradition très ancienne (3), les souterrains de l'église actuelle de la place Navone sont le lieu même où fut