LA VIA SALARIA NOVA. — CIMETIERE DE STE-FÉLICITÉ
LA Via Salaria sortait de la ville par la Porta CoUina, de l'enceinte de Servius Tullius. Elle se bifurquait bientôt pour former la Via Salaria vêtus, qu'on peut reconnaître dans le chemin qui part de la Porta Pinciana ; et la Via Salaria nova, qui continuait tout droit en dehors de la Porta Salaria actuelle. La direction de cette dernière voie est marquée par les monuments sépulcraux qui subsistent encore près de la porte : à droite, le tombeau du jeune poète Q. Sulpicius Maximus, dont l'inscription est au musée du Capitole ; et à gauche celui d'un inconnu. Englobés par Honorius dans les tours de l'enceinte, ces monuments furent
I. Index Coemeieriorum e Notitia regionnm : « Coemeterium Priscillae ad S. Silvestrum via Salaria. Coemeterium Jordanorum ad S. Alexandrum via Salaria. Coemeterium Thrasonis ad S. Saturninum via Salaria. » — Itinéraire de Salzbourg : « Deindevenies ad S. Felicitatem altéra via, quae similiter Salaria dicitur, ibi illa pausat in ecclesia sursum et Bonifacius pp et martyr in altero loco et filii (lire: filius) ejus sub terra deorsum. Deinde eadem via pervenies ad ecclesiam S. Saturnini papae et martyris : in altéra ecclesia Daria virgo et martyr pausat et Crisanti martyr. Postea pervenies eadem via ad speluncam ubi S. Hilaria martyr : deinde eadem via ad S. Alexandrum martyrem, ibi pausant Theodulus et Eventus et longe in interiore spelunca Alexander martyr requiescit. Postea ascendens eadem via ad S. Silvestri ecclesiam ibi muUitudo sanctorum pausat: primum Silvester sanctus papa et confessor et ad pedes ejus S. Syricus papa et in dextera parte Celestinus papa et Marcellus episcopus ; Philippus et Félix martyres et multitudo sanctorum sub altare majore et in spelunca Crescentius martir et Fimitis pausat in cubiculo quando exeas et in altéra S. Potenciana martyr et Praxedis. » — De locis SS. martyrnm : « Juxta viam Salariam ecclesia est S. Felicitatis ubi ipsa jacet corpore, ibi et Sillanus filius ejus unus de VII est sepultus et Bonifacius cum multis sanctis ibi dormiunt. Juxta eandemviam S. Saturninus cum multis martyribus dormit (d'une autre main : in aliaquoque ecclesia S. Chrisantus et Daria virgo et LXII martyres) : propequeibi S. Alexander et S. Vitalis sanctusque Martialis, qui sunt très de septem filiis Felicitatis, cum multis martyribus jacent. Ibi et VII virginesid est S. Saturninaet S.Hilaria, S. Dominanda, S. Serotina, S. Paulina, S. Donata, S. Rogantina requiescunt. Juxta eandemviam Salariam S. Silvester requiescit, et alii quamplurimi.id est S.Caelestinus, S. Potentiana, S. Praxedis, S. Marcellus, S. Crescentianus, S. Maurus, S. Marcellinus, S. Prisca, S. Paulus, S. Felicis unus de septem, S. Philippus unus de septem, S. Semetrius, et in una sepultura CCCLXIII. Per eandem quoque viam venitur ad ecclesiam S. Michaelis septimo milliario ab Urbe. » — Itinéraire de Guillaume de
Guide des catacombes romaines. 23
retrouvés, lorsqu'après le bombardement de 1870 on reconstruisit les murs sur les dessins de l'architecte Vespignani. Un peu plus loin, à gauche, dans la propriété Bertone, on voit aussi le magnifique mausolée rond de P. Lucilius Petus ('). Sur cette voie, les documents indiquent quatre groupes de cimetières : celui de Maxime ou de Ste-Félicité, celui de Trason et Saturnin, celui des « Jordani » et celui de Priscille. Ste Félicité (2) fut mise à mort avec ses sept fils sous Marc-Aurèle. On peut lire dans Ruinart les Actes de son martyre. Bien qu'ils ne soient pas authentiques, ils remontent à une très haute antiquité. Le texte que nous possédons est, d'après Tillemont, une traduction faite sur le grec ; le nom de l'empereur y est en effet donné sous sa forme grecque Antoninos. Le gouverneur, appelé Publius, devait être P. Salvius Julianus, qui fut préfet de Rome sous Marc-Aurèle en 162. Cette date concorde avec les autres indications fournies parles Actes : ils parlent tantôt de deux empereurs, tantôt d'un seul ; or en 162 il y eut en effet deux
Malmesbury : « Deinde basilica S. Felicitatis, ubi requiescit illa et Silanus filius ejus et non longe Bonifatius martyr. Ibidem in altéra ecclesia sunt Crisantus et Daria et Saturninus et Maurus et Jason et mater eorum Hilaria et alii innumerabiles. Et in altéra basilica S. Alexander, Vitalis, Martialis filii S. Felicitatis. Et sanctae VII virgines Saturnina, Hilarina, Dominanda, Rogantina, Serotina, Paulina, Donata. Deinde basilica S. Silvestri ubi jacet marmoreo tumulo coopertus et martyres Caelestinus, Philippus et Félix et ibidem martyres CCCLXV in uno sepulcro requiescunt, et prope Paulus etCrescentianus, Prisca et Semetrius, Praxedis, Potentiana pansant. » — Itinéraire d' Einsiedeln : « In via Salaria extra civitatem in sinistra S, Saturnini: in dextera S. Felicitatis cumseptem filiis.» — Vita Hadrianil: « Coemeterium S. Felicitatis via Salaria una ecclesiis S. Silvani martyris et S. Bonifacii confessons atque pontificis uno cohaerentes solo mirae restauravit magnitudinis. Sed et basilicam S. Saturnini in praedicta via Salaria positam una cum coem. SS. Chrysanthi et Dariae renovavit atque coemeterium S. Hilariae innovavit. Immo et coem. Jordanorum, videlicet SS. Alexandri et Vitalis et Martialis martyrum, seu SS. septem Virginum a novo restauravit. Pariter in eadem via Salaria coem. S. Silvestri confessoris atque pontificis aliorumque sanctorum multorum in ruinis positum renovavit. » — Index coemeteriorum e libro Mirabiliuj?i : « Coemeterium fontis S. Pétri (cf. supr. p. 309). Coemeterium Priscillae ad pontem Salarium. Coemeterium adclivum cucumeris. Coemeterium Thrasonis ad S. Saturninum. Coemeterium S. Felicitatis. »
1. Le niveau de la voie à cet endroit était plus bas qu'aujourd'hui. Sous le monument de Lucilius Peto il y a un petit souterrain, avec des galeries et des « loculi », semblable à un cimetière chrétien, et qui pourrait en effet avoir été creusé par les propriétaires devenus chrétiens. Mais il est tellement dévasté qu'on n'en peut rien affirmer avec certitude.
2. Cf. de Rossi, Bullet., 1863, p. 17-22, 41 sq.; 1884, p. 149185 ; — Doulcet, Essai, sur les rapports de l'Église chrétienne avec l'État romain, p. 187-219.
empereurs : Marc-Aurèle à Rome, et Lucius Verus en Orient.
Ces Actes ne sont peut-être qu'un extrait du procès-verbal rédigé à l'époque même. La traduction que nous en avons a été faite sur un texte défectueux ; S. Grégoire le Grand parle d'un meilleur texte, «gesta emendatiora » (i). Elle garde néanmoins des indices de son antiquité. Ainsi les réponses des accusés sont très consises. On ne donne aucune indication sur les tombeaux des martyrs : on n'aurait pas manqué de le faire au V^ siècle, car ils étaient alors devenus très célèbres.
D'après les Actes, c'est à la suite d'une émeute que fut mise à mort Ste Félicité : « Temporibus Antonini imperatoris orta est seditio pontificum et Félicitas illustris femina cum septem filiis suis christianis tradita est... Videntes autem pontifices praeconia christiani nominis per eam profecisse suggesserunt de ea Antonino Augusto. » Ils représentèrent que les dieux de l'empire étaient irrités, et réclamèrent son immolation. «Tuncimperator Antoninusinjunxit praefectoUrbis Publio.» Aux sollicitations du préfet, la Sainte répondit que ni les menaces ni les caresses ne pourraient la séduire : ^ Viva te superabo, et si interfecta fuero, melius te vincam occisa. > Le jour suivant, « Publius sedit in foro Martis et jussit eam adduci cum filiis suis ». Le nom de forum de Mars fut donné, à une époque tardive, à l'ancien forum d'Auguste, sur lequel était construit le Temple de Mars vengeur. Les fils de Félicité furent appelés dans l'ordre suivant : Janvier, Félix, Philippe, Silanus, Alexandre, Vital et Martial. Sur le rapport qui lui fut fait, l'empereur les condamna à divers supplices : € Antoninus vero misit eos ad diversos judices ut variis suppliciis afficerentur. E quibus unus judex primum fratrem plumbatis occidit, alter secundum et tertium fustibus mactavit, alius quartum praecipitio interemit, alius in quintum, sextum et septimum capitalem fecit subire sententiam. Alius matrem illorum capite truncari jussit. Et ita diversis suppliciis interempti omnes effecti sunt victores et martyres
I. s. Greg. Magn., Hom. in Evan., lib. I, hom. 3 {P. L., t. LXXVI, col. 1087).
Christi et cum matre triumphantes ad praemia in coelis percipienda convolarunt. »
Si les Actes ne nous font pas connaître les tombeaux de Ste Félicité et de ses fils, nous trouvons de précieuses indications dans un document du IV^3iècle,le Calendrier libérien: « Felicis et Philippi in Priscillae, et in Jordanorum Martialis, Vitalis, Alexandri, et in Maximi Silani, et in Praetextati Januarii. » Nous savons par le Martyrologe hiéronymien que le cimetière de Maxime (personnage inconnu) se trouvait sur la Via Salaria. Le corps de S. Silanus, qui y était déposé, fut volé au IIP siècle par les Novatiens (i), mais ensuite recouvré par l'Église romaine. Les Itinéraires des VI^ et Vile siècles confirment les données historiques et topographiques du calendrier libérien : ils marquent la première station de la « Via Salaria > au tombeau de Ste Félicité et de son plus jeune fils, Silanus.
A l'époque de la paix, on éleva une petite basilique sur le tombeau de l'héroïque mère. Les Itinéraires en mentionnent deux, sans doute parce que la crypte funéraire elle-même avait été transformée en église. S. Damase y plaça l'inscription suivante dont le texte est conservé dans le recueil de Verdun :
DISCITE Q.VID MERITI PRAESTET PRO REGE FERIRI FEMINA NON TLMVIT GLADIVM CVM NATIS OBIVIT CONFESSA CHRISTVM MERVIT PER SAECVLA NOMEN Au commencement du V^ siècle, Boniface \^\ obligé par le schisme d'Eulalius de quitter la ville, se réfugia près du cimetière de Ste-Félicité. Il attribua la fin du schisme à la protection de la Ste Martyre, et en action de grâces, bâtit la basilique supérieure, dont il ne reste absolument rien. L'inscription qu'il fit tracer dans le vestibule faisait allusion à une peinture représentant la Sainte et ses fils dans le jardin céleste :
INSONTES PVEROS SEQ.VITVR PER AMOENA VIRETA TEMPORA VICTRICIS FLOREA SERTA LIGANT/// O