‹ Éléments d'archéology chrétienne (volume 3)Chapitre 261 sur 378 · OP • DOL • EX • PR . AVG • N • POR • LICNIN · texte numérisé non relu

OP • DOL • EX • PR . AVG • N • POR • LICNIN

La crypte est pleine de tombeaux pratiqués, au IV^ siècle, sous le sol et même dans les niches, preuve que les fidèles ont beaucoup désiré reposer en ce lieu. Tous ces indices, table pour les lampes, multiplicité des accès et des sépultures, portent à croire que là se trouvait le tombeau d'un ou plusieurs des martyrs du cimetière de Priscille. Lesquels ? En l'absence d'inscriptions et de « graffiti » il est bien difficile de le déterminer, car les Itinéraires nous indiquent, outre les Saints enterrés dans la basilique supérieure de St-Sy vestre, plusieurs tombes vénérées dans le souterrain, celles de Praxède, Pudentienne, Prisque, Symetrius, Paul, Crescention, Maur et Marcellin. Toutefois il me semble qu'on peut avec quelque probabilité voir dans cette chapelle celle du pape Marcellin, mort victime de la persécution de Dioclétien en 304 (^).

Nous savons par le Liber pontificalis que ce martyr fut déposé sur la Via Salaria, « in cimiterio Prîscillae juxta corpus S. Crescentiani in cubiculo claro quod patet usquein hodiernum diem ». Nous avons là, à mon avis, deux indications fort importantes. 1° La chapelle de S. Marcellin était plus ou mieux accessible que les autres cryptes historiques : l'expression « patet » ne saurait signifier simplement qu'on y pouvait pénétrer. En effet, au commencement du VP siècle, époque où fut rédigé ce passage du Liber pontijicalis, tontes les cryptes de martyrs étaient encore accessibles et vénérées. En faisant une remarque sur l'accès de celle-ci, on a donc voulu exprimer qu'il présentait quelque chose de spécial, qu'il était particulièrement aisé. 2° Cette crypte devait être aussi plus éclairée que les autres, puisqu'on l'appelle « cubicu4um clarum », qualification que ne suffirait pas à expliquer un simple lucernaire comme il y en a dans tant d'autres cryptes des catacombes romaines.

I. De Rossi la plaçait dans une autre partie du cimetière, que nous signalerons plus^loin.

Or notre nymphée paraît bien réaliser cette double condition. Il est ouvert, « patet », plus qu'aucune autre crypte monumentale, puisque de trois côtés (voir le plan) on peut y pénétrer ou au moins l'examiner. Et il est aussi éclairé d'une manière inaccoutumée. En effet, au-dessus de l'arcosole [G] s'ouvre un lucernaire [L] de forme singulière, dont peut donner une idée la photographie ci-jointe, quoique l'abondance de la lumière extérieure ait nui à la netteté. Les parois du lucernaire étaient inclinées et venaient tomber per-

pendiculairement sur l'arcosole ; de sorte que devant cet arcosole on voyait, — et on voit encore, depuis sa restauration, — la lumière du jour beaucoup mieux que devant n'importe quel autre tombeau. On ne connaît pas d'autres exemples de lucernaires de ce genre. De plus, il est très probable que la voûte était percée de plusieurs ouvertures ou soupiraux. Si en effet elle avait été fermée et continue, comme celle qu'a reconstruite la Commission d'archéologie sacrée, à quoi aurait servi la colonne [E] dressée au milieu

de la crypte ? Cette colonne avait son utilité, était nécessaire même, pour soutenir une voûte affaiblie par une ou plusieurs ouvertures ; autrement, non. Éclairée par un grand lucernaire et par des soupiraux, la crypte ancienne méritait réellement le nom de « cubiculum clarum ».

Conclurons-nous que la crypte récemment découverte est certainement le tombeau du pape Marcellin ? Il est plus prudent d'attendre la fin des fouilles, spécialement sur les points I, D, O ; peut-être nous rendront-elles quelque monument qui permette de trancher la question. Si mon hypothèse se confirmait, une telle découverte serait de la plus haute importance, puisque nous lui devrions une nouvelle crypte papale. Il se peut du moins que les recherches ultérieures fassent connaître le nom de quelque autre martyr du même groupe, et ceci ne manquerait pas non plus d'intérêt.

Au cours de ces fouilles, on a découvert dans la crypte, avec les empreintes de briques déjà signalées, plusieurs inscriptions. L'une d'elles, en caractères du IV^ siècle, semble avoir fait partie de l'éloge d'un personnage considérable :

///E DIDILI/// ///NOVEMPOP/// ///OMNILAVDE/// rto«or(/ïCENTIA DlGnus Q) IllOyi VIXIT annoslll IIIX LV MENS/// Une autre, de la même époque, offre un intérêt très spécial :

.MawrOLEONI FILIO DV.LCISSIiMO

vixiT ANNIS QVATTOR DIES XXII AVRE

LIVS PATER Q.VESCENTI IN PAGE

C'est l'épitaphe d'un enfant de quatre ans, dont le nom finissait par les syllabes OLEONI (toutes ces lettres sont groupées ensemble). En calculant exactement la longueur que devait avoir la seconde ligne, où manquent seulement quatre lettres, et en faisant la supposition bien naturelle que les deux premières lignes étaient d'égale longueur, il faudrait pour compléter le nom propre ajouter aussi quatre

lignes. De plus, le père de l'enfant portant un seul nom, AVRELIVS, on ne doit pas penser que le fils en avait deux, dont l'un serait celui de sa famille et l'autre le sien propre (LEO), mais plutôt qu'il en portait un seul, terminé au datif par OLEONI. Puisqu'il faut ajouter quatre lettres, le supplément qui se présenterait tout d'abord serait MAVROLEONI, nom très rare, il est vrai, mais qui est celui que donne au célèbre martyr, compagnon de Papias, l'inscription votive trouvée dans un oratoire près des thermes de Dioclétien et déposée au musée chrétien de Latran (^). J'en tire une observation importante pour l'histoire du cimetière de Priscille et pour la question fondamentale qui s'y rattache, celle de la chaire primitive de S. Pierre et du baptême conféré par l'Apôtre.

Dans les Actes des SS. Papias et Maurus, martyrs de l'époque de Dioclétien, on lit, à propos de leur sépulture : « Quorum corpora collegit Joannes presbyter et sepelivit via Nomentana ad nymphas B. Pétri ubi baptizabat. "^ On en a conclu que le cimetière « ad Nymphas » et le souvenir du baptême administré par S. Pierre se trouvaient sur la voie Nomentane, à l'endroit que de Rossi a appelé « Ostrianum ». Mais il faut noter que les Itinéraires des pèlerins mentionnent sur la voie Nomentane le martyr Papias seul, jamais son compagnon Maurus ; que le Liber de locis S S. Martyrum nomme un Maurus précisément dans le cimetière de Priscille, en même temps que Crescention et Marcellin ; enfin que les Actes du pape Marcel font mention de ces derniers martyrs dans le même groupe que Papias et Maurus (2). On en peut déduire que le Maurus du cimetière de Priscille est le compagnon même de Papias, celui que l'inscription votive déjà citée désigne sous le nom de Mauroleo. Or justement dans ce cimetière nous avons une épitaphe qui peut avec une très grande probabilité être attribuée à un Mauroleo, et ce nom est fort rare ; elle a été trouvée près de

1. Supr., p. 345. Cf. Mai, Script, vet., V, p. 14 ; — de Rossi, // museo epigrafico ciist. Laiera7i., i^jj, p. 103.

2. Cf. le texte des Itinéraires dans de Rossi, Rovia sotl., I, p. 176.

l'endroit où devaient être les tombes de Crescention et de Marcellin, et celle d'un Maurus, et nous savons par ailleurs que les fidèles des premiers siècles aimaient à être enterrés ou à déposer leurs proches près des martyrs dont ils portaient le nom (i) : ces faits, il me semble, rendent probable l'identification du Maurus, martyr avec Papias, et du Maurus vénéré dans le cimetière de Priscille.

Dans cette hypothèse, l'indication des Actes de Papias et Maurus : « Via Nomentana ad Nymphas B. Pétri ubi baptizabat », devrait être dédoublée, être partagée en deux ; il faudrait, en suppléant un « et », la rétablir de cette manière : « sepelivit via Nomentana [et] ad nymphas B. Pétri ubi baptizabat ». L'indication de la voie Nomentane ne concernerait que Papias seul, qui réellement y fut déposé ; et l'expression i ad nymphas B. Pétri » ne se rapporterait qu'à Maurus seul. 11 est évident qu'alors cette dernière localité s'identifierait avec le cimetière de Priscille. Simples conjectures, mais intéressantes à vrai dire, et qui pourront être confirmées par des recherches ultérieures.

Après avoir visité ce groupe de galeries, nous pouvons, par la galerie E (plan, p. 388), à gauche de la chapelle grecque, pénétrer plus avant dans le cimetière. Les chrétiens ont essayé ici de creuser les tombeaux dans une ancienne carrière. Comme le terrain s'y prêtait peu, il a fallu fréquemment étayer les voûtes et les parois avec des pilastres en maçonnerie, qui parfois ont recouvert les « loculi ». Dans la partie la plus ancienne, il y a, encore intacts, des tombeaux du IP siècle. Beaucoup d'inscriptions, au lieu d'être gravées sur marbre, sont tracées sur des briques, en lettres rouges de la forme appelée « pompéienne ». Les formules sont très simples et présentent des noms qui appartiennent à l'épigraphie classique. On y trouve, plusieurs fois répété, le nom de IIGÏPOC ou PETRVS, nom exclusivement chrétien, qui se lit très rarement dans les autres catacombes, et jamais à une époque aussi reculée.

I. Ainsi dans le cimetière de Cyriaque ou de S. Laurent, il y a plusieurs inscriptions portant les noms de Laurent et de Cyriaque, etc.

Guide des catacombes, 26

Les inscriptions rouges commencent immédiatement dans la galerie [E]. Nous indiquerons les principales. On en peut lire trois à gauche :

ONeCIMOC et une à droite :

AGPIC

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