I. Notions générales, p
Après avoir vu la Madone, nous continuons la galerie principale, puis nous tournons à gauche. Nous arrivons ainsi à une région du IV^ siècle, dite des Apôtres, à cause d'une fresque qui les représente. Nous rencontrons d'abord plusieurs arcosoles ornés de l'image du bon Pasteur. Dans l'une de ces peintures, on distingue au-dessus de la brebis la partie supérieure d'une orante : on a voulu indiquer que la personne enterrée là faisait partie du troupeau du bon Pasteur. Nous entrons ensuite dans une vaste chapelle formée par deux niches semi-circulaires de chaque côté de la galerie. Les peintures dont elle est ornée sont de la fin du III^ siècle ou du IV^ : d'un côté le bon Pasteur, de dimensions colossales ; de l'autre, Notre-Seigneur au milieu des Apôtres magnifique composition qui est comme le prélude des grandes mosaïques constantiniennes : le Sauveur a le type classique romain, sans barbe ni cheveux longs. Sur les parois a été peint tout autour un large tableau, maintenant très efTacé, mais où l'on distingue encore des personnes qui montent à cheval, et dans le fond des maisons ; on y a vu une représentation de la sortie d'Egypte et des Hébreux emportant les vases des Egyptiens ; Mgr Wilpert y a reconnu plus justement un marché au blé, des magasins, les barques du Tibre et les ouvriers qui les chargeaient ou les déchargeaient : cette chapelle aurait appartenu à la corporation des boulangers ; et en rapprochant les sujets précédents de deux scènes voisines, la multiplication des pains et le Sauveur qui tient un de ces pains dans la main droite, on pourrait voir dans ce groupe de peintures les différentes phases de la préparation du pain eucharistique (i).
De là on peut retourner par le même chemin à la chapelle d'Ampliatus. Si, en y arrivant, nous prenons aussitôt la galerie qui fait face à celle qui conduit à la Madone, nous passons à la dernière région du cimetière que l'on visite ordinairement, celle que de Rossi appelait des Sts-Marcet-Marcellien.
1. Nîiovo bullett. di orch. crist., 1897, p. 138. L'interprétation semble un peu forcée.
VI. Dernière région du cimetière. — Dans la première galerie, voici à gauche une inscription rappelant le nom, très important en ce lieu, d'un autre Flavius Sabinus, et confirmant la conversion au christianisme de cette branche de la famille Flavia.
Tournons à droite et parcourons quelques galeries. Nous rencontrons une peinture représentant Adam et Eve près de l'arbre du péché, et à côté cette belle inscription, consacrée par Bonosa à son fils Bonosus « endormi en notre Seigneur (EN KYPIO) HMCDN) » :
BONCOCH
BONCOCCD
YÎCO
KOIMCOMGNOÎ
GN KCO HM (èv Kjpcc|) ^(Jiwv).
Un peu plus loin nous arrivons à un grand escalier découvert en 1897. La galerie qui part du pied de cet escalier conduit à une crypte, déblayée la même année, dans laquelle on peut reconnaître un souvenir des SS. Marc et Marcellien. Ces deux frères, devenus ensuite très célèbres, furent martyrisés dans la persécution de Dioclétien. Leurs Actes, réunis à ceux de S. Sébastien, disent qu'ils furent enterrés <i Via Appia mill. Ilab Urbe in loco qui vocaturad arenas ». Mais cette indication est fautive : le martyrologe romain (18 juin) et tous les autres documents indiquent la voie Ardéatine comme le lieu de leur sépulture. Le Liber pontificalis dit dans la bibliographie du pape Jean VIÎ (705): « Laboravit in coemeterio beatorum MM. Marcelliani et Marci Damasique sancti pontificis » : les deux cimetières étaient donc voisins ; or celui de St-Damase se trouvait certainement sur la voie Ardéatine.
Au fond de la galerie qui part du pied de l'escalier se trouve une double chapelle avec lucernaire et peintures du I V^ siècle; dans l'abside est un arcosole revêtu de marbre, assez grand pour deux tombeaux ; au-dessus de l'arc, on voit le
Sauveur au milieu d'un groupe de six saints qui lui présentent leurs couronnes ; à gauche, une femme voilée se tient devant un homme assis. La position de cette chapelle près du grand escalier, sa forme, le lucernaire, les peintures, prouvent que nous sommes là dans une chapelle historique ou au moins dans une chapelle liturgique de quelque importance. On pourrait y reconnaître un souvenir des SS. Marc et Marcellien, parce qu'on y a représenté le cou= ronnement de six martyrs, trois hommes et trois femmes. Et c'est justement de six personnages qu'il s'agit surtout dans les Actes de SS. Marc et Marcellien (i). A ces deux frères martyrs pourraient se rapporter certains fragments d'inscription damasienne que M. de Rossî croyait consacrés aux SS. Jean et Paul (2). Ces fragments en effet ont été retrouvés, ainsi que ceux de l'inscription d'Irène, dans l'église des Sts-Côme-et-Damien, où furent transportés les corps de Marc et Marcellien.
La chapelle creusée en face de cette crypte était aussi un lieu important : on y voit l'inscription d'un GELASIVS EXORCISTA, avec la formule DEO GRATIAS, qui nous reporte évidemment au IV^ siècle et rappelle les controverses des Donatistes.
Du même côté, dans une région écartée et plus anciennement connue, se trouve une peinture où l'on a cru voir l'Annonciation ; mais l'identification n'est pas certaine. Si au contraire on prend une galerie à gauche de l'escalier, peu éloignée de celle où nous avons indiqué le souvenir des SS. Marc et Marcellien, après un court trajet, on rencontre un « cubiculum » qui présente une peinture très célèbre et très rare, celle d'Orphée, symbole du Christ qui attire les âmes par la douceur de sa doctrine. Bosio l'a vue et décrite. Elle est mieux conservée que les deux autres analogues que l'on connaît dans les cimetières de St-Calixte et de Priscille» Orphée est assis, coiffé du bonnet phrygien, et joue de la
1. Cf. Marucchi, La memoria dei Santi Marco e MarcelUano nel cimitero di Domitilla, dans le Nuovo biillett. di arch. crist., 1899, p, 5-19. Voyez l'observation, infr. , p. 128.