Cf. Corpus inscriptioniim latinarum
3. « Le christianisme comprit très vite que les monuments de Rome païenne faisaient partie d'une gloire qu'il ne lui convenait pas de renier, puisqu'elle avait servi, selon les secrets desseins de la Providence, à grouper les nations et à les préparer pour
recevoir l'Evangile Tout compte fait, le moyen âge conserva et sauva beaucoup
de souvenirs persistants de l'antiquité païenne. » A. Gefifroy, Études italiennes. Florence et Rome, i8q8.
d'architecture, de sculpture et de peinture, on n'a pas eu les mêmes égards pour les inscriptions. Souvent on transforma le marbre sur lequel elles étaient gravées en clôture pour quelque tombeau chrétien, et sur le dos de l'inscription païenne on traça une inscription chrétienne (inscriptions opistographes). Beaucoup d'inscriptions du sanctuaire et du bois sacré des Arvales furent employées comme matériaux pour le cimetière voisin de Generosa, dans lequel S. Damase construisit la basilique de Ste-Béatrice. Des fragments en ont été retrouvés jusque dans le cimetière de St-Valentin, pourtant bien éloigné de la voie de Porto. Quelquefois aussi des sarcophages païens devinrent des tombeaux chrétiens.
§ III. La société chrétienne au IV^ siècle (').
S. Jérôme nous a laissé dans ses lettres un intéressant tableau de la société chrétienne au IV^ siècle. Secrétaire du pape Damase, il avait été au courant de toutes les questions qui s'agitaient à Rome, et plusieurs fois avait dû répondre au nom du pape (2). Sa correspondance, qui s'étend de l'an 370 à l'an 420 environ, est pleine d'allusions aux faits contemporains ; elle fournit de précieux renseignements sur les usages de l'Église romaine, son organisation, la vie des chrétiens à cette époque. Sans pouvoir entrer dans beaucoup de détails, indiquons au moins les traits généraux de ce tableau.
Tandis que le christianisme avait, pendant un siècle de paix, réalisé de rapides progrès et envahi même le monde barbare (3), le paganisme ne cessait de reculer ; ses temples
1. Sur Rome au IV^ siècle, cf. les articles de M. Paul Allard dans la Revue des questions historiques, t. XXXVI, p. 5-61 ; — t. LI, p. 347-372 ; — t. LVI, p. 353-403 ;
— t. LVIII, p. 5-40.
2. « Cum in chartis ecclesiasticis juvarem Damasum episcopum, et Orientis atque Occidentis synodicis consultationibus respondereni » Epi st. CXX/Il ad Ageruch.
— Cette citation et les suivantes sont faites d'après Migne, Patrol. lat., t. XXII.
3. « Ante resurrectionem Christi notus tantum in Israël erat Deus... Nunc vero passionem Christi et resurrectionem ejus cunctarum gentium voces et litterae sonant. )> Ep. LX ad Heliodor. Cf. S. Paulin, Poem. XVII [P. L. , t. LXI, col. 488).
86 ÉLÉMENTS d'archéologie CHRÉTIENNE.
étaient abandonnés, et ses rares adeptes n'avaient plus, comme autrefois, pour le relever, les faveurs du pouvoir ('). La religion nouvelle apparaît solidement constituée, avec sa hiérarchie ecclésiastique, ses évêques, ses prêtres, ses diacres (2;. Chacun d'eux a ses privilèges, comme ses obligations, bien délimités : S. Jérôme ne se fait pas faute de soutenir les uns quand ils sont lésés (3), de rappeler les autres quand il les juge méconnues ("*). Le peuple prend part, avec l'évêque, à l'élection des membres du clergé (5). Des ministres inférieurs, lecteurs, acolythes, etc., compris sous le nom générique de « clercs », complètent les cadres de la hiérarchie ; quelques fonctions même existaient alors, qui ont disparu depuis (^). Au-dessus de tout domine l'autorité du pape. C'est à lui, comme au gardien de la foi apostolique, que l'on recourt dans les discussions doctrinales (7) ; successeur de Pierre, il est regardé comme le fondement de l'Église, le pasteur des chrétiens, dont on ne peut se séparer sans s'éloigner de Jésus-Christ lui-même (8). Les évêques partagent avec le pape le pouvoir enseignant et la juridiction (9). Le nombre des diacres est restreint ; celui des prêtres est si grand, au contraire, qu'il semble avoir un peu diminué le prestige de leur dignité (i°). Tous ces ministres sacrés sont tenus de
1. <<■ Fuligine et aranearam telis omnia Romae templa cooperta sunt... Solitudinem patiiur et in urbe gentilitas. )> Ep. CVll ad Laetam. — Tout le passage est à lire.
2. « Singuli Ecclesiarum Episcopi, singuli archipresbyteri, singuli archidiaconi : et omnis ordo ecclesiasticus suis rectoribus nititur. » Ep. CXXV ad Rustic. Cl. Ep. CXL VI ad Evatigel.