Luc, XXII
pain et le poisson : c'est la représentation des banquets funéraires, et le poisson indique un repas d'un certain luxe. Les artistes chrétiens ont donc pu, là encore, s'inspirer de l'art païen. Une belle peinture du banquet céleste orne le vestibule du cimetière de Domitille. Bien que la fresque soit très endommagée, on peut reconnaître encore deux personnages assis devant une table à trois pieds portant un poisson et des pains, et à côté un serviteur, le « dapifer », qui tient un plat. Cette peinture est du 11^ siècle. Les scènes de banquets sont reproduites six ou sept fois à Sts-Pierre et Marcellin ; ce sont des fresques du III^ siècle. Elles présentent toujours près de la table deux femmes qui président le repas ; les inscriptions indiquent qu'il faut y voir des person-
nages symboliques, la Paix et la Charité : IRENE DA CALDA, Agape misce mi. Ce mot misce rappelle le mélange du vin et de l'eau usité dans les banquets anciens, employé aussi pour le sacrifice eucharistique ; pareille expression se rencontre dans l'inscription d'Abercius.
Un autre repas, moins souvent représenté, est celui des cinq vierges sages. On l'a trouvé dans un arcosole du cimetière Ostrien, entre la chapelle de Ste-Emérentienne et l'arénaire : au milieu est une Orante, d'un côté les cinq vierges portant des flambeaux allumés, de l'autre les mêmes assises à une table : c'est le festin des noces de l'Epoux céleste. Les cinq vierges, mais sans la table, sont également représentées au cimetière de Ste-Cyriaque.
Le vase de lait est aussi un symbole de l'Eucharistie. C'est la nourriture que Ste-Perpétue, dans une de ses visions, reçut du divin Pasteur :
«Je montai, dit-elle, et je vis l'étendue immense d'un jardin, et au milieu de ce jardin un homme assis, ayant les cheveux blancs et un habit de berger, occupé à traire des brebis ; et autour de lui, debout, plusieurs milliers d'hommes vêtus de blanc. Et il leva la tête et me regarda, et me dit : Tu es la bienvenue, ma fille. Et il m'appela, et il me donna une parcelle du lait caillé qu'il venait de traire, et je la reçus les mains jointes, et je la mangeai ; et tous les assistants dirent : Amen. Et au son de la voix, je m'éveillai, ayant dans la bouche quelque chose de doux. »
Nous avons déjà cité (i) la fresque des cryptes de Lucine représentant le Bon Pasteur avec le vase de lait, et (2) celle qui représente le vase de lait entre deux brebis. Au cimetière de Domitille, on voyait une brebis près du vase de lait attaché à un bâton qui signifie le Pasteur. Les découvertes faites à Sts-Jean et Paul prouvent que le même symbole fut usité jusqu'au IV^ siècle : il est en effet représenté devant l'entrée du « tablinum » de la maison des deux martyrs.
Le raisin, rarement peint, mais souvent gravé sur les pierres sépulcrales, a la même signification. — La manne, figure de l'Eucharistie (s), se voit dans un arcosole de Ste-Cyriaque.
Il convient de rapprocher de ces monuments deux célèbres inscriptions, dont nous avons différé de parler jusqu'ici, parce qu'elles servent de confirmation à nos interprétations des peintures catacombales : les inscriptions de Pectorius et d'Abercius.
L'inscription de Pectorius, trouvée à Autun en 1839, a été publiée et commentée par D. Pitra (•+). C'est un monument qui remonte peut-être au commencement du III^ siècle. Elle contient une partie dogmatique ainsi conçue :