LES IMAGES DE NOTRE-SEIGNEUR ET DES SAINTS
§ I. Les images de Notre-Seigneur.
L'ANCIEN art chrétien, qu'il représente le Sauveur comme bon Pasteur ou comme maître qui enseigne, lui donne toujours un type idéal, le type classique romain. Peut-être les Romains, qui d'ailleurs estimaient peu la race orientale, ont-ils voulu exprimer ainsi que le Sauveur n'était pas venu pour le seul peuple juif.
Il y avait cependant en Orient des images que l'on croyait de vrais portraits de Notre-Seigneur.
On citait d'abord une lettre que P. Lentulus, procureur de la Judée, aurait envoyée au Sénat romain, donnant la relation de la Passion de Notre-Seigneur et la description de son visage (^). Cette lettre est apocryphe, aussi bien que les images attribuées à Nicodème, à S. Luc, et les images dites achéropites. De même la lettre qui aurait été envoyée par Notre-Seigneur lui-même avec son portrait à Abgar, roi d'Édesse (2). L'authenticité de cette lettre a été rejetée dans un concile tenu sous Gélase (3), à la fin du V^ siècle (494). L'image est citée pour la première fois par Évagrius (4).
Eusèbe (5) parle d'une statue qui, d'après une ancienne tradition, aurait été élevée par l'hémorrhoïsse de l'Évangile et qui existait encore de son temps à Panéade en Palestine. Quelques historiens ont prétendu que cette statue ne repré-
1. Cf. Gabier, De aidhentia epistolae Publii Lentuli ad senatum romanum de Jem Christo scriptae, Jen. 1809 ; — Fabricius, Codex apocryphus Novi Testatuenti.
2. Eusèbe, Hist. eccles., i, 13 (P. G., t. XX, col. 120 sq.). Le christianisme semble avoir commencé dans la dynastie des Abgars avec le roi Abgar VIII (176-213).