P. L., t. LIX, col
4. Hist. eccles., iv, 26 [P. G., t. LXXXVP, col 2748). 3. Hist. eccles., vu, 18 (col. 680).
312 ÉLÉMENTS d'aRCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE.
sentait pas Notre-Seigneur, mais un empereur romain ayant à ses pieds une province qui lui fait hommage comme à son sauveur : le mot litiTHPI aurait donné lieu à cette confusion. Cette opinion n'est pas admissible : comment Eusèbe auraitil commis une si étrange erreur ? Cette statue qui était en grande vénération au commencement du IV^ siècle, devait avoir quelque ressemblance avec le type réel de Notre- Seigneur. Elle a servi sans doute de modèle aux images orientales et aux nouvelles images introduites en Occident vers la fin du IV^ siècle. Le Sauveur est alors représenté avec la barbe ; dans les plus anciennes, il a une figure douce et belle ; plus tard, au VI^ siècle, l'expression est plutôt dure. Les portraits que des traditions, d'ailleurs respectables, rapportent au temps même de Xotre-Seigneur, remontent le plus souvent à l'époque byzantine, mais peuvent être des copies. A ces images on a de bonne heure ajouté un signe distinctif, le nimbe. C'était, dans l'art ancien, une marque de la puissance. On le donnait quelquefois aux divinités païennes ; peut-être tire-t-il son origine du disque de métal qui protégeait les statues contre la pluie. Les empereurs chrétiens sont quelquefois aussi représentés sur leurs monnaies avec le nimbe. Il devint ensuite le symbole d'un être supérieur ; on l'attribua à Notre-Seigneur, puis aux anges, puis à la T, Ste Vierge et enfin aux Saints. Il fut formé successivement d'un cercle, de plusieurs cercles, d'un cercle coupé par la croix : ce dernier étant réservé à Notre-Seigneur.
Les images de Jésus crucifié sont beaucoup moins anciennes. L'art chrétien n'a jamais représenté que d'une manière voilée les épisodes de la Passion ; la scène du couronnement d'épines, par exemple, que le P. Marchi vit au cimetière dePrétextat, si toutefois il l'a bien interprétée, est plutôt symbolique que réelle, elle ne laisse guère paraître les humiliations et les souffrances du Sauveur On constate le même caractère dans
LES IMAGES DE NOTRE-SEIGNEUR. jl^
le beau sarcophage du Latran (IV^ s.), qui ofifre plusieurs scènes de la Passion ('). La croix même ne paraît nettement qu'au V^ siècle. Auparavant on a comme symboles de la Passion l'agneau placé sous une ancre, le dauphin sur un trident. L'abolition du supplice de la croix par Constantin ne suffit pas à vaincre toutes les répugnances des chrétiens ; au IV*^ siècle, on trouve la yO croix monogrammatique, non la croix seule, qui se // montre enfin sous Théodose, quand la religion chrétienne est devenue religion de l'empire. Il est à croire cependant que pour leur dévotion privée les chrétiens se servaient de croix et même de crucifix, comme semble l'indiquer le crucifix blasphématoire trouvé au Palatin (2).
Dans les premières représentations, la croix est ornée de fleurs et de pierreries : c'est la « crux gemmata » des peintures et des mosaïques. L'Évangéliaire syriaque de la Bibliothèque Laurentienne de Florence, appartenant à la fin du VI^ siècle, a une image du Crucifix. Une mosaïque du VII^ siècle, à St-Etienne-le-Rond, représente une croix et au sommet le buste du Sauveur. Grégoire de Tours parle de crucifix couverts d'une longue robe. Sur une ampoule du prêtre Jean conservée au trésor de Monza, Notre-Seigneur semble prier entre les deux larrons, la croix est dissimulée ; c'est aussi de cette manière qu'il est figuré dans les sculptures de la porte de Ste-Sabine à Rome (V^. siècle). On le voit, jusqu'à une époque avancée on ne fit qu'à grand' peine des images réelles du crucifiement. Il semble que ces images ont paru d'abord dans les miniatures des manuscrits, puis dans les monuments privés, avant de passer sur les monuments publics.
Le seul crucifix trouvé dans les catacombes est celui de St-Valentin. Cette peinture remonte certainement au VII^ siècle. Bosio (3) a pu la voir et la copier. D'après son