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LA SCULPTURE PRIMITIVE

LA sculpture chrétienne proprement dite commence à l'époque de la paix ; elle est donc de beaucoup postérieure à la peinture. Il est évident que pendant l'ère des persécutions, si les peintres qui travaillaient sous terre choisissaient librement leurs sujets, les sculpteurs ne pouvaient exposer des figures chrétiennes dans leurs ateliers. Les monuments que nous possédons de la sculpture primitive sont de deux sortes : les sarcophages et les statues.

§ I. Sarcophages (').

Les chrétiens se sont servis de sarcophages dès les temps les plus reculés. On en voit des fragments en marbre dans une galerie très ancienne du cimetière de Priscille et dans la chapelle des Acilii Glabriones ; dans le vestibule du cimetière de Domitille, un « loculus » était revêtu de stuc imitant un sarcophage. Le plus souvent les sarcophages primitifs, achetés dans les ateliers publics, n'avaient rien de chrétien ; ils étaient ornés, comme ceux des païens, de stries, de têtes de lions, de sujets de chasse, de scènes de la mer; on en écartait seulement les figures qui auraient pu blesser la foi.

Il est certain cependant que même avant la paix il y eut des sculpteurs chrétiens. Le musée d'Urbin possède le sarcophage d'un sculpteur nommé Eutrope ; on y voit ce personnage dans l'attitude de l'Orante, accompagné d'une colombe, au-dessous le même travaillant à la sculpture d'un sarcophage orné de têtes de lions. Ces artistes ont pu exécuter des sarcophages chrétiens, mais seulement par exception.

De fait, le sarcophage de Livia Primitiva qui appartient au

I. Cf. R. Grousset, Étude sur l'histoire des sarcophages chrétiejis, Paris, 1885.

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cimetière apostolique du Vatican et qui se trouve au musée du Louvre, est de caractère chrétien : on y voit le Bon Pasteur, l'ancre et le poisson. Il faut en dire autant d'un autre sar-

LIVIA NICAR.VS LIVIAEPRIMITÎVAÏ SORORl PECÏT QrV-AN'XXlIllMVIIII

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cophage trouvé sur la Via Salaria et placé au musée de Latran ; il porte aussi l'image du bon Pasteur et l'Orante. Tous les deux remontent au moins au 111^ siècle.

SARCOPHAGE AVEC LE BON PASTEUR ET L'ORANTE. (A/usée de La/ran, n° l8i.)

Après la paix, la sculpture chrétienne se développa librement. Elle emprunta ses sujets aux peintures des catacombes. Mais l'art était alors en décadence ; aussi les sarcophages du IV^ et du V^ siècle sont-ils d'un style grossier ; à partir de la fin du V^ siècle, ils ne sont plus sculptés, mais portent seulement quelque décoration, une croix, une inscription. Les sarcophages de caractère chrétien ont été employés quelquefois dans les cimetières souterrains, mais beaucoup

LES SARCOPHAGES

plus dans les oratoires, à côté des grandes basiliques, dans les cimetières en plein air : c'est de là que viennent la plupart des sarcophages conservés dans les collections. Parfois ils étaient surmontés d'un petit toit, comme celui qui orne le vestibule de St-Laurent-hors-les-Murs.

Les sarcophages chrétiens sont répandus partout. Rome en possède un grand nombre, signalés dans l'ouvrage de Bosio. Il y en a dans les grottes de St-Pierre du Vatican, à St-Laurent-hors-les-Murs, dans le cloître de St-Jean-de- Latran, au musée Kircher. La plus belle collection est celle du musée de Latran, réunie par le P. Marchi.

SARCOPHVGE THE-jLriOIi^UE.

{Musée de La/ran, n'' 104.)

Ces sarcophages présentent presque toujours les mêmes sujets, généralement dans un ordre qui n'est ni logique ni chronologique. Les artistes ont dû suivre leur caprice, sans avoir la direction précise que l'on remarque dans les peintures des catacombes, aussi les symboles sont-ils réunis un peu au hasard. Quelquefois cependant les scènes représentées forment une série logique. Ainsi dans un des plus beaux sarcophages du Latran (N^» 104), il y a comme deux pages de récits bibliques, séparées par une scène hors cadre : à gauche,

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en haut, la création de l'homme par les trois personnes de la T. Ste Trinité représentées sous les traits de personnages barbus; le péché, Adam et Eve, et au milieu d'eux un personnage donnant à l'un des épis,àrautrede la laine; — au-dessous, l'Epiphanie; puis une série de miracles confirmant la mission divine de Jésus-Christ : la guérison de l'aveugle-né ; — à droite, en haut, le changement de l'eau en vin, la multiplication des pains, la résurrection de Lazare, la guérison de riiémorrhoïsse ; — au-dessous, la Passion de Notre-Seigneur rappelée par une allusion au reniement de S. Pierre, l'emprisonnement de S. Pierre représentant les persécutions (^), Moïse frappant le rocher, symbole de l'autorité spirituelle de l'Eglise ; — au milieu, en haut, le portrait des défunts, un homme et une femme ; en bas, Daniel en prière, allusion à la . prière pour le repos de l'âme.

Donnons une rapide description des principaux sarcophages du musée de Latran (2).

No 117: scène de banquet, allusion au banquet céleste plutôt qu'au banquet eucharistique, car les symboles de la période des persécutions, les corbeilles, le poisson, ne se trouvent plus que rarement sur les sarcophages.

No 121 : le Sauveur, sans barbe.

No 122 : rOrante, et à ses pieds le paon, symbole de la résurrection.

No 123 : le Christ enseignant, sans barbe, ayant entre les mains un livre ouvert : type de transition entre le type idéal primitif et le type byzantin.

No 124 : l'Epiphanie, — Daniel dans la fosse aux lions recevant le pain du prophète Habacuc (épisode raconté par la partie deutérocanonique du livre de Daniel).

No 125 : plusieurs miracles du Sauveur, — Job assis sur une pierre, entouré de ses amis qui lui adressent des reproches On voit parfois la femme de Job lui tendre un pain au bout

1. « L'emprisonnement de S. Pierre, suivi de sa miraculeuse délivrance, fut la cause de son voyage à Rome : aussi les chrétiens de Rome se plaisaient-ils à multiplier sur les tombeaux la représentation de cette scène .» Allard, Rome souterraine, p. 437.

2. Cf. G. Marucchi, Guida del Museo crisliaiio lateranense, Roma. 1897,

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d'un bâton, par exemple sur le sarcophage de Junius Bassus au Vatican.

No 135 : épisode du péché originel, Dieu demande à l'homme coupable : « Adam ubi es ? »

No 136 : Daniel renversant l'autel de la divinité babylonienne et donnant à manger au dragon. Ce trait est emprunté à la partie deutérocanonique du livre de Daniel. — Le jugement de l'àme.

No 139 : le bon Pasteur dans l'attitude de traire ses brebis.

No 144 : Orante entre deux figures de Saints ; — le bon Pasteur et la brebis; le seau de lait.

No 149 : Elie sur son char enlevé au ciel (sujet très rare).

No 151 : Le discours sur la montagne (le Christ a la barbe) ; — Notre-S,eigneur devant Hérode et devant Pilatc.

No 154: Une femme Orante entre deux rideaux tirés par des Saints.

No 156 : Orphée coiffé du bonnet phrygien, jouant delà lyre au milieu des animaux. Il reste quelques mots de l'inscription chrétienne:... YRMI DVLCIS ANIMA SANCTA.

No 162 : entrée de Notre-Seigneur à Jérusalem.

No 171 : Notre-Seigneur devant Pilate qui se lave les mains, le couronnement d'épines, le voyage au Calvaire ; — au milieu, la résurrection représentée par une croix près de laquelle dorment deux gardes et que surmonte le monogramme triomphal dans une couronne.

N° 174 : Notre-Seigneur devant Pilate ; — Notre-Seigneur donnant sa loi à S. Pierre et aux apôtres, il est représenté

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jeune et assis sur un voile qui figure le ciel. Sur les côtés du sarcophage, le reniement de S. Pierre et la guérison de l'hémorrhoïsse. L'artiste a placé au fond de la scène des monuments rappelant les monuments romains ; M. Rohault

de Fleury croit y reconnaître le Latran au IV= siècle : la conjecture est vraisemblable.

No 177 : le Bon Pasteur entouré des douze apôtres; devant chacun d'eux une brebis. S. Pierre a la première place à droite, et Notre-Seigneur caresse la brebis, allusion au « pasce oves meas. »

LES SARCOPHAGES

No 179 : la résurrection de Lazare ; particularité à remarquer : Lazare sort d'un sarcophage horizontal ; — une femme orante ayant à ses pieds une « pyxis » et une colombe. On a plusieurs modèles de la « pyxis ^ de cette époque, le musée de Berlin en possède un.

SARCOPHAGE AVEC LE BON PASTEUR ET LES APOTRES. (Musée de Latraii, xf' 177.)

No 1 83 : la Crèche, sujet assez fréquent sur les sarcophages ; les animaux y paraissent dès la première moitié du IV^ siècle. S. Joseph est jeune et sans barbe. — Le baptême de Notre- Seigneur dans le Jourdain : épisode assez rare ; il figure sur un sarcophage regardé jusqu'à ces derniers temps comme païen, qui appartint jadis au musée Chiaramonti et qui a été récemment transporté au Latran.

No 190 : la Crèche, l'Epiphanie ; — au milieu d'un jardin.

une femme voilée lit sur un rouleau portant le monogramme du Christ, son nom est inscrit à côté : CRISPINA.

Dans la basilique Vaticane, il faut remarquer le sarcophage de Junius Bassus, préfet de Rome. C'est un ouvrage excellent

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de la moitié du IV^ siècle (359), On y lit l'inscription : IVN • BaSSVS -V -C -QVI VIXIT ANNIS XLII • MEX -Il • IX IPSA PRAEFECTVRA VrBIS NEOFITVS HT AD DeVM. On le conserve dans les grottes, à l'entrée de la chapelle du tombeau

de S. Pierre (i). Sa décoration est composée des sujets ordinaires ; mais elle offre cette singularité que sur la frise qui court au milieu du sarcophage, l'agneau est représenté opérant les miracles de la multiplication des pains, de la résur-

I. Cf. de Rossi, Bullettino, 1871, p. 5-22, 41-64 (édit. franc.

LES SARCOPHAGES

rection de Lazare, etc. — Dans la chapelle de la Pietà, le sarcophage des Anicii, avec les figures des Apôtres. — Presque tous les autels de la basilique contiennent des sarcophages.

Il convient de rapprocher des sarcophages plusieurs monuments qui présentent des analogies avec eux. D'abord la porte de Ste-Sabine (i). On l'a attribuée longtemps au XI^ siècle ; un Russe, M. Kondakoff, a démontré qu'elle est

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