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PERSÉCUTION DE TRAJAN

abrogation par l'édit de Milan en 313. Les persécutions, désormais légales, devinrent plus régulières. Elles dépendirent le plus souvent des dispositions des gouverneurs de provinces ; aussi verra-t-on des persécutions affreuses en Gaule, en Espagne, en Afrique, tandis qu'à Rome les chrétiens seront en paix ; et réciproquement la persécution pourra sévir à Rome, sans que les chrétiens soient inquiétés dans les provinces. Les détenteurs de cette autorité redoutable furent, à partir de Trajan, les « Curatores civitatis », qui représentaient l'empereur dans chaque ville et prirent à peu près la place des autorités municipales.

A la persécution de Trajan se rattachent le martyre de S. Clément et celui de S. Ignace d'Antioche.

Les Actes du martyre de S. Clément racontent qu'il fut condamné « ad metalla » (i), conduit en Crimée, mis à mort, jeté dans la mer Noire, une ancre au cou, et enterré dans une petite île voisine. Une Église se forma alors à Cherson. Le récit des Actes et l'antiquité d'une communauté chrétienne en Crimée ont été confirmés par la découverte de tombeaux, d'inscriptions, même d'une basilique ; c'est sur les monnaies des anciens rois du Bosphore qu'on trouve pour la première fois le signe de la croix, un siècle avant Constantin. Il est d'ailleurs certain que le tombeau de S. Clément ne fut pas primitivement à Rome; les Itinéraires duVII^ et du Ville siècle ne le mentionnent pas comme celui des autres papes. Le corps fut transporté à Rome au IX^ siècle, par SS. Cyrille et Méthode, dans une église où déjà se conservait le souvenir du saint, probablement parce qu'elle était construite sur l'emplacement de sa maison. Il existe en effet sous la basilique actuelle et sous l'ancienne basilique, à côté d'un temple de Mithra, une maison, aujourd'hui inondée, qui rappelle celles de Pompei. La translation et la déposition du corps de S. Clément par SS. Cyrille et Méthode sont attestées par les peintures du X^ ou du XI^ siècle que l'on voit encore dans la basilique souterraine.

I. Sur ce supplice, cf. de Rossi, Bullettino, 1868, p. 17-25, 47 ; — 1879, p. 51-60; — 1894, p. 95.

28 ÉLÉMENTS d'aRCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE.

S. Ignace fut amené d'Antioche à Rome pour y être livré aux bétes dans l'amphithéâtre Flavien. Les Actes nous ont conservé l'admirable lettre qu'il écrivait aux Romains pendant le voyage. « Obsecro vos, leur disait-il, ne intempestivam mihi benevolentiam exhibeatis. Sinite me ferarum cibum esse, per quas Deum consequi licet. Frumentum sum Dei, et per ferarum dentés molar, ut purus panis Christi inveniar. Feris potius blandimini, ut mihi sepulcrum fiant, nihilque mei corporis relinquant ; ne"^ postquam obdormiero, gravis alicui fiam. Tune vere Christi discipulus ero, cum neque corpus meum mundus videbit. Christum pro me supplicate, ut per haec instrumenta hostia inveniar (i). » Les chrétiens cachèrent d'abord son corps pendant quelque temps, probablement dans le titre voisin, qui était celui de S. -Clément; puis on le transporta à Antioche, où il resta en vénération.

Il est difficile de déterminer quelles furent, après celle de Trajan, les persécutions générales. On peut toutefois regarder comme telles celles d'Hadrien (entre 120 et 124), de Marc- Aurèle (164-179), de Septime-Sévère (202-21 1), de Maximin (235-237}, de Dèce (249-251), de Valérien (257-260), deClaude et d'Aurélien (269-275), de Dioclétien (286-311). Même sous d'autres empereurs il y eut des chrétiens mis à mort ; mais ce furent des martyrs isolés.

§ II. Persécution d'Hadrien.

L'empereur Hadrien (i 17-138) fut un grand administrateur ; pendant quatorze ans, il parcourut les provinces de l'empire romain, bâtissant presque partout des villes ou élevant des monuments. Quoiqu'il fût personnellement tolérant, la persécution contre les chrétiens continua sous son règne. Malheureusement elle ne nous est connue que par des documents légendaires.

Un des premiers épisodes de cette persécution fut le

I. Ad Rom., IV (P. G., t. V, col. 689). — Sur l'authenticité des Lettres de S. Ignace, cf. Duchesne, Les origines chrétiennes, p. 63-68 ; — Batiffol, Anciennes littératures chrétiennes, La littérature grecque, p. 13-17.

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martyre, à Brescia, des SS. Faustin et Jovite et de leurs compagnons ; il arriva en l'an 118, quand l'empereur se rendit en Italie. On doit signaler aussi, à Milan, la mort de S. Calocère ; à Rome, celle du pape S.Alexandre I^i", de S. Hermès, et du tribun militaire S. Quirin.

L'histoire de S. Alexandre I^r est assez confuse ; elle a certainement été mêlée avec celle d'un autre évêque du même nom. Aussi trouvons-nous des indications contradictoires sur le lieu de son tombeau ; tantôt on le dit enterré au Vatican, tantôt sur la voie Nomentane. D'après toutes les vraisemblances, le pape Alexandre dut être déposé au Vatican près du tombeau de S. Pierre ; et le monument du 7^ mille de la voie Nomentane consacra la mémoire d'un autre Alexandre, d'un martyr local de la petite ville de Nomentum.

Il règne aussi bien des obscurités dans l'histoire de S. Hermès. Il est impossible qu'il ait été préfet de la ville, comme le prétendent ses Actes : son nom atteste une origine servile. C'était probablement un riche affranchi. Son existence du moiris n'est pas douteuse. On a retrouvé sur la Via Salaria vêtus le cimetière qui portait son nom, la basilique souterraine érigée en son honneur, et un fragment de l'inscription commémorative qu'y plaça le pape Damase.

Le souvenir de S. Quirin s'est aussi conservé dans les monuments des catacombes. D'après ses Actes il fut enseveli au cimetière de Prétextât; et les itinéraire^ nous montrent son tombeau dans la « spelunca magna » de ce cimetière. Or dans la crypte qui semble correspondre aux descriptions des pèlerins, on remarque une décoration architecturale qui est tout à fait de l'époque d'Hadrien. Ce détail confirme la chronologie des Actes, quoiqu'ils aient été rédigés sous une forme légendaire (i).

On peut encore attribuer à la persécution d'Hadrien le martyre de Sabine et Sérapie qui habitaient 1' « oppidum vindenense » près de Terni. Sérapie fut décapitée en cet endroit et enterrée par Sabine « juxta aream Vindiciani », dans une propriété privée (2).

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