Euseb., IV, 15 {P. G., t. XX, col. 340 sq
5. P. G., t. VI. — Cf. Duchesne, Les origities chrétiennes, c. XIII ; — Batififol, Anciennes litiéi attires chrétiennes, La littérature grecque, p. 86-98 ; — Mgr Freppel, .S. Justin et les Apologistes du 11^ siècle.
la plus importante. Elle décrit les mœurs des chrétiens, les réunions, la liturgie chrétienne du II^ siècle ; elle nous apprend que les chrétiens se réunissaient le dimanche de très bonne heure : on chantait d'abord des psaumes, sous la direction d'un « Trpoîarw; » ou président, qui ensuite lisait et expliquait les Écritures ; puis on portait les offrandes ; enfin on récitait le Pater. Mais elle ne parle pas clairement de la partie la plus importante du sacrifice, la consécration (i).
Il ressort des Apologies que les différents cultes jouissaient à Rome d'une certaine liberté. S. Justin, disent ses Actes, enseignait la religion chrétienne aux Thermes de Timothée ou de Novatus. Ces thermes se trouvaient près du titre de Ste-Pudentienne,dont ils devaient faire partie. Il est possible que S. Hippolyte y ait aussi enseigné, car on a retrouvé son souvenir près de là, dans une inscription du « Vicus Patricius» (Via Urbana) : MEMORIA SANCTI MAR- TYRIS HIPPOLYTI. S. Justin a dû entrer en relations avec les descendants de Pudens et recevoir la sépulture dans leur cimetière ; mais le tombeau du philosophe, victime de la persécution de Commode, est inconnu.
Avec le règne de Marc-Aurèle (161-180) commence pour l'empire une ère nouvelle. Les mœurs changent, surtout au point de vue religieux. Le syncrétisme se manifeste partout: religions de l'Orient, religions de l'Egypte, religions de la Perse, tous les cultes se répandent dans l'Empire. A la faveur de cette tolérance, le christianisme se développe aussi, et réussit à introduire quelques coutumes opposées au paganisme, comme l'usage de l'inhumation : les colombaires disparaissent alors pour faire place aux sarcophages. La
I. Signalons la controverse à laquelle a donné lieu, sur un point de détail, une affirmation de S. Justin. Il dit avoir vu à Rome, dans l'île du Tibre, un monument en l'honneur de Simon le Magicien avec l'inscription : SIMONI DEO SANCTO. [Apol. I, 26 [P. G., t. VI, col. 368]). M. Duchesne [Les origi?ies chrétiennes, c. Viil) pense que S. Justin a fait une confusion. Dans cette même île on a retrouvé, au X\T= siècle, une inscription au dieu de la bonne foi: SEMONI BANCO DEO FIDIO SACRUM. S. Justin aura pris pour Simon le Magicien ce Semo Sancus, dieu des Sabins, honoré à Rome sur le Quirinal. Cette conjecture ne supprime pas toutes les difficultés : S. Justin était Samaritain, il connaissait parfaitement Simon le Magicien : comment l'a-t-il confondu avec un dieu des .Sabins, dont le culte était d'ailleurs célèbre ? L'ile du Tibre aurait-elle renfermé à la fois le monument de Simon et celui de Semo Sancus ?
32 ÉLÉMENTS d'aRCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE.
pensée chrétienne exerce son influence même sur ses ennemis; Marc-Aurèle semble la subir, et la reflète dans ses B!,,3).{a tiç éa-jTÔv. Philosophe, modéré, honnête, pieux, il semble que l'empereur eût dû favoriser les chrétiens : les préjugés philosophiques, les croyances superstitieuses, les malheurs publics, guerres, pestes, inondations, dont l'empire fut affligé, firent au contraire de lui un de leurs plus grands persécuteurs.
La guerre la plus terrible de cette époque fut celle qu'il soutint contre les Quades et les Marcomans. Quand il en revint victorieux, le Sénat lui dédia la colonne qui orne encore la place Colonna à Rome. C'est donc à tort qu'on donne à cette colonne le nom de colonne Antonine. Sur une ancienne inscription qui est maintenant au Vatican, elle est appelée COLUMNA DIVI MARCI. L'inscription de Sixte V n'a fait que consacrer une erreur historique. Les principaux épisodes de l'expédition sont représentés dans les bas-reliefs de cette colonne. Un des plus célèbres est celui de la « Legio Fulminatrix ». L'armée étant épuisée par le manque d'eau, les soldats chrétiens de la « Legio XII Melitenensis » se mirent en prières et obtinrent une pluie abondante. Dion Cassius, qui rapporte ce fait, l'attribue à un magicien égyptien. Baronius et le P. Rocca ont signalé le rapport qui existe entre ce miracle et le bas-relief, lequel représente une figure symbolique de la Pluie et des soldats s'abritant sous leurs boucliers. D'aucuns ont voulu nier cette relation et ne voir dans le récit qu'une légende tirée d'une fausse interprétation du bas-relief. Mais le fait est indépendant du monument ; il est rapporté par Apollinaire d'Hiérapolis (i), Tertullien (2), Dion Cassius. Il est certain que dans une lettre au Sénat Marc-Aurèle mentionna cette pluie miraculeuse et le succès des armes romaines (3). Ce qui ne l'est pas moins, c'est que la XII*^ Légion n'a pas tiré de là son nom, elle le
1. Euseb., H. E., v, 5 [P. G., t. XX, col. 441 sq.). Le témoignage d'Apollinaire n'enlève pas, il est vrai, tout motif de doute. Cf. Duchesne, Les origines chrétiennes, p. 374, not.