‹ Éléments d'art et d'histoire militairesChapitre 12 sur 91 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

REGNE DE N\POLEON l

L'Empire forme une des périodes les plus intéressautes de notre histoire nationale au point de vue militaire, puisque, dirigés par un grand capitaine, nos soldats entrèrent alors en vainqueurs dans toutes les capitales de l'Europe continentale. La forme de nos institutions militaires ne fut pas sans influence sur ces éclatants succès, et c'est pourquoi les étudier telles qu'elles furent établies par l'Empereur nous présente un immense et grave intérêt. Nous allons donc nous livrer à cette étude en adoptant l'ordre déjà suivi pour exposer les institutions militaires du grand roi ; de cette manière, la comparaison sera plus facile entre deux glorieuses époques, celle de Louis XIV et celle de Napoléon.

§ 1er. Retruleiiieil!. — La conscription continue pendant rEm[)ire à être le moyen légal de recruter les armées; mais la nécessité d'entretenir sous les drapeaux un nombreux effectif pour faire face à tous nos ennemis, oblige d'apporter deux modifications à ce mode de recrutement. La première est l'usage que l'on adopte de lever les classes une année à l'avance, par exemple, d'appeler les conscrits de 1810 à partir du !«'■ janvier 1809 ; la seconde consiste dans l'augmentation du nombre des appelés [)ar classe, nombre qui est lîxc à 100,000 au lieu de 80,000, ce qui porte le rapport des jeunes gens appelés aux jeunes gens inscrits à \ au lieu de L

31ais lorsque la résistance de l'Espagne commença à miner nos armées, l'Empereur, qui ne possédait plus les excellentes troupes formées pendant les luttes de la République, dut songer à d'autres moyens plus puissants de combler les vides funestes qui se produisaient dans les rangs de nos troupes. Ces movens, il les trouva dans une nouvelle oruiiiiisation de

RÈGNK DK NAPOLÉON l". 81

la gartle nali(MiaIo Viw i;ii (lotTi^l iîDprriiiI du l'i mars 1812, il partagea celte inilioo en (rois catégories qui reçurent l'ancien nom (le lja?is. Le premier ban comprenait les habitants de vingt à vingt-six ans échappes à hi conscription ; le second, ceux de vingt-six à quarante ans; le troisième, dit l'arrière-ban , ceux âgés de quarante à soixante ans. Un sénatus-consulte mit immédiatement 100 cohortes du premier ban à la disposition du gouvernement de l'Empereur. Sur ces 100 cohortes, 86 furent aussitôt mises sur pied. Chaque cohorte était un bataillon fort de 8 compagnies, dont 6 de fusiliers, 1 de dépôt et 1 d'artillerie. Les cohortes n'eurent des compagnies d'élite qu'après une année de service. La force des compagnies actives montait à liiO liommes ; celle des compagnies de dépôt à. 100 hommes; celle de la cohorte entière à 28 officiers et 1,000 hommes de troupe. La compagnie d'artillerie ne se trouva jamais complètement organisée. Ces cohortes devaient être employées à l'intérieur du territoire ; mais les dangers de la Patrie le:^ appelèrent aux armées dès le commencement de la campagne de 1813. Formées en régiments (1) par réunion de trois ou quatre, elles rivalisèrent, malgré leur récente formation, avec nos vieilles troupes, et prouvèrent que leur courage montait au niveau de leur patriotisme.

§ 2. Hiérarchie. — A son avènement au trône , Napoléon I^"" créa la charge de connétnble en faveur de son frère Louis Bonaparte, père de Sa Majesté Napoléon III, et celle de vice-connétable en faveur d'Alexandre Berthier. Le connétable devait assister au travail annuel du ministre de la guerre avec l'Empereur, installer les maréchaux et les présenter au serment.

La dignité de maréchal venait en effet d'être rétablie, et le bâton de maréchal de l'Empire distribué à quatre maréchaux honoraires, Kellermann, Lefebvre, Perignon, Serrurier, et à quatorze maréchaux en activité, Jourdan, Berthier,

(1) Ces rcgimmls prirent les n"' do 123 à l".0.

Masséna, Lannes, Ney, Augereau, Brune, Murât, Bessières, Moncey, Mortier, Soult, Davoust, Beriiadotle.

Les autres grades composant la hiérarchie militaire subsistent tels qu'ils étaient sous la République.

§ 3. Avancement. — Les règles suivies pour l'avancement pendant la période impériale résultent de la circulaire ministérielle du 5 mai 1805. D'après cette circulaire, l'avancement se faisait partie à l'ancienneté, partie au choix, mais sous les conditions ci-après :

Les sous-officiers devaient, pour être promus sous-lieutenants, avoir six ans de service et quatre ans de grade ; les élèves de l'École de Saint-Cyr passaient tous ofticiers au tour du choix.

Les sous-lieutenants devaient, pour être promus lieutenants, avoir quatre ans dégrade de sous-lieutenant et quatre ans de service.

Les lieutenants devaient, pour être promus capitaines, avoir quatre ans de grade de lieutenant et huit ans de service.

Les capitaines devaient, pour passer chefs de bataillon, être capitaines depuis l'an vni (1799-1800) et avoir huit ans de service comme officiers.

Pour tous les grades supérieurs à celui de chef de bataillon, l'Empereur nommait aux emplois vacants des officiers pris dans toutes les armes, d'après la proposition du ministre de la guerre.

Les officiers de la Garde impériale avaient généralement le grade immédiatement supérieur à celui dont ils occupaient l'emploi ; mais ils se trouvaient soumis aux mêmes règles d'avancement.

Il existait des conditions particulières pour la nomination à l'emploi de porte-aigle. Cet emploi était donné par l'Empereur lui-même et ne pouvait être retiré que par lui. Il y avait trois porte-aigle par régiment, un officier et deux sous-officiers. L'officier, du grade de lieutenant ou sous-lieutenant, devait compter dix ans de service, ou avoir fait les campagnes d'Ul m, d'Austerlilz, d'Iéna et de Friediand. Les

sous-officiors devaieiil avoir au iiiuiiis dix ans de siM'vice ; on les choisissait })armi les sous-ol'ficiers les plus braves, mais illettios, el (.'ommc tels ne pouvant obtenir d'avancement ; ils portaient quatre chevrons sur les deux bras.

§ II. Elal-major. — Sous l'Empire , ce sont encore les adjudants-commandants qui composent i'état-major et en remplissent les fonctions ; leur nombre augmente jusqu'à 228 ; ils sont aidés par des adjoints et des aides de camp.

On voit reparaître dans la grande armée un major général dont les fonctions correspondent, à peu de chose près, à celles du chef d'état-major qui figure dans l'organisation actuelle de nos armées. Le maréchal prince de Wagram (Berthier) a déployé de grands talents militaires dans ce poste élevé, qu'il remplit constamment sous la direction de l'Empereur.

Le corps des ingénieurs géographes continue à rendre de notables services dans nos guerres ; il se compose de 90 officiers et obéit au général directeur du Dépôt de la guerre.

Les corps administratifs subsistent , pendant la période impériale, avec l'organisation que leur a donnée le Premier Consul. Il en est de même de I'état-major des places, qui reçoit seulement une augmentation de personnel et comprend jusqu'à Qhh officiers ou adjudants, plus un grand nombre de portiers-consignes.

§ 5. Infanlerie. — L'organisation de l'infanterie reste d'abord ce qu'elle était sous le Consulat ; mais à partir du 18 février 1808 un décret la modifie. D'après ce décret, chaque régiment d'infanterie de ligne ou légère se compose de cinq bataillons, quatre bataillons de guerre et un bataillon de dépôt. Chaque bataillon de guerre, commandé par un chef de bataillon, que secondent un adjudant-major et deux adjudants sous-officiers, comprend six compagnies : une de grenadiers ou de carabiniers, quatre de fusiliers ou de cbas-

84 PRKCIS DES INSTITUTIONS MILlTAlRTS.

seurs, une de voltigeurs ; le balniilon de dépcM, [)lacé sous les ordres du major, n'a que quatre eompagnies de fusiliers ou de chasseurs. Toutes ces compagnies sont d'égale force.

Voici la composition de l'état-major et des compagnies d'un régiment d'infanterie de ligne ou légère, telle qu'elle fut fixée par le décret d'organisation du 18 février 1808 :

Page 1