LEGION D HONNEUR
(Croix de clieviilier.)
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coup a cette institution, qu'il a défendue liabilement,aloi's et depuis, contre les attaques dont elle fut l'objet : il sentait toute la puissance du mode d'émulation qu'il avait créé, et quel bel avenir avait ce mode chez un peuple aussi sensible aux distinctions honorifiques que le peuple français ; les suffrages de la postérité ont ratifié les vues de l'Empereur à cet égard, et la Légion d'honneur a pris dans nos mœurs une place glorieuse dont il serait dilficile de la déraciner aujourd'hui.
Pour compléter ces indications rapides, nous devons mentionner, au nombre des distinctioiis honorifiques établies pendant cette période, le tiire exceptionnel ài^ premier greiialier des armées de la République, décerrié h' 25 aviii 1803
par le Premier Consul au capitaine de La Tour d'Auvergne, ce brave des braves, cet érudit distingué qui semblait avoir hérité des vertus de Turenne, à la famille duquel il s'honorait d'appartenir.
§ 13. Ulélhode de guerre.— Les armées de la République obtinrent de grands succès. Il faut les attribuer avant tout à l'enthousiasme patriotique des troupes : il s'agissait de défendre l'intégrité du territoire français, de se maintenir au rang de nation, et toute la population indignée avait répondu avec un noble élan à l'appel aux armes. Ces soldats improvisés firent des merveilles, et pendant vingt ans nous marchâmes de conquêtes en conquêtes : nous reproduisîmes le spectacle que les Musulmans avaient donné près de onze siècles auparavant; notre foi politique nous enflamma, comme jadis leur foi religieuse, et nous rendit presque invincibles; tant il est vrai que nulle cause n'est aussi productrice qu'une foi vivace en quelque chose.
Une autre cause du succès de nos armes sous la République, c'est le genre de guerre que l'on adopta. L'établissement des manutentions et des magasins cessa de paralyser les opérations : le système des réquisitions pourvut h tous les besoins des troupes, et dès lors les mouvements devinrent et très prompts et très hardis. Le génie de la guerre prit impétueusement les allures de la force populaire déchaînée. On abandonna l'usage embarrassant dos tentes pour bivouaquer, baraquer, cantonner On renonça à enchaîner l'agilité manœuvrière des troupes par la construction d'ouvrages de fortification passagère. Marcher et attaquer semble le résumé de cette méthode. Au début des guerres de la Révolution , nos généraux, au lieu d'attaquer en ligne, attaquèrent en éparpillement, c'est-à-dire avec des tirailleurs en grande bande, moyen excellent pour utiliser des soldats braves, enthousiastes, mais dénués d'instruction et d'habitudes militaires, tels qu'étaient les fantassins improvisés résultant des engagements volontaires et de la levée en masse.
Du reste, nos succès, dans les premières années de la
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République, eussent encore été plus grands, si les généraux en chef avaient joui de toute liberté pour diriger les opérations à leur gré; mais la Convention formait un pouvoir ombrageux qui se défiait de l'armée et surtout de ses chefs : aussi entretint-elle constamment au milieu des quartiers généraux des représentants du peuple ayant pleins pouvoirs, de sorte qu'il existait réellement près de chaque armée, au lieu d'un seul général en chef, plusieurs dictateurs la plupart du temps complètement étrangers au métier des armes. Il résulta de là que des conflits d'autorité entravèrent souvent les opérations, et la Convention, en y donnant lieu, avait oublié ce grand principe politique et militaire, Y imité du commandement^ principe très essentiel, car l'expérience des temps a surabondamment prouvé qu'il vaut mieux à la tète d'une armée un seul général en chef médiocre que deux bons généraux^ Cet espionnage légal par des représentants du peuple n'existait plus au moment où Bonaparte devint général en chef; il est d'ailleurs probable qu'il ne l'aurait pas souffert. En ItaUe, ce grand général montra que le secret de la tactique peut résider dans les jambes , en préparant la victoire par des tirailleurs, en l'achevant par des colonnes mobiles, en marchant plutôt qu'en se mesurant en ligne, en concentrant ses forces, en tombant àl'improvistesur l'ennemi fractionné, en le chassant continuellement de poste en poste, en ne lui laissant le temps de s'établir nulle part. L'expédition d'Egypte contribua aux progrès de la tactique. Elle apprit l'efficacité des carrés, non-seulement comme formation défensive, mais aussi comme formation de marche et d'attaque ; elle enseigna la manière de les combiner avantageusement entre eux sur le terrain et de fortifier leurs angles par de l'artillerie. Elle donna surtout à l'infanterie française du sang-froid et de l'aplomb , en l'habituant à résister à un ennemi contre lequel il fallait plutôt de l'ordre et de l'ensemble que de l'impétuosité; elle indiqua ce dont l'homme et le cheval étaient capables dans des climats chauds: sous ce double rapport, on peut dire qu'elle prépara glorieusement nos expéditions sur la terre algérieime.