ET SOLDATS
Chacun des quatre bataillons de guerre avait quatre sapeurs choisis parmi les grenadiers, ce qui donnait pour tout le régiment seize sapeurs que commandait un caporal.
L'ordonnance de l'infantciio était alors sur trois rangs ; souvent, et cela eut lieu surtout à la fin de l'Empire, on la réduisait à deux rangs.
On détachait ordinairement de leurs bataillons respectifs les compagnies de grenadiers et de voltigeurs pour en former des bataillons d'élite, comme en Prusse au temps de Frédéric. On fit principalement usage de ces bataillons d'élite en 1805 et en 1809. Dans cette dernière campagne, ils formèrent un corps spécial sous les ordres du général Oudinot, nommé maréchal après la bataille de Wagram, corps que les historiens désignent souvent sous le nom de grenadiers Oudinot. Le noyau de ce corps remonte comme formation au camp de Boulogne, où il portait la dénomination de grenadiers d'Arras.
En l'absence des grenadiers et des voltigeurs, on agissait par peloton d'une compagnie ; quand au contraire ils étaient présents, et que l'on comptait par conséquent six compagnies au bataillon, on manœuvrait par division.
Pendant le règne de Napoléon \^^, on ne s'écarta que momentanément de cette organisation de l'infanterie. On porta plusieurs régiments à six bataillons ; on en dédoubla d'autres pour former des régiments bis. En 1808, on donna le nom de régiments provisoires à ceux formés avec des compagnies tirées des bataillons de dépôt et envoyés en Espagne pour y servir sous une forme temporaire. Quant aux détachements parlant des dépôts pour aller renforcer les régiments, on les
8(5 PRÉCIS DES INSilTiniO.NS MILITAIRES.
désignait pendant le trajet sous la dénomination de 7'égiment s de marche.
L'année 1810 vit créer un régiment de la Méditerranée^ et l'année 1811 trois régiments qui prirent les noms de régiment deWalcheren, régiment de l'île de Ré, régiment de Belle-Ile. Ces quatre régiments, formés avec des conscrits réfractaires, se distinguaient pour cette raison par des dénominations territoriales, n'avaient pas de compagnies d'élite, et on leur refcjsa des drapeaux pour les humilier de leur origine. Après un certain lemps de service, on en tira pourtant des soldats qui furent envoyés aux armées dans les régiments de ligne.
Après ces diverses créations, l'arme de l'infanterie compte en France 168 cadres de régiments environ. Ces régiments, joints à quelques corps, bataillons et compagnies hors ligne, donnent un effectif de plus de 750,000 hommes. Voici le tableau de cette infanterie vers 1813 :
( 120 régiments d'infanterie de ligne.
Régiments NATioNADx(l). , . „.,.., v
(32 régiments d infanterie légère.
4 régiments suisses.
1 régiment espagnol (régiment Joseph-Napoléon). 6 régiments de Croates.
Régiments étrangers. . .<( 1 régiment d'Illyrie.
2 régiments dits Étrangers.
1 régiment La Tour d'Auvergne.
1 régiment d'Ysemboure.
Total 168
/ 1 bataillon du prince de Neufchâtel.
1 bataillon de prisonniers de guerre.
1 légion hanovrienne.
Corps étrangers ^ i légion de la Vistule, composée de 4 régiments
polonais.
1 légion portugaise formant 4 régiments. V 2 bataillons Sept-Iusulaires.
(1) Il existait en réalité 156 régiments d'infanterie de ligne, mais 36 numéros étaient en blanc, et 37 régiments d'infanterie légère, dont 3 numéros en blanc; ces lacunes avaient, dit-on, pour motif de tromper l'ennemi sur l'effectif réel de nos forces.
TnOUPES HORS LIGNE.
KÈGM; IlK NAPOLÉON l". 87
/ liataillons coloniaux.
\ Chasseurs des montagnes.
Compagnies de pionniers.
Compagnies de réserve des départements.
Pour compléter ces détails d'organisation, nous devons mentionner que, dans les campagnes de 1809 (1) et de 1812, un certain nombre de bouches à feu, servi par une compagnie de canonniors. fut attaché à nos régiments d'infanterie ; mais cette artillerie réginientaire ne dura que fort peu de temps à chaque essai.
Napoléon apporta de légères modifications à rhabilleinent de l'infanterie. Après la bataille d'Austerlitz , il remplaça l'ancien et incommode chapeau par le schako (décret du 25 février 1806) , et ordonna de raccourcir les habits, qui étaient précédemment démesurément longs. Quelques essais furent aussi tentés, dans un but d'économie, pour rendre l'habit de drap blanc aux troupes; mais cette couleur claire ayant déplu à l'Empereur et aux soldats après la meurtrière bataille d'Eylau (1807), à cause des taches de sang qui s'y voyaient, le bleu fut conservé.
§ 6. Cavalerie. — La cavalerie reste partagée comme précédemment en grosse cavalerie, en cavalerie mixte ou dragons, et en cavalerie légère. Nous allons indiquer sa composition en 1807.
La grosse cavalerie comprend 2 régiments de carabiniers et 12 de cuirassiers, tous de même force et de même formation. Chaque régiment a 5 escadrons , chaque escadron 2 compagnies de 102 hommes chacune. La force de chaque régiment monte à 1,0/iO hommes, dont Al officiers et 999 sous-officiers et soldats.
Les cinquièmes escadrons furent supprimés dans la grosse cavalerie par un décret du 24 décembre 1809, sauf dans un régiment nouvellement créé, le \^' cuirassiers, qui formait une espèce de dépôt de toute l'arme. Le même décret doima
(1) Sainte-Chapelle, Histoire politique et militaire de 1792 à 1813 , t. III, p. 124.
88 PRÉCIS DES INSTULTIONS MILlTAIFltS.
aux carabiniers le casque et la cuirasse qu'ils portent aujourd'hui.
Nous avions, en 1807, 30 régiments de dragons à II escadrons chacun. L'escadron comprenait 2 compagnies de 128 hommes. On complaît dans chaque régiment de dragons 43 officiers et 1,001 sous-officiers et soldats; par conséquent, h hommes de plus par régiment que dans la (îrrosse cavalerie.
L'arme des dragons, démontée en partie au camp de Boulogne pour l'expédition d'Angleterre, remise ensuite à cheval, obligée de se mouvoir tantôt en lourds bataillons et de fléchir le genou dans le feu de trois rangs, obligée tantôt de combattre en cavaliers, perdit sa force réelle et se montra faible en 1805 sur les bords du Danube. Son discrédit devint tel, que l'Empereur n'y attacha plus de prix et l'envoya en Espagne pow faire nombre. Mais, dans la Péninsule, des généraux tels que Soult, Suchet, Saint-Cyr, la reconstituèrent, la firent sortir de ce.^ alternatives de service qui l'avaient perdue; elle devint alors active, intrépide et bientôt indispensable. Les grands services qu'elle rendit firent porter momentanément au delà de hO le nombre de ses régiments, et sa réputation grandit au point que les dragons d'Espagne prirent un rang distingué parmi notre meilleure cavalerie.
A partir de 1809, plusieurs régiments de dragons furent transformés en une nouvelle espèce de combattants, appelés alors chevau-légers lanciers el formés à rimitalioii des lanciers polonais, qui venaient de rendre de brillants services en Espagne, notamment à Tatlaque du défilé de Somo- Sicrra. Il y eut d'abord six régiments de lanciers; en 1811, leur nombre fut porté à neuf; on devait attacher un régiment de lanciers à chaque division de cuirassiers.
En 1807, la cavalerie légère comptait 2/i régiments de chasseurs et 10 de hussards , les uns et les autres de même force et de même formation, à un seul homme près, que les régiments de dragons.
La totalité de la cavalerie française se composait donc, en 1807, de 78 régiments et d'environ 80,000 condjaltanls. A
IlÈGiNE Dli NAl»0LÉO.N i". 80
partir de celte époque, cette arme, sans cesse détruite et sans cesse renouvelée, ne retrouva jamais la consistance qu'elle avait eue précédemment. Ainsi le nombre des régiments augmenta, et l'effi'ctif total de l'arme resta à peu près le même.
La dernière création que nous devions mentionner, relativement à la cavalerie, résulte du sénatus-consulte du 3 avril 1813, qui institua quatre régiments de gardes (V honneur à cheval. Chacun de ces régiments, composé de jeunes gens tirés des meilleures familles de l'Empire, qui devaient obtenir après douze mois de service dans le régiment le grade de sous-lieutenant, avait un général pour colonel et un colonel pour major ; les autres olïiciers jouissaient du même rang que les officiers du grade correspondant dans la ligne. Chaque soldat de ces régiments devait s'équiper, se vêtir et se monter à ses frais; les chevaux mesuraient la taille des chevaux de hussards.
A cette date de 1813, la cavalerie française se composait de 93 régiments, savoir :
4 régiments de gardes d'honneur.
2 régiments de carabiniers.
13 régiments de cuirassiers (1).
24 régiments de dragons (2).
9 régiments de chevau-légers lanciers.
28 régiments de chasseurs (3).
13 régiments de hussards (1).
Total 93
Une dizaine de régiments de cavalerie étrangère combattaient en outre dans nos rangs.
§ 7, Arlillorie. — Napoléon augmenta successivement, suivant les besoins croissants de nos guerres, le matériel et le personnel de cette arme. On vit dans plusieurs de ses batailles,
(1) Celte arme avait 14 numéros, dont 1 vacant (le 7" chez les cuirassiers, le 2* chez les hussards).
(2; Cette arme avait 30 numéros; les 1", 3^ 8% 9% 10« et 29" se trouvaient vacants.
(3) Les chasseurs avaient 31 numéros; les 17*', 18' et 30^ étaient vacants.
notamment àWagram, des batteries composées de 60 et même de 100 bouches à feu ; le personnel dépassa 75,000 hommes. Voici le tableau de ce personnel dans le courant de 1813 :
Premier inspecteur général, grand officier de
l'Empire 1
Généraux de division 12
Généraux de brigade 20
Colonels 49
Majors 10
État-major. . \ Chefs de bataillon 69
^ , . „ ( Capitaines iO )
En résidence fixe. .. < ,. ^ ? 50
( Lieutenants. . . 10 )
i Officiers 11 i Élèves 70 > 96 Employés .... 15 / Employés d'artillerie 1,218
/ 9 régiments d'artillerie à pied.
/ 6 régiments d'artillerie à cheval. 1 3 bataillons de pontonniers.
\ 19 compagnies d'ouvriers.
Troupe < 6 compagnies d'armuriers.
i 27 bataillons du train d'artillerie.
I 19 compagnies de canonniers vétérans.
! 33 compagnies de canonniers sédentaires. \145 compagnies de canonniers gardes-côtes.
Les cadres de ces régiments, bataillons et compagnies, ne furent jamais au complet; s'ils eussent été tels que le prescrivaient les décrets de création , l'effectif total de l'arme de l'artillerie, au lieu de se tenir vers 75,000 hommes, aurait atteint le chiffre de 103,542 hommes.
§ 8. Génie. — Les otïîciers du génie, cjui avaient plutôt fait en Allemagne le service d'état-major qu'une guerre continuelle de sièges , trouvèrent en Espagne l'occasion de se livrer de nouveau à l'art d'attaquer les places. L'arme du génie ne fut pas augmentée dans la même proportion que celle de l'artillerie.
Elle se compose d'un état-major à peu près de même force
atow'Mî.ciccù
que celui de l'an J80:?, ayant à sa tiHe un Premier [nspeoleur général de l'arme, grand olïicier de l'Empire, et de troupes. On compte parmi ces troupes, en 1812:
2 bataillons de mineurs.
5 bataillous de sapeurs.
1 bataillon de sapeurs de Walcheren, créé en 18H.
2 bataillons de sapeurs espagnols, créés en 1811. 2 bataillons de train du génie.
2 compagnies d'ouvriers.
Les bataillons de sapeurs et de mineurs français ont chacun 9 compagnies, les autres bataillons li compagnies, les bataillons du train 7 compagnies dont l de dépôt. Les bataillons de sapeurs espagnols furent institués par l'Empereur, qui excellait à tirer parti de tout, avec des ouvriers d'art choisis parmi les prisonniers espagnols ; ces bataillons, habillés Tun de blanc, l'autre de bleu de ciel, pour les distinguer des sapeurs nationaux, servirent jusqu'en 181Zi avec fidélité et bravoure. Les deux compagnies d'ouvriers étaient attachées l'une à l'arsenal du génie de Metz, l'autre à l'arsenal du génie d'Alexandrie.
En 1813, quand la France fut contrainte, après vingt ans d'une gloiieuse offensive, de défendre les anciennes frontières de la monarchie, l'élat-major du génie, réparti dans le grand nombre de places fortes que nous occupions encore en Europe, se trouva trop faible pour suffire à tous les besoins du service, et l'on dut faire servir connue officiers du génie, mais sans les incorporer dans l'arme, un assez grand nombre d'ingénieurs des ponts et chaussées et même jusqu'à des géomètres du cadastre.
Dans le génie, comme dans l'artillerie, les officiers généraux présents à Paris formaient, sous les ordres du Premier Inspecteur général , un comllé consultatif appelé à donner son avis sur les diverses branches du service de l'arme ; l'influence de ces comités était moindre qu'elle ne l'a été depuis.
§ 9. Cféalions accessoires. — Pour compléter le tableau des armées à cette époque, il faut citer trois créations accès-
92 PRÉCIS Di:S INSTlTLTiOiNS MILITAIRKS.
soires qui attestent toute la profondeur des prévisions de Napoléon.
Ce sont :
1° Huit bataillons d'équipages de transports militaires, créés par décret impérial du 26 mars 1807, et portés en 1811 à quatorze , dont un d'équipages de mulets, désigné sous le nom de premier bataillon léger des équipages militaires. Celte milice se trouvait sous les ordres immédiats de l'intendant de l'armée et des commissaires ordonnateurs.
2° Les compagnies de boidangers de munitions. Les hommes nécessaires au travail d'un four, trois pétrisseurs et un enfourneur, lequel mettait le pain au four et le retirait, formaient une brigade ; l'enfourneur était le brigadier. 25 brigades composaient une division de 100 hommes, commandée par un brigadier général et correspondant à la compagnie dans l'organisation de l'infanterie.
3° B'i\ compagnies d'infirmiers d'hôpitaux, instituées en 1809; leurs chefs s'appelaient centeniers et sous-centeniers.
Pour ne pas froisser l'armée, ces chefs, comme ceux des boulangers de munitions, outre qu'ils n'étaient pas revêtus des grades de l'armée combattante, ne portaient point d'épaulettes et n'avaient d'autres insignes que des galons d'argent au collet, sur les poches ou sur les manches.
§ 10. Oarile impériale — A l'avènement de Napoléon, la Garde consulaire prit le litre de Garde impériale : au commencement de 1805, son effectif moulait à 9,775 bommes. Depuis cette époque, elle fut continuellement augmentée et finit par dépasser, comme effectif, le chiffre de 100 mille hommes. Toutes les armes, l'infanterie, la cavalerie, l'aiiillerie, le génie, voire même la marine, y figuraient. Parmi les corps qui y furent successivement ajoutés, nous devons principalement citer les Mameloucks, les Vélites, les Pupilles.
L'escadron des Mameloucks fut formé avec les débris de l'armée d'Egypte, et se recruta avec des réfugiés de l'Archipel et de l'Asie. Les Mameloucks portaient le costume de
RKGNR l)K NAPOLÉON l*"'. 03
leur nation, ol, comme armes le sabre turc, des pistolets, des poignards.
Les Vé/itcs, corps d'élite créé en 1805, augmenté en 1806, composé de jeunes gens ayant, soit par eux, soit par leurs parents, un revenu assuré de 800 francs par an, payé comme pension, par trimestre et d'avance, au conseil d'administration. On leur apprenait l'écriture, l'arithmétique, le dessin, la gymnastique ; après trois ans de service ou de camp:.gne, les plus instruits d'entre eux obtenaient généralement une sous-lieutenance dans les troupes de ligne. Il y eut des vélites à pied et des vélites à cheval.
On trouvait encore dans la Garde impériale un régime?it de pupilles , jeunes soldats de (juatorze à dix-huit ans, pris parmi les orphelins et les enfants de troupe. Ce régiment fut créé par décret du 19 octobre 1811, et le brave Bardin, le savant auteur An Dictionnaire de l'année de terre, fut choisi par l'Empereur pour en être le colonel et l'organiser ; mission délicate qui demandait bien des qualités, et dent il se tira avec une incroyable dextérité. Ce régiment des pupilles, fort de 8,000 hommes, presque autant que serait une division de nos jours, se faisait remarquer entre tous , pour la tenue, l'esprit guerrier, la discipline, l'instruction, les manœuvres.
La Garde impériale, composée de troupes aguerries et inébranlables, constituait une imposante réserve entre les mains de l'Empereur, et souvent, Thistoire est là pour le dire, elle rétablit, par sa présence et sa bravoure habile, des affaires qui prenaient une mauvaise tournure pour le succès de nos armes. Elle se divisait en Vieille garde, Moyenne garde et Jeune garde; la Vieille garde ne comptait dans ses rangs que des soldats modèles auxquels nuls autres, en France ou à l'Etranger, ne pouvaient se comparer; les Moyenne et Jeune gardes prenaient , sous l'œil de la Vieille garde, l'esprit de discipline et de courage qui les distinguait.
Pour être admis dans la Garde, il fallait, suivant les armes, avoir de huit à douze années de service, campagnes comprises, et au moins 5 pieds 3 pouces (1"»,73]. La Garde prenait rancf avant les réiïimonts de la lie'ne et touchait une
Ç}Ii PRÉCIS DES INSTITLTIOJJS MILITAIRES.
solde plus forte. Voici un tableau indiquant le rang de tous les militaires qui la composaient :