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MOUVEMENT PAR QUATRE

exécute pour son compte particulier une conversion à pivot fixe. Le mouvement terminé, les h chevaux du second rang dans chaque groupe de h files se trouvent placés à droite de ceux du premier.

La cavalerie rompt aussi par quatre pour marcher en avant par des marches de biais. (les marches obliques, ainsi que

222 HISTOIRE ET TxVCTIQUE DES ARMES ISOLÉES.

les mouvements par quatre, étaient fort à la mode au dernier siècle, et le maréchal de Saxe en faisait grand cas; mais on ne les employé plus que dans l'instruction élémentaire du peloton et de l'escadron, et dans les manœuvres on leur a substitué les mouvements par pelolon. Les pelotons exécutent donc de fréquentes conversions, d'où il suit que les • chevaux des ailes, allant toujours aux allures vives, fatiguent plus que dans les mouvements par quatre ; mais en revanche, dans ces derniers mouvements il existe , pour un escadron de 48 fdes, 24 pivots et 2Zl ailes marchantes, ce qui multiplie les inconvénients du déboitement et les causes d'irrégularité, et demande, pour être bien exécuté, des cavaliers instruits.

La cavalerie, ne faisant pas usage de ses feux, ne saurait avoir d'action latérale comme l'infanterie. Pour se défendre, il faut qu'elle puisse se poster face à l'ennemi et à distance suffisante pour prendre carrière, et c'est pourquoi les changements de front sont pour elle une évolution fréquente et indispensable. Ces changements de front s'exécutent, comme les autres manœuvres de la cavalerie, au moyen du mouvement par pelotons ; mais comme souvent les obstacles du terrain ou une attaque imprévue paralyseront la manœuvre du changement de front, il est prudent de couvrir les ailes d'une ligne de cavalerie par une disposition de troupes.

L'allure ordinaire des manœuvres est le trot , mais toutes les évolutions doivent pouvoir se faire au galop.

§ 6. Mode d'aclion. — Le cavalier court moins de danger à la guerre que le fantassin ; aussi ne se forme-t-il que fort peu en campagne, sauf pour l'assurance ; il faut donc l'instruire en temps de paix avec un soin minutieux. Cette instruction demeure indispensable; car le grand but de la cavalerie c'est d'agir avec ensemble. Il faut aussi aguerrir les chevaux qui s'effrayent facilement et n'aiment pas les combats, malgré l'assertion des poètes de toutes les époques (1).

(1) Cette remarque appartient à Moltin de la Balme. Voyez sa Tactique pour la cavalerie, p. 180 à 184.

Le mode d'action de la cavalerie combattant en troupe consiste dans le choc dont une charge prépare l'effet. Le système que forme le cavalier et son cheval n'est pas un corps entièrement dense ; on peut néanmoins considérer l'intensité du choc d'une ligne de cavalerie comme proportionnelle à sa masse et à sa vitesse. Donc, pour augmenter le choc, on accélérera la vitesse le plus possible, et l'on grossira la masse en taisant de la troupe un tout uni, compacte, au moyen de l'adhérence et de l'alignement des cavaliers.

Tout le secret de l'instruction de la cavalerie sera donc de lui apprendre à galoper serré et aligné, même sous le feu de l'ennemi.

§ 7. Charge, — La charge, l'action décisive de la cavalerie, se tente soit au commencement, soit à la fin d'une bataille, et autant que possible sur les flancs de l'infanterie, principalement quand celte dernière se trouve engagée. Au moment favorable et à 300 mètres de distance de la ligne opposée, le commandant fait tirer les sabres et met sa troupe en mouvement au trot, de sorte que les chevaux s'habituent peu à peu comme haleine, et que les cavaliers peuvent régulariser leur alignement ; à 150 mètres, il ordonne le galop ordinaire, et à 60 mètres le galop le plus allongé possible, dit galop de charge. Les cavaliers doivent rester unis et maîtres de leurs mouvements, malgré la rapithté de l'allure. Ainsi Taccélération progressive des allures est une condition observée dans la charge et nécessaire pour ne pas ruiner promptement la cavalerie; pourtant en cas de surprise, lorsqu'un ennemi embusqué débouchera à l'improviste, on pourra commencer la charge au galop, afin de se porter rapidement à sa rencontre, et de ressaisir par la vitesse une portion de l'avantage que lui procure son premier mouvement.

Pour que le soldat mette de la vigueur dans la charge, il faut qu'il soit convaincu que ses chefs veulent la pousser à fond, et qu'ils le ramèneront au combat, si elle échoue, jusqu'à ce qu'elle réussisse ; sinon il y aura incertitude et mollesse dans son action. La cavalerie française possède sous ce

22/i nisTOir.E i:t tactique des ahmes isolées.

rapport une éminenle qualité; car, suivant un témoignage compétent, « elle est la première du monde pour le combat; elle charge toujours à fond (1). » A ce témoignage, le maréchal Marmont ajoute dans sq?, Mémoires (2) : « Les Allemands nous sont supérieurs pour l'ordre et l'esprit de conservation ; mais pour l'emploi ils sont loin de nous : la cavalerie française, à égalité de force, a toujours battu la cavalerie étrangère. »

Pendant la charge, les cavaliers se garderont de tirer, parce que le feu cause de l'inquiétude aux chevaux et produit peu d'effet sur l'adversaire. Quant aux armes de main, la lance pourra servir au moment de la rencontre, et le sabre aura de l'utilité après le choc dans l'instant très court de la mêlée. Au reste, les vaincus se dérobent vite par la fuite, et il y a ordinairement dans une charge très peu d'hommes de tués ou de blessés.

La vitesse du mouvement et l'adhérence des cavaliers serrés botte à botte, voilà les deux éléments d'une bonne charge sur lesquels les officiers porteront leur attention, d'autant plus que les cavaliers, pour ne pas être froissés dans le rang, chercheront à s'écarter et à prendre un peu d'aisance. Néanmoins, malgré la surveillance et l'exemple des chefs, il n'est pas rare qu'une charge échoue, la moindre circonstance subite pouvant déterminer une terreur panique chez les cavaliers lancés à toute vitesse; le bruit d'un boulet frappant la cuirasse d'un cavalier qu'il emporte suffirait, par exemple, pour faire manquer une charge. C'est pour cela que la cavalerie se range pour charger sur deux lignes distantes l'une de l'autre de 300 à 400 mètres ; autant que possible, les ailes de la seconde ligne déborderont celles de la première. Avec cette disposition, si la première ligne échoue dans sa charge, elle se ralliera derrière la seconde qui chargera à son tour ; seulement, pour éviter tout désordre occasionné par l'éparpillement et la retraite de la première ligne, la seconde ligne

(1) Marmont, Esprit des institutions militaires, p. 48.

(2) Tome I'% p. 221.

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sera formée en colonnes par pelolons, de manière à olVrir

des intervalles suflîsam-

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coulemenl des fuyards,

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A défaut d'une seconde ligne de cavalerie, la troupe, qui vient d'échouer dans une charge, se ralliera derrière une ligne d'infanterie qu'elle démasquera subitement pour que ses feux puissent arrêter l'ennemi ,

ou derrière un obstacle, mais toujours hors de la portée de l'ennemi, car négliger cette précaution pourraitla perdre sans ressources.

Si la charge réussit, il faut compléter le succès par une poursuite. Dans cette poursuite, on cherchera sans cesse à gagner l'un des flancs du vaincu, pour le prendre par son endroit faible, ou, si quelqu'obstacle s'y oppose, pour se glisser entre ses colonnes et les battre en détail ; mais on aura soin de se garantir des retours offensifs que pourraient tenter les embuscades, les troupes en seconde ligne et les réserves de l'adversaire.

Dans le mouvement de charge, les officiers restent à leur place de bataille, sauf l'officier qui commande la charge, lequel se porte sur le point où il juge sa présence le plus nécessaire pour assurer le succès.

Contre l'artillerie, la cavalerie charge en fourrageurs. On nomme ainsi une charge en éparpillement au moyen de laquelle les cavaliers dispersés arrivent plus vite et souffrent moins des projectiles lancés par l'artillerie. Pendant que les

(1) Celle flgure représente la charge en ordre parallèle. La charge eu ordre oblique s' exéiiulc suivant les mêmes principes, et de préférence quand la ligne ennemie est étendue, afin de compenser cet avantage par le refus d'une aile.

premiers pelotons arrivés écartent et tiennent en échec les troupes qui protègent l'artillerie, des cavaliers se jettent sur les pièces, les emmènent ou les enclouent, brisent ou emportent les armements, et surtout les refouloirs.

Ajoutons qu'avec les Arabes, l'on doit toujours charger en fourrageurs (1).

§ 8. Formations. — La cavalerie emploie quatre formations, l'ordre en bataille, l'ordre en colonne, l'ordre en échelons, l'ordre en carré.

Ses formations d'attaque sont celles en bataille, en colonne, en échelons. Elle attaque en bataille la cavalerie; elle attaque l'infanterie (2), soit en échelons, soit en colonne, en échelons quand l'infanterie est déployée et qu'on ne peut la tourner, en colonne, quand l'infanterie se trouve formée en colonne ou en carré (3) ; la colonne de la cavalerie est alors une colonne par escadrons à double distance. L'attaque en échelons convient à la cavalerie en ce sens qu'elle permet de renouveler la charge sur plusieurs points et de déborder la ligne ennemie pour tomber sur son flanc ; de plus la protection mutuelle des échelons entre eux est d'autant plus efficace, que la cavalerie défend mieux le terrain situé devant son front à distance de charge que le terrain qu'elle occupe : les charges successives des échelons réussissent assez contre les fantassins qu'elles inquiètent et qu'elles portent à se dégarnir précipitamment de leur feu. L'attaque en colonnes contre un carré d'infanterie se dirige sur un côté, s'il s'agit . d'un petit carré, et sur les deux angles adjacents au même côté si ce carré est considérable : dans tous les cas, avec une ou deux colonnes, il suffit de quatre ou cinq cavaliers lancés en

(1) Dans notre armée d'Algérie , les spahis forment la cavalerie légère et les chasseurs d'Afrique la cavalerie de ligne.

(2) La cavalerie a battu l'infanterie dans plusieurs batailles, notamment à Cerisoles (1544), à Rocroy (1643), à Fehrbellin (167o).

(3) Par la pluie, la cavalerie aura l'avantage sur linfanlerie dont les feux, qu'elle redoute beaucoup, sont éteints; exemple, la bataille de Dresde (1813). Aujourd'hui, l'usage des fusils à percussion atténuerait cet avantage.

avant pour faire une frottée au moyeu de leius chevaux moits ; une fois eulrés par cette trouée, les cavaliers suivants devront raser, à l'intérieur du carré, le troisième rang et pointer aux yeux des fantassins, pour les forcer à relever (en venant à la parade) leur fusil dont le feu n'est plus dès lors à craindre. Il semblerait que la cavalerie ne dût pas avoir de formation de défense, puisque nous avons vu qu'elle ne devait pas se laisser attaquer. Pourtant, exceptionnellement, elle pourra se former pour se défendre, et alors elle se formera en carré : ainsi formée, la grosse cavalerie, et même la cavalerie mixte, combattront au besoin de pied ferme la cavalerie légère. Ainsi, en 1813, à Juterbock, la division de dragons du général Defrance forma le carré contre les Cosaques. L'Empereur Napoléon I" approuvait sans doute cette manière de combattre, car il faisait rarement manœuvrer un régiment de cavalerie en sa présence sans ordonner la formation en carré.

La formation de marche de la cavalerit^ c'est la colonne par pelotons. Un détachement en marche suivra de préférence le côté gauche de la route, parce que, de cette manière, chaque cavalier, en cas d'attaque, présentera à l'ennemi son côté fort, le côté droit.

La formation en échiquier, jadis usitée pour la retraite, a été abandonnée par la cavalerie, vu l'extrême difficulté, pour ne pas dire l'impossibilité, de maintenir, pendant leur marche rétrograde, les escadrons de la seconde ligne vis-à-vis des intervalles de la première.

§ 9. Eclalreiirs. — On désigi.e par ce nom des cavaliers dispersés en avant, en arrière ou sur les flancs d'une troupe pour couvrir ses mouvements ou sa position : ce sont les tirailleurs de la cavalerie.

Ces éclaireurs seront choisis parmi les cavaleries armées de fusils ou de mousquetons ; fouiller le pays, reconnaître l'adversaire, couvrir les préparatifs d'iiwe charge, aller aux nouvelles, escorter un convoi, seconder les tirailleurs d'infanterie, etc., telles seront leurs principales missions. On

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pourra cgalemenl, dans le moiivcMiienl derclraile d'une troupe de cavalerie, jeter devant soi un rideau d'éclaireurs, derrière lequel les escadrons vaincus pourront se reformer et reprendre haleine. En combinant, suivant la nature du terrain, l'action des éclaireurs avec celle de tirailleurs d'infanterie, on obtiendra de bons effets.

Le règlement sur les manœuvres de la cavalerie française fixe le nombre des éclaireurs au quart de la troupe qui les détache.

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