CATAPULTE
Ces macliines, presque entièrement construites en bois, portaient jusqu'à 1,000 mètres, et les plus fortes lançaient des projectiles du poids de 300 kilogrammes. Outre des pierres, elles projetaient des flèches, des poutres, des boulets rouges, des pots à feu.
Comme les armées en traînaient à leur suite, elles correspondaient à nos pièces de campagne. Sauf Alexandre le Grand et ses successeurs, les Grecs en firent peu d'usage. Les \\oniains ne les employèrent sous la République que pour la
défense de leurs camps; sous l'Empire, ils en aventurèrent à la suite de leurs armées. Ces machines se multiplièrent avecla décadence du Courage et de l'art militaire des Romains, et dans les légions de Bas-Empire, on comptait déjà 11 machines pour 1,000 hommes. On a vu de même, à la fin de leur règne, Frédéric II et Napoléon I" multiplier le nombre de leurs pièces d'artillerie dans leurs armées composées de jeunes soldats. Ce rapprochement prouve que, depuis l'usage des machines de jet, il en a toujours fallu d'autant plus, que les troupes étaient moins bonnes.
Pour mettre hors de combat les machines antiques, on les incendiait ou bien on en coupait les cordes et ressorts, manœuvre qui correspond à l'enclouage de nos bouches à feu.
Les premiers rois Francs prirent à leur service les machines de jet attachées aux légions qu'ils vainquirent, mais leur peuple ignorait l'art de s'en servir et considérait leur emploi comme peu honorable, double raison pour laquelle la balistique les servit mal et ne fit que décliner sous leurs successeurs. Cette dégénération s'arrêta sous le règne de Charlemagne; après ce grand empereur, elle continua, et la balistique périt bientôt avec tous les arts au milieu de la féodalité. Empruntées par les deux partis, les machines de jet des anciens reparurent dans les Croisades; Philippe-Auguste les ramena (1191) en France. On les perfectionna dans le xni« siècle, et l'onagre et la catapulte reparurent sous les noms de perrière et de mangonneau .
Plusieurs de ces machines avaient d'énormes dimensions et exigeaient une grande quantité de bois pour leur construction ; en outre, si elles lançaient de très fortes masses, elles ne pouvaient leur communiquer de grandes vitesses : malgré ces inconvénients, elles furent conservées longtemps encore après l'invention et l'usage des premières bouches à feu, avec lesquelles on les voit rivaliser pendant près de deux siècles.
Beaucoup de personnes attribuent encore l'invention de la poudre à Roger Bacon, ce célèbre moine anglais, surnommé le docteur admirable, à cause de sa science prodigieuse et qui vivait dans le courant du xiii" siècle de notre ère : pourtant
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la poudre, c'esL-à-dii'c le inélaiige du salpôlre, du soulVe et du. charbon, était déjà connue plusieurs siècles avant notre ère par le peuple chinois, qui l'employait à la conlection de divers artitices et mettait ces artifices dans des tubes, d'où il résultait ce que nous appellerions aujourd'hui des fusées. La connaissance de la poudre se transmit pou à peu aux peuples d'Asie, aux Indiens, aux Perses, puis aux Arabes qui la communiquèrent aux Grecs du Bas-Empire : et une opinion récente tend à prouver que le fameux feu grégeois de ces derniers n'était autre chose qu'une composition incendiaire faite avec de la poudre. Ce furent les invasions des Arabes, et surtout les Croisades qui initièrentles peuples de l'occident de l'Europe à la connaissance de la poudre, et le grand nombre de prétendants européens au titre d'inventeur de cet agent de guerre (l'Anglais Roger Bacon^ les Allemands ^/*5*er^ le Grand, Berthold Schivartz, Constantin Anklitzen, etc.) indique évidemment que l'époque était mûre pour cette invention, c'est-à-dire que cette invention fut la reproduction d'une chose déjà existante, mais dont l'on ne possédait que des notions confuses répandues sur tous les points de l'Europe 011 il y avait des Croisés de retour dans leurs foyers.
Au reste, si la poudre ne peut plus être revendiquée comme une invention de l'Europe, les armes à feu constituent réellement une invention européenne, que ni les Chinois, ni les Indiens, ni les Perses, ni les Arabes, n'ont connue avantnous, ces anciens peuples connaissantbien la poudre, mais ignorant qu'elle put servir à projeter au loin des masses pesantes : ce point semble être aujourd'hui à peu près acquis à la science.
L'obscurité des chroniques du moyen âge et la confusion des noms à l'origine rendent difficile la dénomination précise de l'époque oij l'on découvrit la propriété de projection delà poudre et où l'on employa les premières bouches à feu. Il paraît cependant que cet emploi à la guerre ne remonte pas au delà du xiv' siècle. L'indication la plus reculée des bouches à feu parait, en effet, être celle d'instruments en forme d'entonnoirs, ou vases, dont les Génois se servirent en 1319.
La première artillerie de campagne différait peu des armes