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BOMBARDE

à feu porlalivcs, et se trouvait souvent placée à poste fixe sur des chevalets, auxquels on substitua ensuite des roues. Les bouches à feu nommées vases permettaient, par leur forme, de lancer de grosses pierres ; elles reçurent promptement le nom de bombardes. Voici une figure qui indique leur genre de construction.

Les bombardes augmentèrent bientôt de dimensions ; à la fin du xiv* siècle , on en voyait de remarquables par leur longueur et leur grosseur, puisqu'on en cite une ayant cinquante pieds de long , et une autre pesant 2,000 livres.

Opposées aux bombardes, les machines à l'antique ne furent pas en état de lutter ; le moindre boulet faisait voler leurs ais fragiles en éclat, et il leur fallut céder la place aux bouches à feu qui servirent, dès 1376, à ouvrir la brèche et qui, dès lors, furent exclusivement employées, sauf de rares exceptions, dans les sièges et sur les champs de bataille.

Le [evme artillerie existait, au reste, avant que l'on connût les armes à feu : il désignait l'ensemble des armes fabriquées par l'«r////zer (première forme du mo\. artilleur), à savoir les batistes, les arcs, les arbalètes, les flèches, les lances, les dards, les boucliers, etc. Des maîtres d'artilleriècommandaient les artilliers. Ces maîtres d'artillerie furent chargés concurremment de la fabrication et de la distribution à l'armée de la nouvelle et de l'ancienne artillerie ; ils firent donc aussi des armes à feu, des bouches cà feu, de la poudre, des balles, des boulets, et eurent à leurs ordres les soldats institués vers lilH, sous le nom de canonniers, pour la manœuvre et le service des bouches à feu.

Les premiers maîtres de l'artillerie dépendaient du grand maître des arbalétriers, auquel ils rendaient directement compte des fonctions de leur charge. Mais, sous (iharles VII, le maître général de l'arlillfrie, chef de toute cette arme,

iiiSToini: Di: l'autillkiui;. 23 5

parvint à rendro indépendant son office dont les prérogatives s'accrurent dès lors tous les jours.

La première artillerie de campagne, considérée pour ainsi dire comme un obstacle, était disposée autour de l'armée et mêlée aux charrettes^ bientôt on la sépara des bagages pour la placer sur le front ou sur les ailes. Les canons produisaient alors surtout de l'effet sur l'esprit des troupes, par le bruit de leurs décharges 5 ils augmentaient l'importance des positions défensives et servaient dans les opérations secondaires, mais embarrassants, et se chargeant lentement, ils ne pouvaient agir qu'imparfaitement en rase campagne.

Louis XI, vers IZi 75, partagea en trois la charge du maître général de l'artillerie : éclairé par l'aide que l'artillerie avait donnée à son père, pour reconquérirson royaume sur les Anglais, il entretint une artillerie considérable. Pendant son règne, on fondit douze pièces du calibre de 45, qui furent célèbres sous le nom des douze pairs de France (1) ; une de ces pièces fut prise à la bataille de Montlhéri (l/i65).

Charles VIII rétablit, en l/iS3, un seul maître général de l'artillerie. Son expédition en Italie montre le premier emploi important de l'artillerie dans la guerre de campagne. Toutes les puissances cherchèrent à améliorer leur artillerie à notre instar; la fondation définitive de l'artillerie française remonte à celte époque. Charles Vlll partit de France avec environ 100 canons de calibre moyen ; à Sarzanne, son parc s'augmenta d'environ AO grosses pièces. On savait déjà placer les bouches à feu de manière à prendre d'écharpe les troupes ennemies; dans cette expédition, l'artillerie joua cependant un plus grand rôle contre les forteresses qu'en rase campagne : elle lirait avec précision.

Sous Louis XII, l'artillerie allégée entrave moins la marche de l'armée; les petits calibres deviennent assez mobiles pour prendre pendant le combat des positions avantageuses, et pour forcer par leurs coups l'adversaire à se tenir à distance

(1) Ce nom rappelle les douze aputrcs, que Charles-Quiiit fli foudre à Malaga pour sou cxpédiliou coulre Tuuis.

23/i HISTOIRE ET TACTIQUE DES ARMES ISOLÉES.

et à compliquer par suite ses mouvements. Ce monarque établit deux maîtres généraux de l'artillerie, l'un en France, l'autre en Italie.

A cette époque, on fait souvent coucher l'infanterie à terre pour donner moins de prise aux boulets. Les Suisses cherchent dans une bataille à s'emparer de l'artillerie de leurs adversaires, en s'avançant en tirailleurs contre les batteries. Sous François I", l'artillerie française s'accroît, s'organise, et n'admet pour ses attelages que des chevaux vigoureux. A Marignan (1515), nos canons nous rendent vainqueurs. A Pavie (1525), François I^»", après le succès de sa droite, croit pouvoir surprendre l'armée ennemie et s'avance à la tète de sa gendarmerie, masquant ainsi le tir de ses pièces ; cette fausse manœuvre entraîne sa défaite. A Cerisoles (iblili), nos pièces mieux attelées arrivent en place sur le champ de bataille aussitôt que la cavalerie. Mentionnons enfin qu'au XVI' siècle, c'est l'artillerie qui arrête les progrès des Turcs, et protège ainsi la civilisation européenne. Au point de vue militaire, on peut dire qu'à cette époque l'accroissement des armes à feu n'embrouillait la guerre que pour les esprits médiocres ; elle la rendait plus facile pour les grands capitaines.

En 15A3, François I" donna au maître général de son artillerie le titre de grand maître et de ca^pitaine général de l'artillerie. La charge de grand maître subsista sans itmovation sous les règnes suivants. En 1599, Henri IV la conféra à Sully entre les mains duquel elle gagna en importance ; deux ans après, en faveur de ce ministre célèbre, il l'érigea en office de la couronne. Cette charge dura jusqu'en 1755, année où elle disparut; elle a été depuis, à plusieurs époques, momentanément rétablie, avec des attributions moindres, sous la dénomination de premier inspecteur général de V artillerie.

Les premiers canons ne furent que des assemblages grossiers de barres et de cercles en fer. Dès le xV et le xvi' siècle, on les coula en fer. en cuivre, en bronze ; les boulets employés furent aussi tour à tour de pierre, de plomb, de

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for, de bronze. Quniità la gai'iio des picees, comme on tenait beaiiconp à leur eonservation, on la confiait à des détachements de la meilleure infanterie, c'est-à-diie aux Suisses, et à leur défaut aux lans(juenets.

Henri II adopta cinq calibres, variant de 1 à 33 livres, pour ses bouches à feu; Henri IV y ajouta un sixième caUbre , celui du | de livre , et réunit à l'arsenal de Paris jusqu'à 100 bouches à feu, nombre considérable pour l'époque, et qui indique les projets de conquête qu'il méditait lorsqu'il fut assassiné. L'artillerie de Henri IV, comme celle de Henri II, n'était point munie d'avant-train ; mais le canon de 33 livres avait un chariot porte-corps, et Ton conduisait des afTùts de rechange pour toutes les grosses pièces. Henri IV, renouvelant les édits de Charles IX, défendit en 1609 de fondre aucune pièce approchant des six calibres français qu'il venait d'adopter. Dans les batailles de ce monarque, l'artillerie, placée aux extrémités d'un croissant, s'efforçait de prendre l'ennemi d'écharpe, et de flanquer toute la» ligne de bataille se tenant sur la défensive.

Dès le milieu du xvi* siècle, l'artillerie de l'Allemagne protestante jouissait d'une grande légèreté et tirait avec une célérité extraordinaire ; celle de l'Europe avait aussi une bonne et puissante organisation, et elle servit plus tard de modèle à Gribeauval.

Gustave Adolphe allégea l'artillerie dont il accéléra et améliora le tir, et adopta les calibres de 3, h, 6. 12, 16 et 30. Ses bouches à feu étaient en bronze, en fer coulé, et en tôle dé fer cerclée avec des lanières de cuir. Ce souverain employa surtout l'artillerie; pour attaquer, tandis que jusqu'alors on s'en était plutôt servi pour la défensive. Il divisa l'artillerie pour les marches ; il la groupa en grandes batteries sur le champ de bataille, plaçant ces batteries sur les ailes et au centre de ses lignes. Il trania toujours un grand nombre de pièces à sa suite : au passage du Lecli (1631), il en avait 72 de gros calibre.

En 163Zi, Louis XllI ajouta en France deux nouveaux calibres à ceux existant sous Henri IV : ce furent le 24 et le 12.

Dans la même année, les bombes furent mises en usage par les Français qui lancèrent les premières au siège de Lamothe, en Lorraine. Dès lors, pour rendre l'artillerie plus légère, on commençait à laisser les gros calibres sur les derrières, et à n'emmener avec l'armée que des pièces de campagne attelées de quatre à six chevaux.

Sous Louis XIV, Vauban inventa le tir à ricochet (1688), et employa spécialement le canon pour faire brèche au lieu de la mine. L'invention des carcasses, projectile incendiaire de forme ellipsoïdale, date aussi de cette époque ; les Français s'en servirent pour la première fois on 1672. L'année précédente, le roi avait enlevé aux Sjisses la garde de l'artillerie, et créé le régiment des fusiliers du roi, destinés à les remplacer dans cet emploi. Le mousquet étant encore l'arme ordinaire de l'infanterie, ce nouveau régiment dut son nom à ce que les soldats qui le composaient furent les premiers armés de fusils à baïonnette. Lors de sa réorganisation en 1693, le régiment des fusiliers du roi prit le titre de Royal-Artillerie : c'est de cette époque que date la véritable organisation du corps de l'artillerie. Mais si le grand roi institua, comme nous venons de le rappeler, les premières troupes permanentes d'artillerie et donna une grande extension au matériel de cette arme, il ne s'opéra cependant sous son règne aucun grand perfectionnement ; on persista en effet à faire usage d'une même artillerie dans les sièges et sur les champs de bataille, sans considérer que Tcmploi de cette arme est différent dans chacune de ces deux circonstances. On se servait en général, sous Louis XIV, de pièces longues des calibres de 36, 24, 16, 12, 8 et li.

Pendant le règne de ce monarque, le nombre des bouches à feu à la suite des armées s'accrut comme l'effectif des troupes. Nous avions à Fleurus (1690) 100 bouches à feu ; à Malplaquet, 200. Dans cette dernière bataille (1709), une batterie de 50 bouches à feu, placée sur notre droite et chargée à mitraille, mit hors de combat 2000 de nos ennemis dans une seule décharge. Grâce à ses puissantes masses d'artillerie, Louis XIV réduit au silence l'Espagne et la Hollande,

UISTOIP.R DK L'AHTILLF.niF,. 237

s'cmparo do la FranclieCoiulé cl de l'Alsace. An milieu de ses guerres, rartilierie lui rend des services dans les batailles comme dans les sièges. A la fin de son règne, son artillerie est épuisée comme les autres troupes de ses armées. Turenne plaçait encore son artillerie en avant de ses lignes : après lui on eut soin de la répartir entre les divers corps.

En 1732, Louis XV adopta le système d'artillerie du lieutenant général de Vallière, et arrêta que les calibres de 2à, 16, 12, 8 et Zi seraient exclusivement employés dans les armées françaises : le 2/i et le 16 [)rincipalement pour les sièges; les autres calibres indifl'éremment pour les sièges et pour les batailles.

On doit à Frédéric II l'invention de l'artillerie à cheval, si utile pour suivre les mouvements de la cavalerie, et l'usage des obusiers en campagne. Ce monarque perfectionna la tactique de l'artillerie, et au lieu de l'éparpiller sur tout le front de sa ligne de bataille, comme on le faisait précédemment, la réunit eu grandes masses. Il dut plusieurs de ses succès à ce système. On le voit lutter à Czasiau (17A2} avec 106 canons et 3 obusiers, à Zorndorf (1758) avec 117 bouches à feu , à Torgau (1760) avec 2hli pièces; ce sont des nombres considérables, eu égard à l'effectif de ses armées.

Vaquette de Gribeauval, célèbre général français qui combattit contre Frédéric II pour Marie-Thérèse, et se distingua en 1762 à la défense de Schweidnitz, était inspecteur général de l'artillerie, et porta la science de cette arme à un haut degré de perfection. Son système d'artillerie de campagne fut adopté définitivement en France en 1765 : toute l'Europe l'adopta elle-même bientôt après, et le suit encore aujourd'hui à quelques changements près.

Dans ce système, les pièces, plus courtes et presque moitié plus légères qu'auparavant, sont montées sur des affûts à la fois solides et légers. Les différents calibres sont le J2, le 8, le A, et le 1 qui fut promptement supprimé ; il faut y joindre un obusier de 6 pouces destiné au service en campagne.

On est redevable à Gribeauval de l'usage de la hausse, qui permet de pointer un canon avec autant d'exactitude que de

précision. Cel homme illustre ne changea presque rien aux pièces de siège, mais il en perfectionna les accessoires; il inventa Xaffùt de place, dont l'usage dispense de faire des embrasures, et V affût de côte à l'aide duquel on peut suivre, en pointant, le mouvement des vaisseaux. Il flxa le calibre des mortiers à 12, 10 et 8 pouces; celui des pierriers à 15 pouces ; il introduisit pour ces différentes pièces Tusage des affûts en fer coulé.

Il fractionna d'une manière heureuse le personnel de l'arme en créant, comme unité de force de l'artillerie, la batterie de 8 bouches à feu servie par une compagnie de canonniers.

En l'an ix (1801), le Premier Consul créa les bataillons du train pour chavroyer le matériel de l'artillerie, fonctions qui se confiaient auparavant à des entrepreneurs, ce qui présentait de graves inconvénients.

Sous l'Empire, le personnel de l'artillerie fut porté jusqu'à 60,000 hommes. Napoléon employa cette arme par grandes masses : c'est ainsi qu'à la bataille de Wagram on vit une batterie de 100 bouches à feu venir, par une manœuvre rapide, occuper momentanément une portion de la ligne de bataille. Cette circonstance particulière fit sentir la nécessité d'apprendre à un groupe de pièces à manœuvrer avec ensemble et promptitude; on s'occupa donc, pendant la paix qui suivit, de la rédaction des manœuvres d'une ou plusieurs batteries. L'instruction qui en résulta eut une heureuse intluence sur les dernières batailles de la période impériale. Il est inutile de dire que l'Empereur plaçait l'artillerie dans son ordre de bataille comme nous la plaçons aujourd'hui.

Enfin, en 1829, le Comité d'artillerie, prenant pour type l'artillerie anglaise, adopta un nouveau matériel d'artillerie, dit nouveau système. Aujourd'hui les calibres de siège et de place sont ceux de 2/j, 16, 12 et 8 ; les deux derniers, le 12 et le 8, composent seuls les batteries de campagne, parce que la mobilité des nouvraux aflûts permet de conduire sur le champ de bc^taille des canons d'un etîet puissant. Les nou-

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veaux obusiers ont la loiigLiour des canons ; ceux de campagne portent comme calibre 6 pouces et 2/i; celui de siège, 8 pouces. Un obusier de 12 compose à lui seul l'artillerie de montagne. Les mortiers sont à chambre conique, et du calibre de 12, 10 et 8 pouces ; les pierriers ont le calibre de 15 pouces.

La batterie se trouve réduite à six bouches à feu avec tous leurs accessoires; sur ces six bouches à feu, il y a quatre canons et deux obusiers.

Plusieurs dispositions, observées dans la construction des voitures et avant-trains, donnent au nouveau système une grande mobilité. Il jouit aussi d'une notable simplicité, car il ne renferme que deux affûis de campagne, l'un pour le canon de 12 et Tobusier de 6 pouces, l'autre pour le canon de 8 et l'obusier de 2Zi ; de plus, l'avant- train du caisson est le même que celui de la pièce, ce qui permet de réapprovisionner l'alfùt par un simple échange d'avant- train.

Un autre avantage du nouveau système, c'est que les canonniers peuvent s'asseoir sur les coffrets d'avant-train, de manière cà être transportés avec les pièces. Grâce à cette amélioration, les batteries à pied manœuvrent au besoin avec la même rapidité que les batteries à cheval, et l'arme de l'artillerie peutsepHer à tous les mouvements de l'arme de l'infanterie et de la cavalerie.

On appelle quelquefois système Valée notre système actuel (l'artillerie, du nom de l'olTicier général, depuis maréchal de France, qui en est l'auteur, et l'avait déjà fait apprécier au camp de Saint-Omer (sept. 1827).

Ce système se trouve aujourd'hui modifié, quant au matériel, par l'adoption du canon de l'Empereur (I) ; quant au personnel, par rorganisation de 185/j dont nous avons dejcà parlé (2),

(1) Canon-obusier de 12.

(2) Reportez-vous au § 6 du chap. ix de la I" partie.

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