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CHAPITRE VI

DÉTAILS SUR L ' A RTI LLERI E.

§ 1er. Deslinalion. — L'artillerie a pour destination de détruire, soit les troupes ennemies, soit Tarlillerie opposée, soit des obstacles, et de faciliter par cette destruction l'attaque de l'infanterie ou de la cavalerie. Pour remplir cette destination d'une manière décisive, l'artillerie doit agir en grandes masses; car si elle tire contre une ligne de fantassins, c'est seulement ainsi qu'elle pourra produire de larges trouées qui fractionneront la ligne en plusieurs groupes isolés qu'il sera ensuite aisé d'assaillir et de battre en détail. Il se présente pourtant des cas où des coups isolés produisent sur le moral de l'adversaire un eflét utile, comme, par exemple, lorsqu'un boulet enlève quelque chef ou simplement un porteur d'ordres.

Pour accomplir sa mission, l'artillerie doit recourir à des moyens différents, suivant la nature de l'objet à détruire; d'où deux espèces de bouches à feu, les pièces de campagne, les pièces de siège. Mais en terrain accidenté, les premières elles-mêmes, qui sont les plus légères, seraient encore trop lourdes pour la possibilité du transport, et de là une troisième espèce d'artillerie, l'artillerie de montagne portée à dos de mulets, tandis que les pièces de campagne et de siège se trouvent sur des affûts attelés.

Nous venons de parler du transport de Tartilierie ; il est indispensable, non-seulement en route, mais aussi sur le champ de bataille, cette arme agissant aujourd'hui et par ses mouvements et par ses feux, à l'inverse de ce qui se passait anciennement, car on a cru longtemps que la mission de l'artillerie consistait à faire feu sur place.

L'artillerie de campagne elle-même se subdivise sur le terrain en deux catégories. On conçoit, en effet, que les frac-

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lions (livt'rscs de rannce no pouvcMit s(! sorvir des mènips calibres, puisque la inobililé dépend du poids du houlel; delà le partage de l'artillerie attachée à une armée en batteries divisionnaires el en batteries de réserve, les premières composées d'artillerie légère, attachées aux divisions, ayant une action de tous les instants, les secondes composées de grosse artillerie, faisant partie de la réserve, n'agissant comme elle quW l'instant décisif, qu'à la dernière extrémité.

Outre le service général des bouches à feu et la construction de toutes les batteries, le corps de l'artillerie français se trouve encore chargé en campagne : 1° de l'approvisionnement de l'armée en armes et en munitions de guerre ; 2° de la réparation de ces armes, réparation confiée aux compagnies d'armuriers; 3° de la construction et de l'établissement des ponts mobiles ou des passages en bateaux (1).

L'artillerie n'est pas, du reste, une arme qui puisse se suffire à elle-même ; elle a besoin d'une protection immédiate pour remplir ses diverses destinations, surtout quand elle est occupée à tirer ou à construire, soit une batterie, soit un pont. En effet, si l'on n'appuyait pas l'artillerie par des troupes d'infanterie ou de cavalerie, les artilleurs, en cas d'attaque, devraient abandonner leurs fonctions spéciales pour se transformer momentanément en fantassins ou en cavaliers, suivant qu'ils sont à pied ou à cheval, ou repousser l'adversaire, ce qui nuirait à l'intérêt général en interrompant leur rôle spécial souvent au moment le plus utile. Mais si l'artillerie ne peut agir avec sécurité que sous l'égide des autres armes , elle leur rend en revanche de grands services, el l'on peut dire qu'elle constitue actuellement un accessoire indispensable à h composition de nos armées.

§ 2. Données numériques. — Le nombre des bouches k feu d'une armée dépend de la quantité et de la qualité des troupes qui la composent : on la fixe ordinairement à raison de ifrt/?f par 1,000 hommes. L'expérience de nos dernières

(1) Service en campagne, art. xi,

guerres a démontré que l'on pouvait adopter 2 bouches à feu par 1,000 hommes d'infanterie; mais il faut considérer ce nombre comme un minimum (1) correspondant aux meilleures troupes, parce qu'en effet, plus les soldats sont aguerris, moins ils ont besoin de soutien. 3 bouches à feu par 1,000 hommes donnent une proportion plus convenable pour la généralité des cas. Les étrangers ont souvent dépassé ce nombre; les Prussiens, par exemple, ont employé Ix bouches à feu par 1,000 hommes, et les Russes jusqu'à 7 bouches à feu pour le même nombre de combattants.

Quant à la cavalerie, il est d'usage de lui adjoindre la même quantité de pièces qu'à un corps d'infanterie d'un effectif moitié moindre.

L'artillerie étant toujours embarrassante dans les longues expéditions, on devra, pour la fixation de sa quantité, tenir compte de sa légèreté eu égard au terrain sur lequel elle se trouve appelée à combattre, d'autant plus qu'il est préférable d'emmener moins de pièces que de s'exposer à la dure nécessité d'en abandonner pour faciliter sa marche.

L'artillerie traîne à sa suite en approvisionnement 200 coups par bouche à feu et 50 cartouches par chaque homme d'infanterie.

Chaque pièce ou caisson, attelée de six chevaux, comme cela a lieu en France, occupe 13 mètres de profondeur dans la file ^ l'avant-train, attelé de six chevaux, n'y occupe que 10 mètres. La profondeur d'une bouche à feu en batterie (avec le levier de pointage) est de 5 mètres, le front de chaque bouche à feu et voiture monte à 2 mètres.

§ 3. Unité lactique. — La batterie est l'unité tactique de l'artillerie ; elle se compose en France, pour l'artillerie de campagne, de six bouches à feu (2), ce qui produit, avec les

(1) Par rapport au continent européen, car devant des troupes faibles on peut descendre au-dessous de ce chiffre; ainsi, en 1830, dans le corps expéditionnaire qui conquit Alger , il y avait à peine \ bouche h feu par 1 000 hommes.

(2) La batterie de campagne, composée de i canons et 2 obusier», forme

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accessoires et les canonniers nécessaires pour conduire et manœuvrer, un effectif de 30 voitures, 200 hommes et 200 chevaux, assez considérahle pour un seul commandement. Le personnel de cette batterie se compose aujourd'hui d'éléments homogènes, en ce sens que les canonniers servants et les canonniers conducteurs ont le même rang.

Certaines puissances étrangères composent leurs batteries de huit pièces, six canons et deux obusiers; outre ces batteries mixtes, d'autres attachent encore à leurs armées des batteries spéciales d'obusiers.En France, on vient d'adopter, pour l'artillerie de campagne, comme principale espèce de bouche à feu, des canons-obusiers de 12 tirant à volonté le boulet ou l'obus de 12, ce qui offre l'avantage que les six pièces composant la batterie peuvent lircr à la fois, suivant le besoin, soit des boulets, soit des obus : ces canons-obusiers ont été proposés par l'Empereur dès 18Zi9 (1).

La batterie de campagne française se divise en trois seclions de deux pièces chacune (2); le premier lieutenant commande la section de droite, le second heutenant la section de gauche, l'adjudant la section du centre.

La batterie de montagne se compose de six obusiers de 12 partagés en trois sections, mais le plus souvent l'artillerie de montagne est organisée par sections de 2 obusiers qui exigent chacune 22 mulets pour leur transport ; c'est ainsi qu'on l'emploie en Algérie.

§ I\. FormalioiîS. — L'artillerie, qui manque de formations défensives, recourt, pour manœuvrerou pour combattre, à trois formations différentes : la formation en colonne, la

actuellement Texception; il n'en existe plus de semblables qu'à la réserve (où elles sont de 4 canons de 12 et 2 obusiers de 16 centimètres), et encore toutes les batteries de la réserve n'ont pas cette composition.

(1) Le nouveau système d'artillerie de campagne qu'ils forment a été expliqué et défendu par le colonel Favé , dans deux brochures publiées en 1830 et 1851.

(2) Dans la batterie de 4 canons et 2 obusiers, les 2 obusiers forment une section.

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