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FORMATION EN BATAILLE

voitures se trouvent disposées sur deux lignes parallèles ; les bouches à feu sur leurs avant-trains, chacune étant suivie ou précédée de son caisson; les chevaux de toutes les voitures faisant face du même côté. Pour une batterie à pied, l'intervalle entre les voitures est de 12 mètres, la distance entre les deux lignes de 1 mètre, comme on le voit sur cette figure pour laquelle servent également les indications données à propos de la formation précédente. La formation en bataille est surtout un ordre de revue (1) ; pourtant elle peut servir pour se porter en avant de quelques centaines de pas, quand le terrain se trouve assez dénudé pour permettre de passer à un corps offrant, pour une seule batterie à pied, un front de 72 mètres et une profondeur de 27 mètres.

3° Formation en batterie. — Cette formation est celle où

(1) Pour les revues et les parades, on modifie la formation en bataille en reculant la ligue des caissons à 15 mètres de celle des pièces, et en groupant les servants de chaque pièce en un petit peloton placé à 6 mètres en arrière de la volée de la pièce.

les pièces en ligne sont disposées pour faire feu ; les bouches à feu, leurs avant-lrains et les caissons restent tournés vers l'ennemi et formés sur trois lignes parallèles. Pour une batterie cà pied, l'intervalle entre les bouches àfeu est de 12 mètres, la distance entre la ligne des bouches à feu et celle des avant-trains de 6 mètres, la distance entre la ligne des avantlrains et celle des caissons de 10 mètres. La figure ci-dessous,

FORSUTION EN BATTERIE.

pour laquelle les lettres indicatrices ont le sens susmentionné, montre cette disposition, qui occupe 72 mètres en front et hli mètres en profondeur pour une seule batterie à pied. Cette formation constitue la véritable formation de combat de l'artillerie. Une fois le feu commencé, la batterie peut se porter, par parties et successivement, à des positions plus avancées, ce qui s'exécute ordinairement par demi-batterie, la demi-batterie de droite tirant pendant que la demi-batterie de gauche marche, et réciproquement. Dans le cas particulier où la batterie, entièrement formée suivant l'ordre en batterie, se retirerait en faisant feu, les avant-trains et les caissons doivent rester le dos tourné à l'ennemi, après le premier mouvement rétrograde, pour le continuer plus facilement.

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§ 5. Manœuvres. — Pour passer de l'une à l'aulre des formations précédentes, l'artillerie emploie nécessairement des manœuvres; d'ailleurs il faut aussi qu'elle sache manœuvrer, afin de pouvoir participer aux transformations que les péripéties de la guerre font éprouver aux dispositions tactiques des troupes qu'elle soutient, et cela aussi bien pour l'artillerie à pied que pour l'artillerie à cheval.

Quel sera le caractère des manœuvres de l'artillerie? Cette arme est complexe ; elle comprend des hommes, des chevaux, des voitures ; on ne peut donc exiger d'elle une grande précision dans les mouvements. Qu'elle manœuvre promptement, et, une fois la manœuvre terminée, qu'elle lire vite et bien sur l'ennemi s'il y a lieu, voilà tout ce que l'on peut lui demander. Elle manœuvrera donc plutôt à la manière de la cavalerie qu'à celle de l'infanterie, et encore la présence des voitures amènera-t-elle forcément un peu de décousu dans les mouvements. Ce léger inconvénient disparaîtra plutôt par l'habitude des manœuvres que par la rapidité des allures, car l'artillerie n'admet pas dans ses mouvements d'allure plus rapide que le trot. On conçoit, en effet, que les chevaux de trait, attelés à de lourdes voitures, seraient promptement ruinés, si l'artillerie manœuvrait au galop ; toutefois, dans un moment critique, une batterie pourra, par exception et pour un faible temps, effectuer un mouvement à l'allure du galop.

Nous venons de dire que l'artillerie manœuvrait à la manière de la cavalerie ; elle emploie donc de préférence les mouvements de biais et les conversions qui conviennent aux troupes ne pouvant adopter les mouvements à angle droit et serrés de l'infanterie : il est facile de le prouver par quelques exemples.

1° La batterie se trouvant en colonne, de pied ferme ou en marche, pour la former en bataille sur la tète de la colonne, en gagnant du terrain à gauche, on commandera aux deux sections de la queue oblique à gauche, mouvement qu'elles exécuteront jusqu'à ce que, en reprenant la marche directe, elles soient placées à leur intervalle de la section voisine du côté du guide, et alors elles continueront leur

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marche sur une direclion parallèle à l'axe de la colonne jusqu'à ce qu'elles aient alleinl le front de la section tête de colonne. Si l'on voulait gagner du terrain à droite, la formation en bataille s'effectuerait d'une manière analogue par un oblique à droite (1). Le terrain seul doit guider dans le choix du côté le plus avantageux pour se former, parce que l'artillerie ne tenant aujourd'hui aucun compte des inversions dans ses manœuvres, il importe peu pour l'ordre habituel de porter les deux sections de la queue à droite ou à gauche de la section tète de colonne.

2° Pour former la colonne d'attaque sur le centre, la batterie étant en bataille de pied ferme, la section du centre se porte en avant ; quand elle a laissé le champ libre, la section de droite fait oblique à gauche et vient se ranger en colonne par pièce en arrière de la file de droite de la section du centre, tandis que la section de gauche fait oblique à droite, se forme en colonne par pièce et gagne position derrière la fde de gauche de la section du centre. La formation de la colonne d'attaque s'effectuerait d'une manière analogue si la batterie, au lieu d'être en bataille de pied ferme, marchait en bataille.

3" La colonne étant en marche, si l'on veut Ja former, soit à gauche, soit à droite en bataille, le mouvement s'effectuera par une conversion à gauche ou k droite faite à la fois par chaque section, sans s'inquiéter de l'ordre direct. Ce sera par une conversion analogue de chaque section, mais faite successivement et d'abord par la section tête de colonne, que se produira le mouvement sur la gauche (ou sur la droite) en bataille, destiné à mettre la batterie en bataille sur le prolongement en avant de son flanc gauche.

h° La batterie étant en bataille de pied ferme, ou marchant en bataille, peut effectuer un changement de front, formant par sa direction un angle plus ou moins ouvert avec le front précédent, au moyen d'une conversion en bataille

(1) L'oblique adroite (ou à gauche) se fait, dans l'artillerie, à 45 degrés; il est doue en réalité un demi à droite (ou à gauche).

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qui s'exécute, la voilure-pivôt prenant ou conservant l'allure du pas, tandis que les autres voitures adoptent l'allure du trot. C'est également par des conversions en bataille, suivies de marches en bataille, exécutées séparément et parallèlement par chaque batterie, que, dans les évolutions de plusieurs batteries réunies, s'exécutent les changements de front sur une aile, l'autre aile en avant ou en arrière.

Les évolutions de plusieurs batteries dont nous venons de parler, et qui sont déterminées par le règlement du 12 mars 1836, présentent quelque analogie avec les évolutions de ligne de plusieurs bataillons, eu égard aux différences essentielles qui séparent l'artillerie de l'infanterie dans leur manière d'être.

Il n'existe dans les manœuvres de l'artillerie ni guides généraux , ni guides particuUers : la direction de la colonne ou de la ligne reste confiée au chef de la voiture à laquelle se rapportent la marche et la formation. Depuis l'adoption du nouveau matériel, une seule conversion est admise dans les mouvements de l'artillerie ; c'est celle de l'infanterie sur le côté du guide, qui s'exécute toujours à pivot mouvant, la voiture-pivôt décrivant un arc de cercle pour dégager le terrain où commence le mouvement. Nous devons aussi faire remarquer que les doublements de voitures et les demi-tours se font constamment cà gauche , parce que les conducteurs montent les chevaux de la file de gauche.

§ 6. Emplacements. — Le nom de batterie ne s'applique pas uniquement à l'unité de force de l'artillerie, on s'en sert également pour désigner la réunion de plusieurs bouches à feu sur un point déterminé du champ de bataille. Le choix de l'emplacement à donner aux batteries ainsi envisagées n'est pas indifférent, parce que l'habileté des pointeurs serait paralysée par une mauvaise situation.

Un terrain ouvert, ayant ses flancs appuyés, dominant légèrement la position occupée par l'ennemi, présentera des avantages pour y établir une batterie. Le sol devra être solide sans être pierreux , parce que le moindre projectile ennemi

déterminerait sur les pierres des éclats fort nuisibles pour les servants; il offrira en outre des issues commodes et sûres, non-seulement pour l'offensive, mais aussi pour la retraite dont la prudence veut qu'on prévoie l'éventualité. Autant que possible, l'artillerie se postera de manière à î;o«V sans être vue, en se cachant derrière quelque obstacle , pourvu toutefois que cet obstacle ne nuise pas à la sûreté et à la facilité de son tir et de ses débouchés.

Une fois l'emplacement choisi, on donnera à la direction de la ligne de tir des pièces plus ou moins d'obliquité par rapport au front de l'adversaire, de manière à causer dans ses rangs le plus grand dommage possible, par l'angle sous lequel les projectiles atteindront lesdits rangs. De là, différents noms affectés aux batteries. Ainsi l'on appelle batterie directe celle qui bat perpendiculairement le front de l'adversaire, sorte de batterie d'autant plus meurtrière, que ce dernier se présente sur une plus grande profondeur; batterie cVécharpe, celle dont les lignes de tir tombent obliquement sur le front à battre ; batterie de revers, celle qui bat le derrière d'un corps de troupes déjà exposé à des feux directs, position difficile à prendre, mais très inquiétante pour l'ennemi qu'elle menace ; batterie d'enfilade, celle qui bat de flanc et suivant sa propre direction la ligne ennemie prolongée, sorte de batterie que l'artillerie légère peut facilement dresser quand les troupes adverses prêtent le flanc et s'exposent ainsi aux coups meurtriers de l'enfilade, ce qui arrive assez souvent dans les manœuvres; batterie croisée, celle dont les pièces, tirant obliquement, croisent leurs feux, ou, par extension , celle qui croise ses feux obliques avec ceux d'une autre batterie, espèce de batterie très meurtrière, puisqu'elle réunit un grand nombre de projectiles sur le même point.

En parlant de la destination de l'artillerie, nous avons subdivisé l'artillerie de campagne en batteries divisionnaires et en batteries de réserve. Les premières , appelées aussi artillerie des lignes, parce qu'elles se trouvent attachées aux lignes en permanence, sont actives depuis le premier moment

du combat jusqu'au dernier; les secondes, destinées à soutenir les parties faibles de l'ordre de bataille, n'agissent que temporairement. De là, pour elles, deux emplacements très diflerents dans une bataille. Les batteries divisionnaires se placent (de 150 à 200 mètres environ) en avant de la première ligne des troupes, ou derrière les flancs extérieurs des lignes. Les batteries de réserve se tiennent pendant ce temps à l'abri des projectiles, prêtes à se porter rapidement sur les points menacés, ou à accompagner des masses offensives. Il faut de plus, dans une bataille, avoir soin de poster en un lieu fort et abrité les caissons de munitions dont on a sans cesse besoin et qu'il importe de conserver.

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