DÉTAILS GIÎNÉRAUX SIU LES MARCHI'S
moyen (1) lui réussissait parce (|u'il usait de soldais l);)iis manœuvriers vis-à-vis de troupes fort peu mobiles ; cependant, il Kollin (18 juin 1757), une semblable marche, exécutée sous le feu des Autrichiens, lui devint funeste, en dépit delà tenace énergie de ses fantassins revenant sept fois de suite à la charge.
Qu'elles se fassent de front ou de liane, les marches-manœuvres demandent surtout à ne pas languir. Sans la marche célèbre de la division Masséna, courant le 13 janvier de Vérone à Rivoli, combattant le ili janvier à côté des soldats de Joubert, revenant le 15 sur Mantoue, et combatlant à la date du 16 à la Favorite, Bonaparte n'aurait pas obtenu ses deux victoires finales et terminé aussi heureusement la campacrne de 179(3. — Quinze ans plus tard, au mois d'avril 1809, pendant les opérations autour de Ratisbonne, si l'archiduc Charles n'avait pas talonné dans son offensive au milieu de nos forces éparpillées, s'il n'avait pas mis (rois jours (du 19 an 22 avril) pour faire six lieues environ (de Rolir à Eckmuhl). la première partie de la campagne aurait mieux tourné pour ses armes.
C'est principalement quand la marche-manœuvre se dirige contre un ennemi entièrement défait, quand elle devient, par conséquent, une poursuite, que la rapidité constitue pour elle une condition nécessaire, pourvu, bien entendu, que cette rapidité ne nuise pas à la force et à la prudence indispensables à conserver vis-à-vis d'un vaincu énergique, capable de se retourner et de faire tèle de nouveau.
La marche du vaincu qui se retire, la retraite en un mot, est aussi une marche-manœuvre ; sans l'énoncer, nous l'avons fait pressentir et admis. Seulement, pour constituer la retraite, n'oublions pas qu'il faut une série de marches rétrogrades ; Napoléon, la veille de la journée d'Austerlilz, ne battait certes pas en retraite, et pourlant il elfectuait loie marche rétrograde pour attirer les Austro-Russes sur le cluunp
(I) Assez usité, comme procédé de manœuvre, jusqu'à l'adoplion des déploieraenls que Frédéric introduisit, sans les mettre en œuvre ailleurs (|ue dans ses camps d'exercice.
de bataille qu'il venait de choisir et d'étudier! Nous avons indiqué ci-dessus le rôle important que jouent l'arrière-garde générale et les arrière-gardes particulières devenues dans ce cas tète d'armée ou tètes de colonne.
Ajoutons que pour avoir chance de réussir dans une retraite, on doit garantir soigneusement ses flancs, plus vulnérables que dans un mouvement en avant, et tâcher de se ménager une certaine avance : au besoin, pour la gagner, l'arrière-garde livrera un combat spécial, comme le fit (nous restons dans la même campagne pour le choix de nos exemples) le prince Bagration à Hollabrunn le 16 novembre 1805.
Nous bornerons à ces courts aperçus nos détails sur les marches, ne voulant point aborder la stratégie et sortir du cadre tracé à ces Eléments.
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NOTIONS SLR LES P.ATAILLIiS.
§ 1er. Ordre primilif de balaille. — Après une marclie calculée à cet effet, ou en cas de rencontre fortuite, une armée joint l'ennemi et lui livre bataille. Comment se dispose-t-elle pour l'action ? C'est ce que nous allons d'abord examiner au point de vue théorique, dans les circonstances les plus ordinaires, en supposant le terrain de la lutte parfaitement horizontal et dénué de toute sorte d'obstacles.
Quand on veut livrer bataille, on range la totalité de l'armée en trois masses distinctes, destinées à prendre part à \i\ lutte à des époques différentes, une première ligne, une seconde ligne, une réserve.
La première ligne engage le combat. La seconde ligne a pour mission de fournir à la première un appui moral et un appui matériel : un appui moral, en lui inspirant de la confiance par sa présence même ; un appui matériel, soit en lui offrant un point de ralliement, soit en prenant sa place dans la lutte. Aussi, dès l'instant où la première ligne se trouve engagée, il faut en général se garder de retirer les troupes de la seconde ligne pour les porter sur un autre emplacement; ce serait à la fois décourager les combattants qui, ne se sentant plus soutenus, pourraient faiblir, et animer l'adversaire qui prendrait le mouvement effectué pour un commencement de relraile. Le rôle de la réserve a été précédemment indiqué.
En raison de sa destination particulière, chacune des masses de l'ordre de bataille aura une formation distincte. La première ligne sera déployée, car il s'agit pour elle d'offrir un grand front : elle ne présentera que de minimes intervalles; de grands intervalles y constitueraient de véritables Irouées et allénueraieut sa lurce de ré>isla:icc. Un
278 COMBlNAISOiN DliS ARMES.
rangera ordinairement la seconde ligne en colonnes par jjataillon à distance de déploiement; de cette manière, elle sera plus à même de se porter en avant pour secourir la première ligne. Toutefois, si la seconde ligne, en raison de la position qu'elle occupe sur le champ de bataille, se trouvait battue par l'artillerie ennemie, il vaudrait mieux la déployer (l), puisqu'une fois étendue sur un front mince, elle donnerait peu prise aux projectiles. La réserve n'ayant pas à combattre immédiatement, et devant toujours être groupée sous la main dn général en chef, se placera massée en colonnes par brigade, en arrière de la seconde ligne.
A quelle dislance maintenant les unes des autres échelonnera-t-on les trois masses de l'ordre primitif de bataille ?
En supposant le champ de bataille dénudé d'obstacles, les circonstances locales se trouveront les mêmes sur toute l'étendue du front, et la seconde ligne devra se tenir à une distance de 300 mètres en arrière de la première ligne. A cette distance, les feux de l'ennemi l'atteindront probablement avec difficulté, et pourtant elle se trouvera assez rapprochée (2) de la première ligne pour la soutenir efficacement ; l'intervalle de 300 mètres entre les deux lignes s'applique à la cavalerie comme à l'infanterie. Si la seconde ligne occupe le revers du plateau sur lequel on combat, on pourra, par exception, la rapprocher à moins de 300 mètres de la première, mais seulement jusqu'au point où les projectiles de l'adversaire la frapperaient. La réserve devant rester fraîche et intacte jusqu'à l'instant décisif, pendant que les lignes combattent ensemble ou séparément, sera postée à 1000 ou 1200 mètres de la seconde ligne.
(1) A la bataille de la Moskowa, une brigade de la deuxième ligne perdit, l'arme au bras, 500 hommes en dix minutes, parce qu'elle conserva l'ordre en colonne. (Marbot, Remarques critiques sur les Considérations sur l'art de la guerre, p. A36.) — Dans une circonstance semblable, à la bataille de Konieh (21 décembre 1832), Ibrahim-Pacha ménagea ses troupes en déployant sa seconde ligne.
(2) A la bataille de Rio-Secco, ou plutôt au combat de ce nom, les Espagnols furent battus, malgré leur énergie, pour avoir [ilace leur seconde ligne à 14 ou 1300 mètres eu arrière de la première.
NOTlUiNS SUR LKS HAT.VILLKS. 279
Lu cavaloiio ne saurait rornier le centre de la liiiiie de bataille, parce que toute sa force réside dans le mouvement, et que dans celte position elle ne pourrait se mouvoir, soit en avant, soit en arrière, sans désunir la ligne. D'ailleurs, moins que l'infanterie, elle peut rester de pied ferme vis-àvis d'un ennemi qui la fusille ou la canonne, puisqu'elle ne fait point usage de ses feux. Pour ces raisons, on la place ordinairement aux ailes; là elle a toute faculté de prendre carrière (1), et de s'élancer dans tous les sens pour attaquer et déborder les ailes de l'ennemi; d'ailleurs, dans celte position, elle sert de soutien aux extrémités de la ligne d'infanterie. Cependant, par exception, la cavalerie pourra former le centre de la ligne de bataille, lorsque les deux corps d'infanlerie placés aux ailes seront assez rapprochés pour protéger efficacement par leurs feux la cavalerie placée entre eux, et relier ainsi les différentes parties de l'armée (2).
L'artillerie de la première ligne occupera par de l'orles batteries, à 150 ou 200 mètres en avant du front, plusieurs positions vis-à-vis les grands intervalles de l'ordre de bataille : augmenter cette distance serait exposer l'artillerie à être enlevée ; la diminuer rendrait le tir dangereux à l'infanterie postée derrière. L'artillerie de la seconde ligne attendra en colonne derrière les flancs et les intervalles de cette ligne ; l'artillerie de la réserve sera réunie à la masse serrée de la réserve.
Les parcs, les ambulances et autres accessoires seront postés dans un lieu sûr en arrière de la réserve; on les couvrira au moyen de troupes d'arrière-garde.
Pour la facilité du commandement et l'indépendance en tière des lignes entre elles, les troupes d'une même division feront généralement partie de la même ligne, surtout les troupes d'infanterie.
(1) C'cst-à'dirc de s'écarter, pour charger, à la distance de 300 mètres du poiat où elle doit l'aire effort.
(2) ïernay, Traite de taclkjue , t. I, p. 24G. On pourrait ajouter : et lorsque, sur un champ de bataille resserré, les ailes de la position seront formées par des villages, comme à Esslinji.
280 COMBINAISON DES AIÏ.IILS.
Tels sont les principes d'aprèslesquels une année, quelle que soit sa force, se range suivant l'ordre primitif de bataille-, il faut seulement avoir soin de laisser entre les divisions et les corps d'armée, si larmée en contient plusieurs, des intervalles proportionnés à leur efïeclif et au nombre de boucbes à feu que l'on veut déployer en avant de Tordre de bataille.
Dans la figure ci-dessous de l'ordre primitif de bataille, nous donnons plus de développement à la seconde ligne qu'à la première, pour protéger les flancs de cette première ligne par des troupes d'infanterie en même temps que par de la cavalerie.