CHAPITRE PREMIER
AVANT- POSTE s.
Préambule — En campagne, une armée campée ou cantonnée ignore le moment où elle sera attaquée ; pour ne pas être surprise, il faudrait donc qu'elle fût toujours prête à combattre. Or rester continuellement sur le qui-vive la fatiguerait beaucoup, et, pour la soulager, on confie à une partie le soin de veiller à la sûreté du tout.
Celle partie de l'armée contracte une double obligation : elle doit observer l'ennemi pour avertir à temps de son approche, elle doit ensuite Varrêter pour donner le temps de faire des préparatifs de combat. Afin de remplir ces destinations, la partie de l'armée donl il s'agit sera nécessairement postée en avant du gros des troupes, du côté de l'adversaire, et c'est pourquoi on désigne l'ensemble de ses fractions sous le nom (ï avant-postes.
Ainsi l'on voit à priori que les avant-postes remplissent à l'égard d'une troupe au repos les mêmes fonctions que les éclaireurs à l'égard d'une troupe en marche. Les avant postes remplacent les anciens batteurs d'estrade, dont se contentaient nos ancêtres, mais qui seraient insuffisants avec les procédés de la guerre moderne.
La composition des avant-postes se base sur le caractère (1) et les forces de l'adversaire; mais l'armée la mieux
(1) Suivuul Ucckcr, dans ce genre de service, rAllemand est zélé, l^i Russj
29/i PETITES OPÉRATIONS.
gardée sera toujours celle dont le service des avant- postes aura été calculé sur l'ennemi le iilus actif. Il faut, en effet, considérer les avant-postes comme les yeux destinés à observer constamment l'ennemi et à l'empêcher de s'approcher inaperçu.
L'idée de se battre rien que pour se battre doit être écartée du service des avant-postes : cette règle est fondamentale. Ainsi la veille de la bataille d'Emmendingen, le 18 octobre 1796, une escarmouche s'engagea entre les patrouilles d'avant-garde, et les Autrichiens perdirent dans cette action intempestive le village de Malterdingen qu'il leur fallut, malgré leur occupation des hauteurs en arrière, reprendre le lendemain par une lutte opiniâtre (l).Un chef d'avant-postes réfléchira donc aux conséquences nuisibles que pourrait ainsi entraîner une attaque hasardée de sa part, et se gardera d'engager un combat inutile ; son rôle consiste, en effet, à couvrir l'armée, et non à montrer son courage.
Les avant-postes auront atteint leur but, si Tennemi n'ose les attaquer et se trouve forcé de retarder le combat jusqu'au moment et au lieu où on l'acceptera ; mais, pour arriver à ce résultat, ils ne doivent s'en fier qu'à leur vigilance et non à l'inaction de l'ennemi ; un oubli commis par une fraction d avant-postes peut perdre toute l'armée, et, par ce motif, il vaudrait mieux pour celle-ci ne pas avoir d'avant-postes, car alors elle se garderait elle-même, que d'en avoir d'endormis ou de négligents.
Dans la guerre d'avant-postes, on agit des deux parts avec une grande prudence, parce que l'on ignore le plus souvent la position de son adversaire, ce qui fait dire au général prussien Decker que, dans cette guerre, une épée tient l'autre au fourreau [1] . Toutefois, on se gardera d'y pousser
dangereux (à cause de ses nombreux et vigilants Cosaques), l'Anglais pesant, l'Espagnol paresseux; ajoutons que le Français est souvent trop confiant.
(1) Voyez les Principes de stratégie de rArchiduc Charles , traduits par le général Jomini, 1818, t. III, p. 2o3, 260.
^2) De la petite guerre, traduction Unger, p. ûT.
AVAM-I'USTKS. 2i)5
la piiulciico jusqu'à niullre à la lois loule la Iroupe sur [)ic'(l, cl jusfju'ii introduire, dans la surveillance, des habitudes trop régulières, parce qu'on fatiguerait inutilement son monde, et qu'on s'exposerait à être surpris par l'ennemi, qui baserait son attaque sur la régularité même que l'on observe. C'est grâce à celte régularité qu'au mois de mai 1762, le prince Henri de Prusse surprit et culbuta les Autrichiens aux environs de Freyberg (1).
D'après leur double destination, d'avertir de rapproche de l'ennemi et d'arrêter cet ennemi, les avant-postes seront placés de manière à observer le terrain environnant et ce qui s'y pas^e, de manière aussi à pouvoir combattre favorablement, malgré la faiblesse de leur force numérique.
Si l'avant-garde couvre l'armée, la chaîne des avant-postes s'étendra en dehors de l'avant-garde; si l'avant-garde campe avec l'armée, cette chaîne se trouvera immédiatement au delà du camp. La manière de la placer reste la même dans les deux cas. Cette manière ne varie pas non plus, que les avant-postes soient passagers (comme ceux que l'on établit cha([ue soir devant une armée en marche), ou permanents (comme ceux qui protègent une armée en quartiers d'hiver ou gardant une position défensive).
Lorsque l'armée marche, l'avant-garde ou l'arrière-garde de chaque colonne fournit les troupes d'avant-postes ; lorsque l'armée occupe une position, les avant-gardes et arrièregardes ont repris leur place dans l'ordre de bataille, et ce sont les corps en première ligne qui fournissent les avantpostes. Dans tous les cas, il ne faut pas employer plus du sixième de l'armée au service des avant-postes.
Les avant-postes se composent :
1' De grand'gardes j
2° De petits postes ou postes intermédiaires ;
3" De vedettes ou de sentinelles;
4° De patrouilles ;
(I) Vie du prince Henri de Prusse, 1809, p. 112. Cet ouvrage anonyme est dû au général marquis de Bouille; j'ai eu lort de l'attribuer ailleurs au général comte de La Roche-Ayiuon.
5° Quelquefois de postes de soutien.
Examinons successivement chacune de ces fractions.
§ 1er. Grand'gardes. — Le réseau des avant-postes forme toujours au moins trois lignes distinctes : d'abord celle des grand'gardes qui se trouve la plus rapprochée de l'armée, ensuite celle des petits postes, et enfin celle des sentinelles ou vedettes. Cette distribution est indiquée par la nécessité pour toute troupe, si faible qu'elle soit, de se prémunir contre les surprises, et de découvrir le plus loin possible en avant et autour d'elle.
Occupons-nous des grand'gardes.
Suivant l'ordonnance du 3 mai 1832, sur le service des armées en campagne, ce sont « les postes avancés d'un camp ou d'un cantonnement dont elles doivent couvrir les approches. »
Leur nombre, leur force, leur placement sont réglés : 1° dans un corps détaché, par l'officier qui commande ce corps ; 2° à l'armée, par brigade, dans le but d'imprimer à cette fraction l'unité qui lui est d'autant plus nécessaire que, l'action une fois engagée, l'on manœuvre et l'on combat par brigade. Au surplus, lorsque le service des avant-postes s'effectue par des brigades réunies, le général commandant la division reste évidemment maître de le modifier et d'indiquer aux brigades les meilleurs postes à occuper pour se relier et protéger leurs flancs (1).
On combinera, autant que possible, les grand'gardes d'infanterie qui serviront d'appui, avec les grand'gardes de cavalerie qui rempliront les fonctions de sentinelles avancées ; si l'on ne peut le faire, il sera utile d'attacher aux grand'gardes d'infanterie un certain nombre de cavaliers ayant pour rôle de procurer rapidement des nouvelles relatives à l'ennemi.
La grand'garde d'un régiment, soit d'infanterie, soit de cavalerie, et môme celle d'un bataillon, est commandée par
(I) Prcval, Commentaires sur le service en campagne, p. "3.
un capilaine : su force dépend de son objet, des moyens dont on dispose, el de la règle qu'il faut quatre hommes pour entretenir une sentinelle ; de nouvelles données peuvent, après coup, faire modifier cette force.
On place les grand'gardes aux débouchés dont la défense offre un intérêt majeur, sinon au centre du terrain à observer, dans un endroit dominant et couvert. Les adosser à un bois serait les exposer à être enlevées. On peut changer leur emplacement à la chute du jour. Du reste, il est prudent de les rapprocher de l'armée en terrain accidenté, et surtout au milieu d'une population hostile. En terrain plat même, si on les éloigne beaucoup, il faut étabhr des postes intermédiaires.
Il est rare que l'on retranche les grand'gardes, et en tout cas, cela n'est permis que sur Tordre du général. Seulement l'ordonnance autorise celles exposées dans une plaine aux attaques de la cavalerie, à se barricader, à creuser un fossé en forme circulaire, à se couvrir par des abatis. Anciennement tous les postes devaient se retrancher, ou au moins se couvrir par des levées de terre ; cet usage rendait les troupes timides, en leur faisant croire qu'une espèce de rempart pouvait seul les garantir, ce qui était contraire aux règles de la guerre offensive, celle qui cadre le mieux avec le caractère français; aussi on y a renoncé.
Le commandant d'une grand'garde doit préparer une communication assurée entre ses petits postes et lui, ainsi qu'entre lui et le corps qui l'a détaché; pour cela, il ouvrira le terrain et le purgera d'obstacles. Du côté de l'ennemi, il agira en sens inverse, embarrassera les chemins, coupera les ponts, barrera les défdés pour éviter les surprises.
Chaque grand'garde pourra recevoir une consigne particulière, en raison de la position qu'elle occupe ; comme consigne générale, elle doit avertir les postes voisins, le corps qui l'a détachée et le général des mouvements de l'ennemi et des attaques à craindre ; elle doit aussi exammer tous les individus qui passent près d'elle , arrêter ceux qui n'ont pas de passe-port signé d'un général connu, ainsi que les
soldats qui clierclienl à dépasser la ligne des uvanl-postes.
Il faut que le feu d'une grand'garde n'éclaire pas trop : on le masquera du côlé de Tennemi, soit par un mur, soit par un pli de terrain, soit en l'allumant dans un trou creusé exprès ; dans tous les cas, on aura, à faible distance, un amas de terre mouillée, afin d'éteindre subitement ce feu si cela devenait nécessaire pour se garantir d'une surprise : on peut, au reste, tromper l'ennemi sur la position de la grand'garde au moyen de feux volants entretenus par des sentinelles.
Pendant la nuit, la surveillance de la grand'garde redoublera, car alors surtout il importe de se garantir des attaques imprévues : si c'est une grand'garde d'infanterie, la moitié des bommes veillera armée, tandis que l'autre moitié se reposera ; si c'est une grand'garde de cavalerie, les chevaux resteront bridés et les cavaliers ne s'endormiront pas. Le repos et le sommeil sont interdits au commandant de la grand'garde.
En cas d'attaque par l'ennemi, voici la conduite qu'une grand'garde doit tenir. Dès qu'elle se voit menacée, ou dès qu'elle est attaquée, la grand'garde envoie prévenir le général de la brigade et le chef de son régiment ; puis, si elle n'occupe ni un défilé ni un poste fermé, elle marche à l'ennemi, se mesure avec lui quand il n est pas trop en force, ou sinon elle manœuvre de manière à paralyser son cheminement; dans tous les cas, elle évite de trop se compromettre, car une fois enlevée, il n'y aurait plus d'obstacle entre l'adversaire et le camp, mais elle tient jusqu'à ce que l'armée soit en ligne, ou jusqu'à ce qu'on vienne la relever. Quand la grand'garde occupe un défilé ou un poste retranché, elle tient tant qu'elle n'a pas consommé ses munitions et perdu la plus grande partie de son monde, puis en regagnant l'armée, elle cherche encore à nuire à l'ennemi.
On pousse ordinairement la ligne des grandgardes à !^ôOO mètres en avant de l'armée.
§ 2. Pelils postes. — Les petits postes sont aux grand'
gardes ce que les ^rand'gardes soiil à rainioc, c'esl-à-dire que lout en couvianl Tarmce, une grand'garde a besoin de se couvrir elle- munie ; pour le faire, elle détache des postes avancés, placés en inlermédiaire entre elle et la ligne des sentinelles et vedettes, et dont la force totale ne doit pas s'élever au-dessus du tiers de la sienne. On place ces petits postes à ôOO mètres en avant des grand'gardes.
Le premier soin du commandant d'une grand'garde consiste à reconnaître les conmiunicalions de toute espèce qui permettent d'arriver sur sa position ; d'après cette reconnaissance, il détermine la force et le placement de ses petits postes et des sentinelles ou vedettes qui les précèdent. Ces emplacements peuvent être ^nodifiés en cas d'urgence; quelquefois ils ne sont pas les mêmes pendant la nuit que pendant le jour. Dans tous les cas, les petits postes ne doivent pas changer de place en même temps que les grand'gardes.
On met les petits postes aux carrefours, aux débouchés des villages, des bois, des défilés, aux angles des marais, sur des mamelons. Une condition essentielle est qu'ils soient vus par leur grand'garde, et qu'ils aperçoivent leurs sentinelles ou vedettes. On ne doit jamais les placer vis-à-vis d'obstacles assez rapprochés pour couvrir une surprise.
Un petit poste est commandé, suivant son importance, par un officier, ou par un sous-offîcier, ou par un caporal ou brigadier. Le commandant de la grand'garde donne au chef de chaque petit poste des instructions détaillées sur la surveillance à exercer, et sur les dispositions à prendre pour se défendre et effectuer retraite.
Dès qu'il a pris position, un chef de poste doit reconnaître les localités qui l'entourent, et s'appliquer à en tirer parti pour sa sûreté et celle de ses sentinelles ou vedettes. Il se préparera principalement à résister à une attaque par derrière, ce qui, pour un poste isolé, ne constitue pas un cas extraordinaire.
On interdit aux petits postes d'allumer des feux, lorsque Ton craint que ces feux ne contribuent à les faire surprendre.
Les petits postes de cavalerie peucenl être relevés dans
300 PliTITES OPÉKAÏIO.NS.
certaines circonslances, soit toutes les quatre heures, soit toutes les huit heures.
Outre la ligne ordinaire des petits postes, les étrangers poussent souvent au delà de la ligne des sentinelles ou vedettes, sur des lieux favorables à Tobservation, des postes de quatre ou cinq hommes, dont deux guettent constamment : c'est ce que l'on appelle postes à la Cosaque ; l'armée Française n'emploie pas cette sorte de poste.
§ 3. Senlinelles el vedettes Les sentinelles (ou vedettes)
couvrent les petits postes comme les petits postes couvrent les grand'gardes : elles forment le dernier anneau de la chahie des avant-postes; on les place à 500 mètres en avant des petits postes.
Les petits postes d'infanterie détachent des sentinelles, les petits postes de cavalerie détachent des vedettes. Qu'ils soient fantassins ou cavaliers, ces factionnaires avancés sont placés de manière à découvrir au loin le terrain environnant; on les dérobe à la vue de l'ennemi par un mur, une haie, un arbre, un pli de terrain, un amas de terre ou de matériaux, un restant de meule, dont elles ne dépassent le sommet que de la tète. Même en rase campagne, on peut les abriter en creusant en terre un trou d'environ l'",ZiO de profondeur, trou dans lequel elles s'enterreront jusqu'à la hauteur de la poitrine, et qui sera entouré, pour garantir la tète, de branches fraîches plantées en terre de manière à figurer un petit buisson (1).
Les sentinelles et vedettes surveillent avec attention les mouvements de l'ennemi qui serait à portée, et avertissent leur petit poste de l'attaque par un coup de feu (2). Si l'ennemi est éloigné, elles prêtent l'oreille au moindre
(1) Ce moyen peut servir pour couvrir un poste, en remplaçant le trou dont nous venons de parler par un fosse sufflsammeut spacieux ; pour tromper l'ennemi, on aura soin de renouveler souvent les branches. Nous empruntons ce procédé au Traite des troupes h-gères (p. 589) du général comte de La Roche-Aymou.
(2) Avant do faire feu, la vedette tournera sou cheval, le flanc droit à l'ennemi, pour être plus tôt prèle à terminer son demi-tour et à se replier.
oBi'^ UltUtloÇ
bruil, rodoublent de vigilance au plus petit incident, et signalent tout ce qui leur semble menaçant. Suivant la nature de leurs signaux, le cbef du petit poste se porte sur le point qu'elles occupent, soit de sa personneseulement, soit avec une partie de son monde.
Les vedettes tiendront rabattu le collet de leur manteau, alin de mieux entendre. Si ce sont des lanciers, elles pourront enlever la llamnie de leur lance pour dérober leur présence à la vue de l'ennemi. Elles devront avoir l'œil sur les vedettes voisines comme sur le terrain environnant, afin de se tenir en garde contre l'enlèvement de l'une d'elles. En cas de péril imminent, on doublera les sentinelles ou vedettes ; de cette manière, l'une pourra se détacher pour venir prévenir , s'il y avait urgence. Les vedettes doubles sont principalement utiles dans les hauteurs, parce qu'une vedette, postée sur le sommet d'une éminence pour dominer les alentours, serait facilement tournée pendant qu'elle observe, si une autre placée au pied de la pente ne déjouait cette tentative de la part de l'ennemi. Pendant la nuit, toutes les vedettes restent dans les fonds du terrain.
Il est interdit aux sentinelles et vedettes de causer et de fumer ; elles doivent être entièrement à leur mission grave et délicate, car la moindre négligence de leur part peut entraîner la perte de leur petit poste et compromettre l'armée entière.
§ II. Figure des avant-posles. —On peut fixer à trois quarts de lieue, comme terme moyen, la distance convenable qu'il faut laisser par prudence entre la ligne la plus avancée des avant-postes et celle du camp ou du cantonnement (1). Adoptons 3500 mètres.
La distance des petits postes aux grand'gardes et celle des sentinelles ou vedettes aux petits postes seront de ZiOO à 500 mètres chacune, ce qui donnera, en prenant le chidVe maximum, une distance de 1000 mètres entre la ligne
(1) Lallemand, Traité des opérations secondaires, t. I, p. 2.
30*2 PiniTES OI'KIUTIONS.
cxlrèmc des sentinelles ou vedeltes el la ligne des grand'-
SYSTÈME d'avant-postes.
r Ponf^
=5-^ ^'^ / / çne lies pnsles
Poste avance <le lu garde île police.
Bivouac d'un régiment.
i__ J^X X^ AXXX. 11)^ X AÂA^^ AAAX AX^^-^- F.iscea..x
(l':irnies.
Feux
(lo lu lioupe.
Feux des ofliciers.
Feux de l'etal-major.
Garde de jii)lice.
AVANT-POSTKS. 303
gardes. L'oiineini aura doiio de ccUe inaiiicrc 1 kiloinclre au moins à franchir pour alteiiidrc la grand'ganle depuis le moment où il auraélé signalé. En supposant le terrain entièrement dénudé, l'eimemi mettra environ trois minutes pour traverser cet espace, et ce temps sullira à la grand'garde pour brider, monter à cheval et s'avancer au secours de ses petits postes. Ainsi, avec ces dislances, l'armée sera sudisamment couverte ; d'ailleurs, elles permettent aussi aux différentes parties des avant-postes de se voir distinctement de proche en proche, et c'est pourquoi on les admet.
D'après ces distances, le réseau des avant-postes forme, sur un terrain plan, la figure ci-contre ; en terrain accidenté, la figure sera plus tourmentée et les lignes diverses s'arrondiront, les rapports restant les mêmes.
Il ne faut pas oublier que ces distances correspondent aux positions prises pendant le jour ; la nuit, il sera souvent prudent de resserrer tout le réseau des avant-postes, et surtout de rapprocher la ligne des sentinelles ou vedettes.
§ 5. Postes (le soiilien. ~ On établit quelquefois entre les grand'gardes et le front du camp ou du bivouac, des postes de soutien destinés à résister pendant quelque temps à l'ennemi qui percerait les premières lignes du réseau d'avantpostes, et à donner ainsi à l'armée le temps de prendre les armes. Ces postes, pourvus de canons et principalement composés d'infanterie, seront fournis par le camp et non par les grand'gardes qui ne doivent s'occuper que du terrain en avant d'elles.
Les postes de soutien formeront donc une quatrième ligne d'avant-postes, la plus rapprochée de l'armée; on les placera au débouché des vallées et des bois, à l'entrée des ponts ef des défilés, que les grand'gardes doivent franchir pour elléctuer leur retraite.
§ 6. Palroiiilles, dècouveilcs, rondes. — D'après la destination des avant-postes, il importe que le service y soit bien fait, et c'est pourquoi l'on doit exercer à leur égard une sur-
vcillancc active et sévère. Le général de brigade et un ofticier supérieur de chaque régiment surveillent les grand'gardes ; le ^commandant de chaque grand'garde fait surveiller ses petits postes, et ses sentinelles ou vedettes par des patrouilles et des rondes dont il détermine, suivant les circonstances, le nombre et la marche.
On appelle en général ronde une tournée faite, soit par un oflicier, soit par un sous-officier, accompagné de deux ou trois hommes, dans le but d'inspecter et de tenir en alerte les petits postes et les sentinelles. Les patrouilles peuvent se définir de petits détachements volants d'infanterie ou de cavalerie tirés d'un poste pour en parcourir les avenues et veiller à sa sûreté. Quelquefois les patrouilles vont en avant du cordon extérieur des avant-postes à la découverte de ce qui se passe chez l'ennemi ; elles prennent alors le nom de découvertes. Il ne faut pas multiplier ces dernières, car en s'habiluant à les voir rentrer, les sentinelles deviendraient négligentes; mais quand on a besoin d'y recourir, on prévient les sentinelles près desquelles elles passeront en rentrant, afin qu'elles ne soient pas prises pour un parti ennemi. L'oubli de cette mesure causa en 1796, près de Plaisance, une fatale méprise, par suite de laquelle le général français Laharpe fut tué par ses propres soldats. On peut aussi distinguer la patrouille de la découverte, en disant que la destination de la patrouille est défensive, tandis que celle de la tlécouverte est offensive : la patrouille défensive comprend évidemment la ronde.
Dispositif d'une patrouille défensive. — Elle se compose de 3 à 8 hommes commandés par un caporal, faible effectif qui lui permet de se dérober plus facilement; ces hommes cheminent, non pas en ligne droite, mais espacés en zigzags, pour embrasser plus de terrain. Pendant le jour ils doivent conserver entre eux un intervalle de 150 mètres, qui se réduira pendant la nuit à 20 ou 30 mètres.
Si la patrouille comprend 3 hommes (fig. 1), ils se placeront sur une ligne droite.
S'il y a /i hommes (fig. 2), ils formeront un losange,
une pointe lournre vers le but, le caporal à la pointe opposée.
S'il y a 5 hommes (fig. 3), ils formeront encore un losange; le caporal se mettra au centre.
PATROUILLES DEFENSIVES.
Fig. 1.
ig- 2.
Fig. 3.
Fig. 4.
fê
Fig. 5.
Fig
Fig. 7.
Si la patrouille comprend 6 hommes (fig. li), le caporal restera au centre, mais l'on tronquera le losange en mettant 2 hommes en avant ; de sorte que la ligure tracée par la patrouille deviendra un pentagone irrégulier.
S'il y a 7 hommes (fig. 5j, même dispositif; seulement le caporal aura un homme à côté de lui.
S'il y a 8 hommes (fig. 6 et 7), même dispositif; le caporal aura 2 hommes à côté de lui ou bien la patrouille formera un losange à centre vide ayant 3 hommes sur chacune de ses faces.
Dispositif d'ime patrouille offensive. — Ces patrouilles se composent ordinairement de cavalerie-, leur force varie de 10 à 30 hommes. Comme les patrouilles défensives, elles ne resteront jamais trop en masse, afin de ne pouvoir être enlevées entières, mais s'étendront autant que leur force et les localités le permettront.
Voici, d'après le général de La Roche-Ay mon , la manière de se former :