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CHAPITRE II

§ 1". Généralilés. Les avant-postes peuvent être considérés comme des détachements purement défensifs. Les détachements, qui forment l'objet de ce chapitre, peuvent, par opposition aux avant-postes, recevoir le nom de détachements offensifs.

Ils ont pour but d'occuper un poste d'observation ou d'enlever un poste semblable; de protéger ou d'attaquer un convoi, un fourrage, une reconnaissance, un cantonnement; de lever, dans les localités voisines, des contributions en nature ou en argent, de détruire un magasin, de faire une diversion, de chicaner une colonne en marche par des escarmouches répétées, de tendre des embuscades, de couper les communications de Tennemi, de faire des prisonniers, de prendre des otages, de jeter un secours d'hommes ou de munitions dans une ville assiégée.

Dans la composition d'un détachement, on tiendra compte : 1° de l'objet et de la durée de la mission ; 2" de la nature du pays et des dispositions des habitants. D'après la diversité de ces données, le détachement comprendra, soit de l'infanterie seulement, soit de la cavalerie seulement; soit un mélange d'infanterie et de cavalerie : l'infanterie et la cavalerie ne seront habituellement détachées que par fractions constituées de régiments, telles que bataillons, escadrons, compagnies, pelotons ou sections, mode qui facilite l'administration et maintient mieux la discipline ; l'artillerie et le génie n'entreront qu'accidentellement dans les détachements. Nous distinguerons dans les pages suivantes des détachements d'infanterie^ des détachements de cavalerie, des détachements mixtes.

(1 )Cousullez, sur les détachements, le titre ix de rordonnance du 3 mai 1832 sur le service des armées en campagne.

DÉTACHËMEMS. 309

D'après les prescriptions do rordonnaiice sur le service en campagne, le comniaiulanL d'un délaelieinent a lu môme autorité qu'un chef de corps sur les troupes placées sous ses ordres; il est responsable de la sûreté de sa troupe, et, jusquà un certain point (1), du résultat des combats qu'il livre ou soutient. A son retour, il adresse un rapport à l'officier qui lui a confié sa mission, sur ce qu'il a fait et obtenu conformément k ses instructions, puis un autre rapport sur la police, la discipline et l'administration à chacun des chefs de corps dont il avait des soldats dans son détachement.

On choisira pour commander un détachement un officier ferme, prudent, ayant de l'expérience, doué du don d'observation, habitué à dire vrai, et non suivant son imagination, sachant parler la langue du pays, rompu à l'évaluation des distances. Cet officier se munira d'une lunette et de cartes exactes ; il prendra de bons guides et en tirera de nombreux renseignements sur les distances et la nature des chemins qu'il doit franchir. Avant de partir il se pénétrera bien de sa mission, demandantau besoin des éclaircissements au chef qui l'envoie; une fois parti, il exécutera à la lettre ses instructions. Quelque circonstance grave et imprévue peut l'obhger de s'en écarter en partie -, dans ce cas, il doit se conformer à leur esprit et agir dans l'intérêt général du service ; mais il faut pour cela (\\iil y ait réellement impossibilité : s'il se tire habilement de semblable position, il justifiera de son entente de la guerre et se désignera lui-même pour obtenir des commandements difficiles (2).

Avant de se mettre en route, il assemblera son détachement, le passera minutieusement en revue, s'assurera qu'il se trouve pourvu de tout ce dont il a besoin, en vivres, en munitions, en effets et objets divers. Il inspectera les armes,

(Ij Cette restriction de l'ordonnance était indispensable, car quelquefois un chef de détachement peut être battu sans avoir manqué à ses devoirs. N'oublions pas d'ailleurs le mot de Turenne : « Quand un homme n'a pas fait de fautes à la guerre, il ne l'a pas faite longtemps. »

(2) Jacquinol de Presles , p. 390.

310 l'ETITES OPÉKATIONS.

l'équipemeiU, l'habillemenl. Dans l'infanterie, il portera son attention sur la chaussure et le sac ; dans la cavalerie, il examinera si le paquetage est convenablement fait et si la ferrure est en bon état.

Un détachement qui marche se trouve toujours dans un état de faiblesse, puisque la colonne s'allonge et que l'ordre de marche convient peu pour combattre, surtout quand les distances sont perdues ; il lui est donc indispensable d'avoir du temps devant lui pour se former, en un mot de ne pas être attaqué à l'improviste ; c'est pourquoi on le fait précéder d'une faible troupe nommée rwant-cjarde, destinée à sonder le pays et à prévenir de l'approche de l'ennemi. On place, dans un but analogue, une troupe semblable sur les derrières du détachement ; cette dernière troupe s'appelle arrière- garde. Ainsi un détachement chemine entre une avant-garde et une arrière-garde. Mais il ne suffît pas d'être garanti en tête et en queue ; un corps ennemi pourrait déboucher perpendiculairement à la route que l'on suit et tomber de flanc sur le centre de la colonne, sans que l'avantgarde et l'arrière-garde puissent s'y opposer ; on remédie à ce danger en jetant à gauche et à droite, sur les flancs du détachement en marche, des tirailleurs ou éclaireurs qui fouillent le terrain environnant, principalement les chemins latéraux, allant au besoin à travers champs, marchant dans divers sens, guettant les bruits insohles, examinant ce qui paraît suspect, sans toutefois trop s'éloigner, car ils s'exposeraient alors à être enlevés. On ne peut donner de règle fixe, pour tous les détachements, sur la force del'avant-garde et de l'arrière-garde et sur le nombre des tlanqueurs ; il est toutefois certain que leur importance grandit avec l'effectif du détachement et les compHcations du terrain. Quelques auteurs considèrent la proportion du quart de la force du détachement comme convenable pour l'avant-garde (1).

(1) Les détails de cet alinéa ont déjà été présentés pour une colonne d'armée dans le chapitre sur les marches (IIP part,, chap. u), mais ils offrent trop d'importance poiir que leur répétition, à propos des détachements, ne soit pas utile.

Le commaiulanl du délacliomciit se tiendra ordinairement à la tète de la portion principale ; (juelqiiel'ois il s'arnHera pour voir tout son monde défder devant lui, et se ménager l'occasion de rectifier la marche ; il se portera souvent à l'avant-garde pour donner des instructions et reconnaître le pays en avant; s'il a sous ses ordres un oflicier d'état-major, il pourra le charger d'aller faire cette reconnaissance, parce que l'aptitude spéciale de cet oflicier lui fournira promptement des renseignements exacts. Il est urgent que le chef d'un détachement sache s'orienter pendant la nuit ; à défaut d'une houssole, il réglera sa marche sur les étoiles, principalement sur Véloile polaire qui se trouve à très peu près au pôle nord. Cette recommandation s'applique surtout à la guerre d'Algérie; là, à cause de l'incertitude des routes arahes du sud, il est même important que chaque soldat connaisse cette étoile qui lui sera d'une grande utilité s'il vient à s'égarer.

« Un chef de détachement, dit Jacquinot de Presle (1), doit souvent supposer qu'il est sur le point d'être attaqué, et se demander quel parti il prendrait^ si tout à coup r ennemi paraissait; si la réponse l'emharrasse, si un parti tout à la fois prudent et honorable ne se présente pas à son esprit, il n'est pas encore un bon officier^ et son détachement est très exposé ; car il est probable qu'il perdra la tête s'il est attaqué. »

D'ailleurs, au moment d'une affaire, le détachement conduit par un chef habile est inévitablement plus reposé, plus dispos à la lutte que tout autre ; l'énergie de son action doit révéler ce fait.

Comme dernière observation générale, énonçons qu'un détachement, soit d'infanterie, soit de cavalerie, soit mixte (sans artillerie), ne doit pas reculer devant un passage de rivière pour accomplir sa mission.

Les détachements ont droit aux parts de prise comme les partisans (2).

(1) Covi.r& d'art militaire, p. 40i.

(2) Reportez-vous ci-après, au chap. vi de cette partie.

SI 2 PETITFS OPÉRATIONS.

§ 2, Détachements irinfanleiie. — Un délacliemenl d'infanterie peut tenter toutes les entreprises, même les plus hardies ; on le chargera de préférence des missions nocturnes, des coups de main dans les pays accidentés et couverts, de l'attaque et de la défense des obstacles, tels que maison, barricade, bois, défilé, de l'escorte et de l'attaque d'un convoi, des embuscades.

Lorsqu'un détachement d'infanterie est envoyé pour conserver une position, il doit aussitôt s'y retrancher en se servant de toutes les ressources que les localités peuvent offrir ; ainsi, par exemple, à défaut d'arbres situés dans le voisinage, il démolira au besoin quelques masures dont la charpente lui servira à construire des barricades ; toutefois le commandant du détachement se rappellera quel'ordonnancesur le service en campagne prescrit d'éviter les dégradations qui ne sont pas indispensables.

Un détachement d'infanterie se cache et se barricade facilement; un rien suffit pour le couvrir, ce qui lui permet de dissimuler sa marche, laquelle du reste fait peu de bruit ; il laisse à peine trace de son passage et peut franchir d'assez grands espaces sans renouveler sa provision de vivres ; ce sont tous avantages qu'il offre sur un détachement de cavalerie.

Quand un détachement d'infanterie rencontre l'adversaire, le mieux pour lui consiste souvent à payer d'audace et à brusquer l'attaque ; la nuit surtout, et si les localités le favorisent, il a de cette manière grandes chances de réussir. Le terrain le plus favorable à son action, c'est un terrain montueux ; mais en plaine, il aurait le désavantage contre un corps de cavalerie, et c'est pourquoi il évitera de traverser de grandes étendues de pays plat, au moins pendant le jour; souvent même, s'il n'a pu achever sa mission dans une seule nuit, il s'arrêtera et se cachera pendant la journée derrière quelque obstacle, pour ne se remettre en marche que le soir. En pays de montagne, il pourra marcher de jour, mais il sera encore prudent d'éviter les villages et les chemins fréquentés.

DÉTACIIKMKNTS. 313

Afin d'offrir plus de résislance à l'ennemi, un détachement d'infanterie marchera en colonne par sections. Il faut éviter d'être ohligé de mettre des files en arrière dans les terrains étroits, car c'est une formation vicieuse et embarrassante en cas d'attaque; on organisera donc les sections sur un faible front ; dix ou douze files sullironl. Ces sections devront être en nombre jmir, pour (jue l'on puisse former facilement le carré. Il y aura une avant-garde et une arrière-garde comme dans tout détachement ; ici on peut indiquer une limite plus précise pour la force approximative à donner à ces deux fractions du détachement d'infanterie : au-dessous de 500 hommes, jusqu'à la moitié de l'effectif total ; au-dessus de 500 hommes, l'avant-garde, l'arrière -garde et les flanqueurs pourront s'élever jusqu'au tiers seulement. Pour une marche en avant, l'avant-garde sera la plus considérable des portions secondaires du détachement; pour un mouvement rétrograde, ce sera l'arrière-garde. Voici, d'après ces considérations, la formation de marche d'un détachement d'infanterie.

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