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HAUTEURS

L'occupation habile et opportune de cette espèce de position, la manière de lu défendre et de l'attaquer, exercent à la guerre une notable influence sur le résultat final des opérations : commençons donc par l'étudier.

§ 1". Recounaissance. — Avant d'occuper une hauteur, il faut au préalable la reconnaître.

On examine d'abord le tracé de la hauteur. Dans ce tracé, la direction delà crête qui limite le plateau, la ligne naturelle de retraite, le cours des vallées aboutissantes, les accidents des flancs devront être signalés ; chaque chemin, chaque sentier, même le plus minime, attirera l'attention, car le fantassin léger grimpe partout, et il faut redouter jusqu'à l'itinéraire des chèvres.

On examinera également le profil de la hauteur, son contour, le relief qu'il ofi're du fond de la vallée au faîte, les particularités des pentes, les escarpements brusques, les ressauts, les plateaux intermédiaires, les commandements successifs.

On dira les endroits oii le combat pourra s'engager soit en ligne, soit en tirailleurs, ceux où la cavalerie aurait exceptionnellement chance de succès, ceux enfin sur lesquels l'artillerie se postera avec avantage.

§ 2. Défense. — Il existe dans une hauteur, comme dans tout autre champ de bataille, une ligne de démarcation entre le terrain de la défense ou plateau et le terrain de l'attaque ou pente ; on lui a donné le nom de C7'ête militaire , parce qu'en eff'et elle ressemble par sa position à la crête extérieure d'un parapet.

Sans vouloir attacher à la crête militaire une importance exagérée, nous remarquerons que cette ligne, d'une existence un peu vague et à déterminer approximativement par des

Me

l'HTlTI-S OPÉRATIONS.

tâtonnements, joue néanmoins son rôle dans la lutte. C'est en effet à elle qu'il Huil anèlei- l'assailianf, car ce dernier une fois sur le plateau s'en rendra bientôt maître. Pour atteindre ce but du mieux possible, on placera le défenseur en arrière et très près de la crête militaire. Très près veut

Défenseur. Assaillant.

dire ici de 1"',30 à 8 mètre?, suivant l'inclinaison de la pente. De la sorte, le défenseur, en se découvrant uniquement jusqu'aux épaules, verra, avec son fusil en joue, tout l'assaillant gravissant le talus à 50 ou 60 mètres de distance; tandis que, posté à /lO mètres, par exemple, derrière la crête

Assaillant.

Défenseur.

militaire, le défenseur, par sa position au-dessous du prolongement du plan du talus, serait dans l'impossibilité d'atteindre l'assaitiant grimpant, et recevrait, de la manière la plus

lIALTEUnS. /ll7

désavanlageuse, le fou rasant de l'assaillaiil, dès que co der nier arriverait à 1"',30 en contrebas de la croie (1).

La première ligne des défenseurs se tiendra donc sur le plateau, près de la crête militaire : je dis première ligne, parce qu'il sera bon d'avoir ici deux lignes et une réserve.

La première ligne sera en bataille, éparpillée même en tirailleurs si le plateau regorge de broussailles; elle recevra l'assaillant par une décharge à petite portée, un peu avant qu'il n'atteigne la crête. Si cette décharge ne l'arrête pas, elle le chargera à la baïonnette, le culbutera et reviendra froidement réoccuper sa position primitive.

La seconde ligne, généralement en bataille, se tiendra prête à seconder ou à secourir la première.

La réserve aura pour nMe unique de s'opposer aux manœuvres tournantes de l'adversaire : dans ce dessein , elle surveillera les passages par lesquels ces manœuvres pourraient s'effectuer.

Avec un semblable mode de défense répété plusieurs fois, s'il existe une succession de plateaux, et toujours exécuté avec patience et tlegme, sans s'abandoimer à une poursuite dangereuse et inutile, il est probable que l'on conservera la hauteur. On augmentera d'ailleurs ses chances en recourant, en outre , aux feux de flanc bien combinés. C'est dans ces derniers feux que le canon pourra devenir ici véritablement utile. Quant à la cavalerie, elle n'agira évidemment guère que sur le plateau avec la réserve.

Ce mode de défense, qui exige une infanterie solide, expérimentée, a été inauguré et mis en usage contre nos soldats valeureux, mais trop prompts, dans la guerre d'Espagne par les Anglais : pour la première fois à la bataille de Talavera (28 juillet 1809), pour la fois la plus remarquable sur les hauteurs de Pampelune (28 juillet 1813). A cette dernière affaire, une ligne anglaise accueillit les Français, gravissant

(1) On peut cependant se poster à une cinquantaine de pas derrière la crête , lorsque l'assaillant ignore la position précise de l'adversaire qu'il cherche : alors en effet son feu rasant n'aura probablement pas lieu, car il ne verra pas le défenseur durant la montée, pour peu que la pente soit rapide.

/lis PETITES OPÉRATIONS.

en colonnes serrées par division, les accueillit par un feu serré, d'ensemble, les chargea à la baïonnette, les renversa, etreprit sa place au pas de course, en poussant trois hiirrahs : elle combattit ensuite d'une manière identique et avec le même succès une nouvelle attaque tentée par nos colonnes reformées et résolues.

§ 3. Attaque. — Avant tout, comme une tentative de front serait très meurtrière, il faut essayer de tourner la position, et chercher jusqu'au dernier moment un sentier qui permette de le faire.

Si l'on est enfin contraint d'attaquer de face, on ouvrira également une ou deux fausses attaques, destinées, comme d'habitude, à diviser l'altention du défenseur et à facihter d'autant la réussite de l'attaque principale.

Cette dernière (les autres seront analogues) aura lieu par des tirailleurs en grande bande, soutenus de très près par de petites colonnes (1) mobiles. Une seule colonne large et profonde serait une fausse mesure, et l'absence de tirailleurs en avant la faute la plus grave et la plus désastreuse, faute commise dans l'action sur les hauteurs de Pampelune dont il vient d'être question. Ces tirailleurs rompent, en effet, toute la manœuvre de la défense à la manière anglaise, car, pour leur résister, les défenseurs se disperseront eux-mêmes, ou lâcheront leur feu, et dans tous les cas perdront l'ensemble et la situation expectante qui fait toute leur force (2).

Les tirailleurs se glissent partout : ils finiront donc par avancer sur la pente ; avec leur protection, les petites colonnes gagneront quelque plateau intermédiaire, ou position dominante, d'où elles tireront des vues sur les défenseurs. Si ces vues produisent de l'effet, on continuera et l'on se haussera d'un second degré ; un troisième amènera sur le plateau supérieur, et à cet instant, une des fausses attaques, redoublant d'efforts et de bruit pour alarmer l'un des tlancs,

(1) Colonoes d'une compagnie, par exemple.

(2) Voyez Quelques réflexions sur l'infanterie de nos jours, par le général de Chaœbray, dans les Mélanges de cet auteur.

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