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CHAPITRE lY

La Révolution fit subir de grands changements à nos institutions militaires, déjà bien chancelantes sous le règne de Louis XVL L'émigration , la défiance des populations contre un grand nombre de régiments, l'importance promptement conquise par la garde nationale, furent autant de causes de désorganisation pour l'armée française , qui n'offrait plus, en 1792, qu'un assemblage imparfait de corps provisoires et d'éléments hétérogènes. Cet état de choses présentait des dangers; pour le faire cesser, la loi du 21 février 1793 prononça la fusion de la garde nationale ou des volontaires dans l'armée. La mise à exécution de cette loi dura depuis le mois d'août 1793 jusqu'à la campagne de 179Zi. A partir de cette époque , les institutions militaires de la République se trouvent définitivement constituées, et c'est pourquoi nous la prendrons comme point de départ.

Afin d'exposer avec clarté les institutions et les organisalions militaires de cette période, nous suivrons l'ordre précédemment adopté pour les règnes de Louis XIV et de Louis XV, ce qui permettra au lecteur de mieux suivre la filière des modifications au travers des siècles. Commençons donc par quelques détails relatifs au recrutement.

§ i^\ Recrulement. — Les milices ayant été abolies en 1791, et l'enrôlement volontaire ne pouvant suffire comme mode de recrutement, ainsi qu'on l'avait pensé en 1789, l'Assemblée constituante se vit obligée de consacrer le principe de la conscription ; mais cette déclaration de principes n'eut pas d'effet immédiat.

Ce fui la réquisition qui succéda à la multitude des enrôlements volontaires. Cette réquisition, ou levée en masse, nécessitée par les dangers de la Patrie, fut prononcée par la

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loi du 24 février 1793, tjui mit en état de réquisition permanente, pour une levée de 300, mille hommes, tous les citoyens français non mariés ou veufs sans enfants, âgés de dix-huit à quarante ans. Outre la réquisition, ladite loi admettait l'enrôlement volontaire et le remplacement ; à l'égard du remplacement, elle forçait le remplacé à habiller, équiper et armer à ses irais le citoyen qui le remplaçait. Comme l'enthousiasme patriotique se trouvait alors très grand, chacun voulut voler aux frontières pour les défendre, et les enrôlements volontaires produisirent, en J793, autant de soldats que le système de la réquisition.

Au mois de juillet 1793, la Convention ordonna une seconde levée en masse de 1,200 mille hommes.

Les deux levées en masse de cette année , montant ensemble au chitTre colossal de 1,500 mille hommes, s'exécutèrent sans opposition, lant le règne de la Convention avait été affermi par la terreur ; mais elles pesèrent d'une manière cruelle sur les familles, et ne pouvaient se renouveler sans danger d'amoindrir la population ; on songea donc à régulariser les levées et à restreindre les sacrifices imposés à la nation. L'idée de la conscription fut reprise, et la loi qui l'établissait rendue le 19 fructidor an VI (5 septembre 1798). Cette loi posait les principes suivants : a Tout Français est soldat et se doit à la défense de la Patrie. Lorsque la Patrie est déclarée en danger, tous les Français sont appelés à sa défense, môme ceux qui auraient déjà obtenu des congés. Hors le cas du danger de la Patrie, l'armée de terre se forme par enrôlement volontaire et par la voie de la conscription militaire. Cette conscription comprend tous les Français depuis l'âge de vingt ans accomplis jusqu'à celui de vingt-cinq ans révolus. » Les jeunes gens de vingt à vingt-cinq ans furent divisés en cinq classes ; le nombre stipulé se prit parmi la première classe, composée des plus jeunes, et les autres classes ne furent atteintes qu'en cas d'insuffisance de la première. On adopta le tirage au sort comme mode général de désignation. Les remplaçants furent admis de dix-huit à quarante ans, pourvu qu'ils eussent la taille de 1°,651.

6*2 rnÉcis drs institutions militaires.

Dès lors les jeunes soldats reçurent le nom de conscrits^ au lieu de celui de réquisitionncdres , qui avait détrôné celui de miliciens. La durée du congé à faire par chaque conscrit était de cinq ans.

§ 2. Hiérarchie. — La dignité de maréchal ayant été supprimée, la position la plus élevée dans l'armée se trouve, après celle du ministre de la guerre, la position de général en chef. Cette dernière position est donnée aux plus hahiles généraux de division. Le général de division a en effet remplacé le lieutenant général, et le général de brigade le maréchal de camp; ces remplacements ne constituent que des changements de dénominations. Les colonels de toutes les armes prennent le nom de chefs de brigade, qu'ils quittent au Consulat pour recouvrer leur ancien titre. Le décret du 21 février 1793 supprime, les grades de lieutenant-colonel et de major : depuis lors il n'y a plus d'intermédiaire entre le commandant du régiment et les chefs de bataillon, dont le grade et l'emploi, créés par le même décret, ont toujours subsisté depuis. Le Premier Consul, ayant à faire la guerre, sent la nécessité d'un second chef pour les régiments, et institue, le 24 septembre J803, par régiment, un major, officier supérieur qui prend rang après le colonel , commande le dépôt et est spécialement chargé de la partie administrative, des soins de discipline et d'instruction : ce nouvel officier, portant une double épaulette à deux métaux, remplace, quant aux fonctions, l'ancien lieutenant-colonel et l'ancien major. Il existait depuis 1792 un adjudant-major dans chaque bataillon. Les enseignes sont remplacés par des porte-drapeaux, les cadets ont disparu. Les bas ofticiers ont pris, dès 1790, la dénomination plus convenable de sous-officiers.

§ 3. Avancenienl. — Le règlement de 1781, réservant les grades militaires à la noblesse, tomba devant les principes successivement admis par le Conseil de la guerre et l'Assemblée constituante, et chacun devint, suivant ses mérites et ses services, admissible aux grades et emplois militaires.

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Cï' lai l sagement levonir nux traditions des siècles passés; mais bientôt l'esprit exagéré d'égalité alla jusqu'à l'extravagance en fait d'avancement. Ainsi la loi du 21 février 1703 admit pour base de l'avancement la règle absolue de l'ancienneté de service, qui donnait au plus vieux soldat d'un bataillon la possibilité durant la guerre de parvenir en peu de temps à le commander comme chef.

Il y eut aussi à cette époque un mode d'avancement à l'élection, auquel coopéraient tous les militaires du bataillon, mode préférable au précédent pour le temps de guerre, parce que, en face de l'ennemi, chaque soldat a intérêt h se choisir des olïîciers capables. C'est ainsi que les bataillons de volontaires nommèrent leurs officiers ; c'est ainsi que surgirent Duhesme, Gudin , Jourdan, Lecourbe, Masséna , Pichegru. En général, « les choix furent très bons, » comme le déclare le maréchal Gouvion Saint-Cyrdans ses Mémoires; mais il est permis de croire f|ue cela tenait aux circonstances exceptionnelles au milieu desquelles on se trouvait. L'avancement à l'élection n'eut pas longue durée. En 1795, la Convention se réserva le tiers des nominations ; l'année suivante, le Directoire prit le parti de nommer à tous les grades supérieurs, et sous le Consulat on n'entendit plus parler de promotions faites au choix des corps.

§ Ix. Elat-major. — Dans celte période, les anciennes dénominations en usage sous Louis XIV n'existent plus. Des adjoints, des aides de camp, des adjudants généraux font le service d'officiers d'élal-major. Les aides de camp et les adjoints sont tirés des corps d'infanterie et de cavalerie; les adjudants généraux se trouvent en dehors des corps, ont le grade de colonel, ou de lieutenant-colonel, ou de chef de bataillon, et prennent en 1800 le titre d'adjudants-commandants. L'effectif de ces derniers augmente pendant la guerre et diminue pendant la paix : il est, par exemple, de 358 en 1799 et de '12/i en 1804.

Deux décrets de 1791 supprimèrent le corps des ingénieurs géographes, et transportèrent ses fonctions aux officiers du

Qh PRÉCIS DES INSTITLT:0NS MiLITAIIîES

génie. L'expérience et les besoins de la guerre le (irenl rélablir en 1793 au nombre de 36 olïiciers divisés en 3 brigades d'égale force. Le Premier Consul porta l'effectif des ingénieurs géographes à 90, et donna une impulsion nouvelle aux travaux, du Dépôt de la guerre.

Le corps des commissaires des guerres fut réorganisé en 1793, et divisé en commissaires ordonnateurs, en commissaires ordinaires et en adjoints. Au mois de janvier 1800, ce corps fut partagé en deux corps distincts et indépendants l'un de l'autre, celui des insjjecteurs aux revues chargé de l'administration du personnel, et celui des commissaires des guerres chargé de l'administration du matériel. Le premier comptait 13(5 membres, le second 310 ^ chacun d'eux avait ses adjoints.

L'état-major des places fut supprimé en 1791 et remplacé par des adjudants de place; au-dessus de ces adjudants, on institua ensuite des gouverneurs qui prirent d'abord le litre de commandants temporaires^ puis celui de commandants d'armes qu'ils ont conservé jusqu'à la Uestauration. Le nombre des oniciers employés dans les places fut successivement augmenté ; il était en 1800 de Zi88, savoir :

144 commandants de place. 100 capitaines,

„ ,. , adjudants de place.

100 lieutenants, '

144 secrétaires.

Total 488

§ 5. Infaiilerie Sous Louis XIV^ Louis XV et Louis XVI,

les régiments d'infanterie portaient le nom d'un prince, d'une province ou du chef qui les commandait. Ces noms disparurent à partir du l«r janvier 1791, et chaque régiment fut désigné par un numéro. A cette date, Tinfanterie française se composait de 81 régiments d'infanterie de ligne à 2 bataillons, de 23 régiments étrangers également à 2 bataillons, et de J2 bataillons d'infanterie légère. Chaque bataillon était de 9 compagnies, dont une de grenadiers ; les compagnies de chasseurs avaient été supprimées.

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A la (in tic 1791, les régiments éliangers, à l'exceplion des Suisses, lurent déclarés faire partie de l'armée française. En 1792, les régiments suisses furent licenciés ; mais ItMirs officiers, sous-olïiciers et soldais eurent la faculté de rester au service de la France et d'entrer comme citoyens français dans l'infanterie légère.

La loi ilu 21 février 1793 prononça l'embrigadement des bataillons de volontaires avec les régiments d'infanterie réglée, et l'infanterie française reçut une nouvelle organisation. On forma des corps à trois bataillons avec un bataillon de vieilles troupes et deux bataillons de volontaires : cbacun de ces corps prit le nom de demi-brigade. Il y eut 198 demibrigades d'infanterie de ligne et 32 demi-brigades d'infanterie légère.

Cbaque demi-brigade a\ ait un élat-major composé comme il suit (1) :

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