BOIS
Les bois, comme les hauteurs, forment une position oîi l'infanterie joue le principal rôle, et ils ont pris de l'importance depuis Taccroissement de cette arme et la multiplication des armes à feu.
§ 1". Reconnaissance. — Plus le bois constitue obstacle, plus il a besoin de reconnaissance.
L'officier envoyé pour reconnaître un bois, laisse à l'entrée, comme réserve, du cinquième au quart de son détachement. S'aventurant sur la route principale avec quatre hommes et un guide, il lance sur chacun des chemins latéraux et secondaires une patrouille de Zi à 6 hommes, qui doit se maintenir à sa hauteur et en communication avec lui. Par les renseignements que lui fournissent ces patrouilles, par ses propres observations, par les réponses des charbonniers, bûcherons, sabotiers, garde-chasses, braconniers et autres individus qu'il rencontre au milieu du bois, il complète les indications générales révélées par la carte du pays, et récolte les éléments de son rapport.
Dans ce rapport, il fait connaître : 1° Y étendue du bois, afm d'en déduire le temps nécessaire pour le traverser ou pour le tourner ; — 2° sa forme extérieure, ses parties saillantes et rentrantes, si son périmètre se trouve pourvu d'un fossé ; — 3" la nature du bois, est-il en futaie ou en taillis? la futaie permet de faire des abatis; les taillis arrêtent peu les tirailleurs d'infanterie, et s'ils croissent en mauvais terrain, la cavalerie légère peut souvent les traverser ; — h° les trouées que présente le bois, et si ces trouées sont favorables à la cavalerie ; — 5° le nombre, la direction et l'état des grandes routes qui favorisent le mécanisme de la défense en permettant l'emploi de l'artillerie et de la cavalerie ; — 0° de même
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pour les chemins de charrois et autres chemins quelcontjues qui sont les auxiliaires des grandes routes ; — 7" la forme àes sentiers , leur parcours , les points oii ils se croisent, parce que les sentiers facilitent l'action des tirailleurs de la défense, ainsi que la marche des patrouilles et petits postes ; — 8° la situation et la force des eaux courantes et stagnantes qui peuvent servir aux embuscades et favoriser les retours offensifs ; en un mot, être un abri pour les défenseurs et un obstacle pour les assaillants ; — 9° enfin les villages, hameaux, châteaux, abbayes , fermes , bâtim.ents , ou maisons isolées, capables de servir de réduit ou de magasin au défenseur, et leur distance de la lisière du bois.
§ 2. Défense. — Arrêter l'assaillant au périmètre, voihà le but de la défense, car une fois dans le bois, l'assaillant pro-
DÉFENSE d'un BOIS DE FUTAIE.
fitera également de l'obstacle, c'est-à-dire des arbres et brous sailles, pour combattre et progresser à couvert.
On fermera donc les issues, et l'on protégera les saillants par des abatis : les saillants tireront aussi protection de pièces d'artillerie postées de manière à produire un tir efficace sans
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être faciles à enlever. On choisira un centre d'action relié, naturellement ou arlificiellement , à la lisière par des communications commodes.
La répartition des troupes se basera sur le fait qu'une réserve nombreuse ne saurait ici agir avec ses coudées franches. On mettra tout de suite en action le plus de monde possible, moitié des défenseurs jetés en tirailleurs sur le contour du bois. La moitié restante de la garnison se fractionnera en deux, la première portion placée en seconde hgne, la deuxième portion formant réserve. Cette réserve occupera une position
DÉFENSE d'un BOIS DE TAILLIS.
centrale, s'appuiera à des bâtiments préparés pour la défense s'il en existe, et veillera aux manœuvres de flanc et à revers que pourrait tenter l'adversaire. La seconde ligne se répandra en petites colonnes dans les bois de futaie, et mi-partie en petites colonnes , mi-partie en tirailleurs au milieu des bois en taillis : dans tous les cas, elle se tiendra à 200 mètres environ de la lisière.
§ 3. Allaqiie. — Les préparatifs de l'attaque s'organisent loin du bois, à l'abri des coups e.Ktrêmes de la défense. Quand
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ils sont Icrminés, Tassaillant franchit rapicienioiit l'espace dénudé qui le sépare de la lisière, atin de rester peu de temps exposé aux projectiles partis du bois, et cela néanmoins sans s'essouffler, car alors, tremblant de la main par TefFet de la course, il ferait mauvais usage de son arme (1).
Le point d'attaque se choisit de manière à atteindre ou à menacer la ligne de communication ou de retraite de l'adversaire : il s'agit ici de l'attaque principale, toujours secondée par une manœuvre de flanc ou tournante.
Les troupes de l'attaque doivent être vigoureuses et aguerries; si l'on échoue en effet à la lisière, il n'y aura guère moyen de recommencer, et l'on aura perdu beaucoup de monde.
Ces troupes adoptent la subdivision ordinaire en deux lignes et une réserve, la seconde ligne à 100 mètres environ de distance de la première, la réserve à 300 mètres derrière la seconde ligne.
Dans les bois touffus, les deux lignes resteront éparpillées en tirailleurs, tandis que la réserve les suivra en colonnes sur les principaux chemins. Dans les bois suffisamment clairs, la seconde ligne pourra se former en petites colonnes capables de passer partout, la première ligne et la réserve agissant comme précédemment. Si le bois offre des trouées, l'assaillant possédera un corps spécial, indépendant de la réserve et destiné à combattre au milieu de ces trouées : sauf cet annexe, l'attaque aura lieu d'après le mode indiqué, suivant que le bois sera touftu ou clair.
Outre ce corps spécial et exceptionnel, outre la réserve qui existe toujours, on recommande de placer assez loin de la réserve, pour protéger à revers toutes les troupes engagées, une assez forte arrière-garde qui devra soigneusement veiller à ses propres flancs, et se tenir constamment prête à s'opposer à un retour offensif.
§ II. Exemple. La bataille de Hohenlinden (3 décembre 1800), gagnée par le général 3Ioreau sur les Autrichiens,
(\) La meiHewre des armes pour les combats de forêts, c'est la carabine.
moiilri' dans les foinbaU de l'orcHs to.il l'avaiilaïut! (Pune manœuvre tournante.
Les Français étaient déployés entre Hohenlinden et Hartliofen ; le centre autrichien , engagé dans le défilé de la forêt, de Matlenboelt sur Holicnlinden , cherchait à déboucher, avant ses ailes, au milieu de la plaine de Hohenlinden. Deux fois ce centre est contenu, repoussé par les soldats français. Pendant ce temps, le général Richepanse, envoyé par Moreau , se dirige de la route d'Ebersberg sur le village de Saint-Christophe et sur Mattenboett, qu'il atteint après des peines inouïes. Là, il barre le défilé que Ney défend en tête et où l'ennemi s'est fourré ; il se lance intrépidement à la suite des Autrichiens, avance malgré la mitraille, jette l'adversaire dans le désordre le plus complet, rencontre Ney qui a pénétré du côté de Hohenlinden. Le centre ennemi, battu de toutes parts et enveloppé, se rend, et cette belle et persévérante manœuvre de Richepanse décide à peu près du succès de la journée.
Dans cette action , insistons sur celte particularité , les vainqueurs surent mieux se former que les vaincus. Quand ils pénétrèrent dans la forêt occupée par Tennemi, ils le firent par compagnies isolées, marchant soit par sections , soit par le flanc, et reliées par des tirailleurs ; ils purent de la sorte se glisser partout sans cesser d'ofîrir des groupes assez forts pour se faire respecter. Les vaincus au contraire adoptèrent et conservèrent, observe un contemporain, « un ordre de marche extraordinaire, à peine concevable en pleine paix. Leur avantgarde demeura composée de quelques bataillons de grenadiers; après elle venait immédiatement tout le parc d'artillerie, puis le corps d'armée, puis la cavalerie qui était encore à l'entrée du bois , tandis que Richepanse stationnait déjà à Mattenboett et fermait la marche (1). »
(1) Moreau et sa dernière campagne, par un officier de son état-major à rarmée du Rhin. Munich, 1801 ; traduction française, Paris et Metz, 1814, ia-8, p. 88.