CHAPITRE X
Préambule. —Une ferme ou une maison fortifiée grossièrement et cà la hâte, quand elle se trouve occupée par quelques compagnies, soit à 500 pas (Fune armée, soit cà plus de distance, suivant les cas, peut, nonoljstant les projectiles et les moyens incendiaires de l'assaillant, déconcerter toutes les attaques, influer puissamment sur le succès d'une bataille ou la conservation d'un poste et sauver ainsi une armée entière, malgré son peu d'importance relative.
Pour atteindre ce but, la ferme ou la maison n'a pas besoin d'être bien construite et parfaitement solide ; la plus méchante bicoque est difficile à emporter quand sa garnison a de la résolution et se détermine à vendre chèrement sa vie ou sa liberté (1).
Cependant si l'on a le choix entre deux fermes ou deux maisons, il vaudra mieux ordinairement s'enfermer dans la plus résistante; à cet égard, les murs de briques offrent de l'avantage sur ceux de moellons ou de pierres de taille, en ce sens qu'ils se laissent à peine trouer par le canon.
Nos détails sur la défense et l'attaque d'une ferme ou d'une maison resteront, sur une échelle rétrécie, à peu près applicables à un blockaus, avec cette différence toutefois que ce dernier abri est plus aisément incendiable.
§ lei-. Défense. — Ne nous occupons pas de la mise en état de défense de la ferme ou de la maison; ces explications appartiennent plus à la fortification qu'à l'art militaire. Rappelons seulement que dans toute ferme, comme dans toute maison qui se défend isolément, il faut choisir un corps de
(1) Un officier acquiert souvent beaucoup de renom et de gloire par la défense héroïque du poste le plus délabré.
biUiinont ou une portion de maison destiné à servir de réduit, c'est-à-dire de dernier lieu de refuge pour les défenseurs expulsés du reste de la ferme ou de la maison.
Dans la conduite de la défense on s'efforce de contraindre l'assaillant à procéder à une espèce de siège en règle.
On éclaire, par des bûchers ou des tourteaux, les points que l'ennemi doit occuper, afin de pouvoir diriger sur lui des feux plongeants mieux assurés; pour tenir plus longtemps l'adversaire sous ces feux, on intercepte par des défenses accessoires les avenues, les chemins déjà purgés de tout abri dangereux.
Chaque enceinte, chaque portion d'enceinte, chaque cour, chaque bâtiment reçoit pour la défendre une portion de la garnison proportionnée à son importance ; cette portion de soldats tire du dedans par les créneaux pratiqués à l'avance au milieu des murailles.
Une barrière, une porte ont en arrière de leurs vanteaux, de leurs barricades, 8 ou 10 hommes rangés en demi-cercle, tirant avec sang-froid et concentriquement là où l'on frappe, puis chargeant l'adversaire à la baïonnette dès que la clôture est enfoncée. Folard préfère laisser une porte ouverte et la boucher avec de forts abatis , protégés par des feux tirés du rez-de-chaussée et surtout par des feux de mâchicoulis provenant du plancher du premier étage. Dans tous les cas, pendant que l'assaillant stationne contre la porte et cherche à l'enfoncer, on fait pleuvoir sur lui, des étages supérieurs, tout ce qui peut s'utiliser comme projectile et qui a été accumulé à l'avance , et on le prend à revers au moyen de la mousquetcrie des bâtiments voisins.
La moindre échelle dressée contre un mur pour donner l'escalade se repousse aussitôt par une fourche, passée au travers d'une des ouvertures du premier étage, et appuyée sur son sommet dans le dessein de la faire basculer. Un procédé analogue sert contre les tirailleurs ennemis assez prestes et assez adroits pour venir s'embusquer sur la toiture même.
Le défenseur ne ménage ni les sorties destructives des. travaux et des préparatifs de l'attaque, ni les retours efîensifs
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clans les parties déjà conquises, sorties et retours qui exigent dans leur conception, même dans leur exécution, un certain mélange d'audace et de prudence.
Il veille aux incendies et éteint promptement ceux que le tir ennemi allume, n'hésitant pas, même pour remplir ce but, à renverser au dehors la toiture enflammée ; c'est priver en quelque sorte, il est vrai, le bâtiment de son casque, mais sans cette pièce d'armure la défense peut encore continuer.
La garnison, forcée peu à peu , se retire de bâtiment en bâtiment jusqu'au réduit. Là, nouvelle et dernière défense. On laisse en ce réduit, lors de l'évacuation, une petite troupe qui fait au premier instant le plus de bruit possible, et cherche ensuite à obtenir une bonne composition.
§ 2. Attaque Le mode d'attaque se base, bien entendu,
sur une reconnaissance préalable, comme dans chacune des petites opérations de la guerre : voici le plus ordinaire.
La cavalerie guette les soutiens extérieurs et garde les débouchés par où le secours peut venir.
Dans une attaque de nuit (1), on commence par éteindre les bûchers allumés par le défenseur, tandis que l'on essaye d'éclairer le périmètre de la ferme et surtout les parties faibles.
Si l'on dispose de bouches à feu, on dresse, à 300 mètres environ de la ferme ou de la maison, une batterie (préférablement une batterie d'obusiers)qui cherche à ouvrir, dans sa partie inférieure et aux angles, le bâtiment le plus solide de la première enceinte, et à incendier les toitures.
Des tirailleurs embusqués sur les flancs, à 200 mètres, secondent cette canonnade, visent aux fenêtres et ouvertures, empêchent les défenseurs de s'y montrer, éteignent de la sorte les feux- dirigés sur les troupes d'attaque.
Dès que l'artillerie et les tirailleurs ont produit leur effet,
■ (1) Les attaques ordinaires commencent habituellement un peu avant le jour.
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2 OU 3 colonnes d'assaut s'avancent sur les brèches, sur les portes ou autres parties faibles, précédées de travailleurs, munies d'échelles, d'outils, de sacs à terre (1), protégées par les tirailleurs qui se rapprochent et fusillent tout ce qui se montre pendant la durée entière de la lutte.
On brûle, on renverse, on fait sauter de leurs gonds les portes respectées par le canon. On recherche les communications secrètes, dérobées. On débouche simultanément, de plusieurs ouvertures voisines, sur un front large et peu battu par les bâtiments sis en arrière : on convertit cet espace en place d'armes, et on élargit autant que possible les communications qui aboutissent de celte place d'armes aux points dont on s'est déjà rendu maître.
La seconde enceinte, s'il en existe une, et le réduit, autant que possible, sont abordés par plusieurs attaques appuyées d'une réserve commune.
Ces attaques, comme celles dirigées contre l'autre enceinte, doivent s'effectuer simultanément, à Taide d'échelles placées contre les murs qui ne sont ni flanqués ni dominés. Si l'escalade réussit, on blottit sur les toits, derrière les mansardes et les cheminées, des tirailleurs exercés dont le feu coniraint la garnison d'abandonner les étages supérieurs, et surtout les cages d'escalier : il ne faut jamais s'aventurer dans ces dernières avant d'avoir obtenu semblable résultat.
Si pendant l'opération la garnison exécute une sortie, l'assaillant l'entoure et la fait prisonnière, ou mieux la poursuit et la talonne, de manière à pénétrer avec elle et à la suivre partout à l'intérieur.
Ce genre d'attaque, employé pour s'emparer d'une ferme ou maison , exige surtout des troupes d'infanterie. Si l'on veut seulement détruire une maison, contenant, par exemple, de grands approvisionnements, la cavalerie suffit presque : elle bloque, en effet, le bâtiment, jusqu'à ce que le jeu de nombreux obusiers Fait incendié; une réserve de plusieurs escadrons couvre l'opération.
(1) Pour masquer les créneaux inférieurs de la défense.
A30 PETITES OPÉllATIONS.
§ 3. Exemples. — I. Défense de la cassine (1) de la Bouline, !I705. — Le prince Eugène de Savoie se trouvait gêné pour ses subsistances dans son camp de Gavardo ; il en tirait