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BARRICADES

§ 1er. Gonsli'UClion. — Dans les rues des places assiégées, ou révoltées contre de nouveaux maîtres, on construit souvent des barricades, dans le but de résister plus longtemps à l'entrée de l'ennemi, en le forçant à s'emparer successivement de plusieurs obstacles.

Les barricades n'étant autre chose qu'un ouvrage défensif, il faut observer dans leur construction les règles prescrites pour l'installation des retranchements passagers, c'est-à-dire qu'on les placera autant que possible : 1° dans les endroits élevés^ afin qu'elles dominent la portion de rue ou de place qui s'étend devant elles ; 2° rm milieu des rues, plutôt qu'à leurs extrémités contre les deux maisons formant angle, parce que dans cette dernière position, elles sont plus faciles à être tournées.

On peut composer les barricades avec toutes sortes de matériaux, et dans celles élevées à la hâte, on utilise en général ce qui tombe sous la main ; les meilleures sont construites, soit en couches alternatives de pavés et de terre, soit en bois de charpente et en terre, à l'instar des bàtardeaux d'épuisement employés dans les travaux hydrauliques. En tout cas, il est bon de rendre celui de leurs talus tourné du côté de l'assaillant le plus roide possible, comme la paroi d'un mur, par exemple, afin de rendre diflScile l'escalade de la barricade.

Inutile de dire que plus on fera la barricade élevée, plus elle sera malaisée à emporter d'assaut : que précédée d'un fossé et de puits ou de trous de loup, elle offrira en avant des obstacles accessoires à surmonter.

Du côté de la défense , la paroi de la barricade restera munie de gradins, sur lesquels monteront les défenseurs pour tirer contre l'ennemi.

hhO PETITES OPÉRATIONS.

§ 2. Défense. — On défend une barricade par des feux successifs exécutés à tour de rôle par une partie des défenseurs contre les colonnes assaillantes qui se présentent. On peut aussi préparer à l'avance un petit fourneau de mine creusé extérieurement, à 10 ou 12 pas du front de la barricade, et le faire sauter en y mettant le feu de l'intérieur, à l'instant où l'assaillant occupera cet emplacement.

Lorsque la barricade commence à être escaladée , on en défend la crête, soit à l'arme blanche, soit par de la mousqueterie tirée à bout portant des gradins inférieurs.

Il faut pour bien défendre les barricades un grand sangfroid et un courage calme et réfléchi, afin de ne point s'effrayer trop promptement des nombreux assauts donnés à un aussi faible retranchement. L'important, c'est de rendre ces assauts infructueux , et pour cela une activité infatigable et une vigilance incessante constituent les meilleurs moyens.

Si le défenseur de la barricade possède de l'arlillerie, il tirera à mitraille, mais ce cas se présente rarement.

Quand le séjour derrière la barricade devient intenable, on abandonne cet obstacle en se retirant sur une autre barricade élevée en un point situé plus à l'intérieur de la rue, et l'on a soin en jnème temps d'endjarrasser la voie publique entre celte dernière barricade et celle qu'on évacue.

§ 3. AUaquc. — L'enlèvement d'une barricade constitue une opération dangereuse, en ce que l'on ne peut y déployer un grand appareil de forces, et qu'il faut nécessairement, vu le peu de largeur de la rue, combattre sur un faible front, ce qui procure un premier avantage au défenseur.

En général, on doit s'emparer de cet obstacle par ruse, par surprise, par une manœuvre tournante. Il est rare, en (iïel, qu'après un examen approfondi des lieux, fait par une reconnaissance exécutée à vol d'oiseau, on ne découvre pas quelque passage, quelque cour située près de la barricade, * et de laquelle on pourrait s'introduire, ou au moins avoir des vues dans l'espace où combattent les défenseurs : il s'agit

BAIUUCADES. llhi

aussitôt (le parvenir dans ce passage ou cette cour, et c'est ce à quoi tous les efforts doivent alors tendre.

On peut également occuper les étages élevés des maisons voisines et obt(;nir ainsi des coups plongeants dans Tintérieur de la barricade, de manière à en déloger les défenseurs.

Eniin, on essayera de miner sous la barricade pour la faire sauter, ou au moins essuyer de l'enfoncer avec des pétards ou harils de poudre posés contre sa paroi. Mais on se trouve souvent limité à cet égaid par la crainte d'abattre et même d'ébranler les maisons voisines.

Le peu de largeur des rues ne permet guère de cbeminerà la sape contre une barricade; d'ailleurs on serait trop vu dans la forme de cette sape par les coups plongeants des défenseurs. On pourrait seulement avancer contre les barricades derrière des mantelets mobiles, élevés, et nmnis au besoin d'une banquette, tels que ceux qui ont été proposés.

A défaut de ces divers moyens, ou s'ils ne réussissent pas, on en vient à une attaque de vive force, malgré le danger qu'elle présente. Voici comment on la conduira.

Si l'on a du canon ou des obusiers, on chercbera avant tout à abattre la barricade par les projectiles liabilemeiit dirigés de ces boucbes à feu. Dans le cas contraire, on débusquera les défenseurs par des feux de mousqueleric plutôt ajustés avec soin que très nourris.

On continuera ces feux jusqu'à ce qu'il surgisse de Tliésitation dans la défense : alors une colonne d'assaut se précipitera au pas de course contre la barricade; dont on aura primitivement fait combler le fossé et les puits par des sapeurs. Cette colonne s'efforcera d'escalader la barricade, tandis que les sapeurs chercheront à l'ouvrir en profitant des endroits endommagés et alïaiblis par le canon.

En même temps les tirailleurs de l'assaillant, postés dans les maisons voisines qui dominent l'intérieur de la barricade, redoubleront leurs feux pour paralyser la défense de la crête et favoriser ainsi la réussite de l'assaut.

Quand la rue offre de la largeur, on lance ordinairement deux colonnes d'assaut au lieu d'une contre la barricade;

4/12 PETITES 0PÉKAT10>'S.

mais en tout cas, les premières colonnes d'assaut doivent être soutenues par d'autres colonnes qui se mettent en mouvement peu après elles.

Si, malgré plusieurs assauts, on ne peut parvenir à se rendre maître de la barricade, il existe encore le moyen extrême de la bombarder et de la réduire en cendre, ainsi que les maisons adjacentes. Ce moyen frappe malheureusement bon nombre d'habitants qui ne comptent point parmi les défenseurs des barricades 5 néanmoins il ne faut pas hésiter à l'employer plutôt que de voir immoler, devant ces barrières de la révolte ou du désespoir, quantité de soldats précieux à conserver.

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