REDOUTES. A
§ 3. Exemple. — L'exemple le plus méinorable de l'emploi des redoutes est la bataille de Pullavva. Laissons raconter le fait à un grand partisan des redoutes , au maréchal de Saxe (1).
Au mois de juillet 1809, Charles XII assiégeait Pultawa et Pierre le Grand venait d'arriver au secours de celte place.
a Le roi de Suède, (juoique blessé, déclara à ses généraux qu'il voulait attaquer le lendemain Tarmée moscovite. On fit des dispositions, on se rangea , et l'on se mit en marche un peu avant le jour.
» Le Czar avait établi sept redoutes sur le front de son infanterie : elles étaient construites avec soin. Il y avait deux bataillons dans chacune , et toute l'infanterie moscovite se tenait derrière, ayant la cavalerie sur les ailes. Il était donc impossible d'aller à Tinfanterie moscovite sans prendre ces redoutes , parce qu'on ne pouvait les laisser derrière soi ni passer entre deux sans courir risque d'être abîmé par leur feu. Le roi de Suède et ses généraux, qui ne savaient rien de cette disposition, ne virent de quoi il était question que lorsqu'ils eurent le nez dessus. Mais comme la machine avait été mise en mouvement, il fut impossible de l'arrêter et de s'en dédire.
« La cavalerie suédoise des deux ailes renversa d'abord celle des Moscovites, et s'emporta même tro|) loin 5 mais l'infanterie du centre fut arrêtée par ces redoutes. Les Suédois les attaquèrent et y trouvèrent une grande résistance. Ils en prirent cependant trois, et furent repoussés aux autres avec grande perte. Il ne se pouvait faire autrement que toute l'infanterie suédoise ne fut rompue en attaquant ces redoutes, pendant que celle des Moscovites, rangée en ordre, regardait à 200 pas ce spectacle.
» Le roi et les généraux suédois virent le danger où ils étaient, et l'inaction des Moscovites leur laissa entrevoir l'espérance de se retirer. Il n'y avait pas moyen de le faire en ordre ; car tout était rompu, attaquait inutilement,
(1) Mes rêveries, livre \\, chap. 9.
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OU se laissait tuer. Se retirer était le seul i)arti que l'on put prendre : on retira donc les troupes qui s'étaient emparés des redoutes, et celles qui se laissaient abîmer auprès des autres.
» Il n'y avait pas moyen de les former à portée du feu qui en sortait : ainsi le tout se retira mêlé et en désordre. Sur ces entrefaites, le czar fit appeler ses généraux et leur demanda ce qu'il convenait de faire. M. Allart, l'un des moins anciens, sans donner le temps aux autres d'exprimer leur avis, adressant la parole à son maître, lui dit : Si Votre Majesté 71 attaque pas les Suédois dans ce inoment^ il n'en sera plus temps après. Sur-le -champ, toute la ligne s'ébranla et marcha en bon ordre, la pique haute, à travers les intervalles des redoutes, qu'on laissa garnies , pour favoriser la retraite en cas d'événement.
» A peine les Suédois s'étaient-ils arrêtés pour se former et pour se remettre en ordre, qu'ils virent les Moscovites sur leurs talons ; le désordre se mit parmi eux, et la confusion fut générale. Cependant ils ne fuyaient pas encore; ils firent même un effort de valeur et retournèrent comme pour charger : mais l'ordre, lame des batailles, n'y étant pas, ils furent dissipés sans résistance.
» Les Moscovites, qui n'étaient pas accoutumés à la victoire, n'osèrent les suivre ; et les Suédois se retirèrent en désordre jusqu'au Borysthène, où ils furent tous faits prisonniers. Voilà comme l'on peut, par d'habiles dispositions, se rendre la fortune favorable. »