LA TECHNIQUE ET L ORGANISATION DE LA PRODUCTION
DANS L^GRICULTURE
§ 1. — La technique et révolution agricole. — Grandes et petites exploitations en agriculture.
Les progrès techniques ont aussi exercé une influence très notable sur Tagriculture. Le développement des moyens de transport a permis d'exploiter des terres nouvelles, tandis que l'emploi combiné des engrais chimiques et du machinisme aboutissait, dans les vieux pays, à la culture intensive. En somme, Tagriculture s'est « industrialisée », et l'outillage tend à s'y substituer au personnel.
Cependant, il n'y a pas, dans l'agriculture, une évolution aussi marquée que dans rindustrie. La tendance à la concentration n'y est nullement établie. Les statistiques permettent de constater, selon les pays, tantôt la progression de la grande ou de la moyenne culture, tantôt celle de la petite ou très petite culture. Les variations dont elles attestent l'existence, 'sont d'ailleurs très
minimes en général, et Ton n'en saurait tirer aucune conclusion d'ensemble (i).
Cette indécision s'explique, d'ailleurs, par les caractères techniques de la production agricole. c< D'abord, il n'est pas possible — du moins dans les vieux pays — de j créer de toutes pièces une vaste exploitation agricole, comme on crée une grande usine ou un grand magasin ; la grande culture ne peut se substituer à la petite que par des agrandissements territoriaux, par des usurpations sur un sol déjà occupé et exploité en petits lots ; or, des obstacles de tout genre tenant à la nature des lieux, à l'espèce des cultures, à Tétat historique de la propriété et aux difficultés des transmissions, entravent à la fois les modifications de l'exploitation agricole et celle de la propriété, qui ont entre elles des liens étroits » (2).
En outre, la grande exploitation agricole n'a pas sur la petite la supériorité technique du grand établissement sur le petit établissement industriel. Sans doute, la grande exploitation peut bénéficier d'une direction plus éclairée, d'un outillage plus puissant, d'une division du travail rationnelle, et d' « avantages multiples dans les achats de matières, les ventes dé produits, les transports, les conditions du crédit, etc. ». Et tous ces avantages se réunissent c< en fait, dans certains grands domaines de 100 à 300 hectares, comme il s'en trouve dans le nord de la France, qui se consacrent à la culture des céréales, de la betterave, etc. (2) ». Ces grandes exploitations fournissent, dans certains cas, un rendement en nature et un revenu en argent proportionnellement plus élevés que les petites (3).
(i) Pour la France on peut consulter une enquête officielle récente : La petite propriété rurale en France. Enqnête monographique. ipoS'jpo^, publiée par le ministère de l'agriculture. Imp. nat.
(2) Cf. BouRGUiN, op cit., p. 206.
(3) Voir M. Augé-Laribé, Grande ou petite propriété ? Th. Montpellier, 1902.