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CHAP. 111. — TECHNIQUE ET AGRICULTURE

Cependant, en dehors de l'Angleterre, pays de grande culture, les pays où les statistiques indiquent le plus fort accroissement du rendement à l'hectare sont des pays où domine la petite culture : Belgique, Hollande, Danemark. C'est que la nature des travaux agricoles ne permet pas de donner à l'outillage un emploi continu, ni d'opérer une division du travail rigoureuse. La continuité des soins et surtout le zèle du petit exploitant, quand il est propriétaire, compensent souvent les avan- , tages de la grande exploitation, et assurent même une supériorité décisive au petit cultivateur dans certaines cultures qui exigent un travail minutieux (dans les cultures mâiaîchères et fruitières, celle du tabac, etc., parfois aussi dans l'élevage). Enfin, comme nous le verrons plus loin, les petits exploitants ruraux sont souvent arrivés, beaucoup mieux que les petits entrepreneurs urbains, à s'assurer, par l'association, les principaux avantages techniques et commerciaux de la grande exploitation (i).

En résumé, la situation respective de la grande et de la petite culture, depuis qu'elles font l'objet d'études précises et approfondies, ne confirme en rien la conception — émise un peu hâtivement par certains écrivains, socialistes pour la plupart, — d'une tendance à la concentration, analogue à celle que l'on peut constater dans l'industrie (2).

;^ 2. -^ LUndustrialisation de l'agriculture et la « loi du rendement moins que proportionnel ».

On a remarqué depuis longtemps que le développement de l'outillage dans l'exploitation du sol se heur-

(i) Voir p. 67.

(2) Sur la concentration et la doctrine de Karl Marx, voir livre quatrième : Z> développement de ïa pensée économique.

lait à un obstacle technique ; et cette observation a été formulée sous la dénomination de « loi du rendement moins que proportionnel» ou « du rendement décroissant ». Il s'agit d'une remarque très simple et très générale : quand on affecte des capitaux sous forme d'engrais, machines, etc., à un fonds de terre, le rendement de ce fonds peut être d'abord au moins proportionnel à cet investissement de capitaux : si, par exemple, un champ d'une valeur de 2.000 francs rapportait un revenu de éo francs, un supplément de dépenses de i.ooo francs destiné à l'améliorer (engrais, labour, etc.) peut porter le revenu à 90 francs, ou plus. Mais, il vient un moment où TafFcctation de nouveaux capitaux à ce champ devient moins avantageuse que l'acquisition d'une terre nouvelle, carie rendement de ces capitaux nouveaux diminue. Ainsi, mille francs de plus à notre champ accroîtront peut-être encore son revenu de 30 francs; mais il viendra sûrement un moment où une nouvelle addition de mille francs n'en augmentera plus le rendement d'une façon appréciable. (C'est un fait bien connu de tout cultivateur : il lui faut un certain fonds de roulement pour exploiter ses terres ; mais, au delà d'un certain point, il se sent contraint, pour accroître l'importance de son exploitation, d'employer son argent à acheter d'autres terres). 5'z7 en était autrement^ celui qui possède un morceau de terre ne chercherait jamais à l'agrandir, et consacrerait toutes ses ressources à raméliorer ; partout, on pratiquerait une culture de plus en plus intensive, et on laisserait en friche le sol des pays neufs.

On peut dire, il est vrai, que, réciproquement, celui qui étendrait indéfiniment ses terres, sans avoir un capital mobilier suffisant pour les exploiter, ne verrait pas davantage son revenu augmenter en proportion de son sol. Dans un état donné de la technique, il convient d'observer une certaine proportion, déterminée par la

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science et l'expérience, entre les divers éléments productifs^ notamment entre le sol, les capitaux mobiliers, la main-d'œuvre (i).

D'autre part, on peut remarquer que la nécessité d'affecter une. partie des ressources de l'entreprise à étendre l'emplacement dont elle dispose pour obtenir un accroissement de revenu proportionnel n'apparaît pas seulement dans l'agriculture, mais aussi dans l'industrie : on ne saurait agrandir une usine uniquement en la surélevant de quelques étages.

L'observation, contenue dans la « loi du rendement moins que proportionel », n'est donc pas relative seulement au développement de l'outillage et ne s'applique pas exclusivement à l'agriculture. Mais elle exprinaeune difficulté technique à laquelle on se heurte beaucoup plus vite et beaucoup plus manifestement dans l'agriculture que dans l'industrie.

Elle indique que l'on ne saurait — dans l'état actuel de la technique — attribuer la même influence aux progrès de l'outillage dans la production agricole que dans la production industrielle (2).

(i) Comme exemple des ingénieux développements que les économistes anglo-saxons ont tiré de ces observations très simples, on peut lire la Uistrihuiion o/wealtb de Th. N. Carver.

(2) Sur le problème de l'industrialisation dans Tagriculture, consulter les articles de M. H^tier: La tendance deVai^ricuUure moderne à s'industrialiser (Rev. d'éc. polit., 1901, p. 105, 392, 429 et 360). La transformation de V outillage agricole (Rev, d'e'c. polit., 1902, p. 75 3).

Sur révolution industrielle et agricole en générale, voir l'ouvrage de MM. G. Renard ef A. Dulac, L'évolution industrielle et agricole depuis cent cittquante ans, dans r Histoire universelle du travail , publiée sous la direction de M. G. Renard. — Enfin, sur l'organisation de la production industrielle et agricole contemporaine, on peut consulter aussi le Cours de M.Cauwès, 1. 1, sect. IV, et le Précis d'économie politique àe M. Brouilhet, cil. V et cli. vin.

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