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CHAPITRE PRÉLIMINAIRE

LE MÉCANISME DES ÉCHANGES ET LE COMMERCi-

§ 1. — Le mécanisme des échanges^ et la coopération des entreprises.

Nous avons vu que, sous un régime individualiste, c'est-à-dire dans'une société où l'initiative de la production émane généralement des individus, et où Tautorité publique n'intervient guère pour coordonner les activités privées, la communauté de l'effort de production résulte essentiellement d*associations et d'échanges spontanés.

Nous avons déjà étudié les modes d'association qui se rattachent, dans la société contemporaine, à la constitution des entreprises. Ces entreprises autonomes, spécialisées le plus souvent dans une seule branche, et, en tous cas, dans un très petit nombre de branches de la

production, travaillent pour le marché, c'est-à-dire pour l'ensemble des consommateurs. Le seul lien qui les unisse est^ généralement (i), dans le mouvement incesmnt d! échanges qui s' accomplit sur le marché,

Cest le mécanisme de ces échanges qu'il convient désormais d'étudier.

Des opérations économiques simples, mais dont la répétition et renchaînement constituent un ensemble fort complexe, permettent ainsi aux entreprises non seulement de se constituer, mais de coopérer entre elles ; ce sont des modalités perfectionnées de l'échange que le droit privé a définies sous les noms de vente, louage, prêt, dépôt, etc. Toutes ces modalités modernes de l'échange/ qui se sont presque universellement substituées au troc primitif, ont ceci de commun, qu'elles impliquent l'existence de la /w(?wwâ(f^. Or, quoique l'usage de la monnaie nous soit familier et semble très simple, les conditions de son fonctionnement sont irèscomplexes, et nous devons leur consacrer une étude approfondie.

Le mécanisme des échanges comprend, en outre, un grand nombre d'institutions, tantôt privées, tantôt publiques, souvent encore d'un caractère mixte (banques, bourses, institutions relatives au commerce extérieur, etc ). dont nous aurons à examiner de près l'organisation et le fonctionnement.

Enfin, il faut ajouter que, dans certains cas, l'échange ne constitue pas seulement une relation entre des entreprises, mais qu'il fait lui-même l'objet d'entreprises distinctes, dont le rôle est de servir d'intermédiaires dans la circulation. Cest ce qui a lieu, non seulement lorsqu'il s'agit de transporter les biens — ici, on conçoit aisément qu'une industrie particulière puisse être néces-

(i) Réser^^e faite des gronpements d'entreprises iadiqués plus haut.

sairCy — mais encore, dans certaines circonstances, où il s'agit uniquement de transférer la propriété des biens : nous allons nous efforcer de préciser ces ci^onstances dans lesquelles intervient cet entrepreneur spécial qu'est le commerçant.

§ 2. — Echange et commerce.

Il arrive très souvent qu'une entreprise se procure les marchandises ou les services qui lui sont nécessaires, en s'adressant directement à celle qui les fournit : ainsi, lorsqu'un industrielqui s'installea besoind'unemachine à vapeur, d'une turbine, d'une dynamo, il s'adresse aux usines qui les fabriquent, et aux compagnies qui les transportent, sans qu'aucun intermédiaire intervienne dans l'opération.

Il arrive fréquemment aussi que le producteur s'adresse directement au public, en ouvrant l.ui-même des magasins, où il expose ses articles : ainsi nous voyons les fabricants d'automobiles, de bicyclettes, etc., ouvrir des magasins, où leurs préposés reçoivent la clientèle.

Mais il n'en est pas toujours ainsi. Les producteurs d'huile, de savon, de bougies, de sucre, de beurre, de pâtes alimentaires, de conserves, de poivre, de riz, de café n'installent pas à tous les coins de rue, ni jusque dans les plus humbles bourgades, des boutiques pour vendre leurs marchandises au public. Et la raison en est évidente : la vente de chacun de ces objets séparément ne justifierait pas de telles installations.

De même, le minotier ne se procure pas son blé, le filateur ne se procure pas son coton immédiatement auprès du cultivateur; ici, la dispersion des producteurs, comme précédemment celle des consommateurs, empêche l'établissement de relations directes.

Le commerçant est l'entrepreneur autonome qui in-

i20 PART. 11. — CIRCULATION

tervient, à ses risques et périls, et pour son profit propre, dans les cas de ce genre, soit simplement, pour faire venir <ies marchandises de provenances lointaines et variées (c'est le fait. principalement du commerce de gros), soit encore pour les réunir, dans un même local, à la portée du public. (Ceci est le fait du commerce de détail).

En résumé, l'étude du mécanisme des échanges implique celle du commerce, sans se confondre avec elle. Le domaine* dti commerce est limité par les circonstances que nous venons d'indiquer. Il arrive même que, parfois, le commerce se voit disputer son propre terrain, par des associations de consommateurs, telles que les sociétés coopératives d' achat y et de consommation (i).

La commerce n'en lient pas moins une place notable dans le mécanisme des échanges, tant par suite de l'existence d'une catégorie distincte de producteurs qui s'adonnent aux professions commerciales, que par les institutions auxquelles donnent naissance, d'une part, l'activité spontanée des commerçants et, d'autre part, le contrôle de l'autorité publique (2).

§ 3. — Grand commerce et petit commerce. — La concentration commerciale.

On doit distinguer, en matière de commerce, comme en matière d'industrie ou d'agriculture, la grande et la

Ci) Voir plus loin, 3® livre. Consommation.

(2) Sur le commerce en général on peut consulter avec profit diverses études de M. d'AvENEL dans le Mécanisme de la vie mo» dernâf 5 vol., les ouvrages de M. P. Clerget, Manuel d'Economie commerciale Qt de M. Yves Guyot, Le commerce et les commerçants, celui de M. J. Grunzel, Svstem der Handelspolitih, et le livre Handel par Lexis, dans le Hanabuch der politischen Œkonomie de Schônberg (Volkiwirtschaftslehre, t. II).

petite exploitation. Cette distinction ne se confond pas avec celle qui vient d'être établie entre le commerce de gros tt le commerce de détail. Quoique les maisons de gros soient le plus souvent des entreprises d'une certaine importance, ce ne sont pas nécessairement de grandes exploitations, comportant de gros capitaux et un nombreux personnel. Inversement, quoique le cominerce de détail soit souvent entre les mains de petits entrepreneurs, il y a aussi des établissements importants, souvent constitués sous la forme de sociétés par actions, qui se livrent au commerce de détail. Tels sont aujourd'hui les grands magasins de « nouveautés » (à Paris, le « Bon Marché » (200 millions d'aflàires par an), le « Louvre » etc), les grandes épiceries, les grands bazars.

La formation de ces établissements et leur développement sont parmi les traits caractéristiques de l'économie corxtemporaine. Leur existence atteste un mouvement de concentration assez analogue à celui que nous avons constaté dans l'industrie, et qui s'explique aussi en partie par des raisons techniques : par exemple, les progrès des transports, et principalement des transports urbains, qui permettent aux. habitants d'une grande ville d'aller s'approvisionner dans un même magasin.

. Cependant, la concentration commerciale se différencie de la concentration industrielle par divers caractères. D'abord, l'outillage y joue un rôle assurément beaucoup moindre. La supériorité des grandes exploitations sur les petites est ici beaucoup plutôt d'ordre économique que d'ordre technique .* il y a bien le plus souvent, économie de frais généraux, les grands établissement obtenant de leur matériel (local etc.,) et de leur personnel un rendement proportionnellement plus élevé que les petits ; mais la supériorité des grands établissements est

surtout dans les conditions d'achat, de crédit et de vente : comme ils constituent une clientèle très importante, ils obtiennent des avantages de leurs fournisseurs ; ils peuvent de même accorder de grandes facilités au public (i).

Jl faut remarquer^ en outre, que la concentration commerciale ne consiste pas seulement dans la formation d'exploitations importantes, mais souvent aussi dans le groupement de plusieursx exploitations sous une même direction générale. D'une part, des « rayons » correspondant à des spécialités assez diverses : vêtements, chaussures, ameublement, articles de ménage, papeterie etc., sont réunis dans le même magasin, ce qui constitue un type d'entreprise intégrée (2). D'autre part des établissements similaires situés dans les villes différentes font partie d'une mênie entreprise : telles sont les diverses sociétés de banque, de bazars, d'épicerie, etc., qui se développent au détriment des petites exploitations locales (3).

La constitution de ces grandes exploitations commerciales est si notoire, surtout dans le commerce de détail, que des statistiques ne sont pas indispensables pour démontrer la réalité du phénomène. Cependant, on assiste également, en France notamment, kun pullulement des petites exploitations tel qu'on ne saurait affirmer tout d'abord que le développement des grandes entre-

(r) On sait qu'une des innovations des grands magasins de « Nouveautés » parisiens a consisté à permettre au public de rendre les objets achetés, si^ après réflexion ou après essai, ils paraissent ne pas convenir.

(2) Voir plus haut, p. 76.

(3) Sur la lutte des grands magasins, et notamment des sociétés 3 succursales multiples, avec les petits détaillants, voir H, VouTERS Les mesures législatives tendant à enrayer la concentration du commerce de détail ^ th. Paris 191 1.

prises remporte sur celui des petites. Mais, si le' nombre des petits établissements commerciaux va croissant, il semble que Ton puisse dire en général que leur importance dans Vensemble du mouvement commercial va diminuanty ainsi que l'attestent les statistiques relatives au personnel (i). Cependant, en ce qui concerne la France, le recensement de 1906, tout en attestant une augmentation sensible, des très grandes entreprises commerciales, montre aussi un développement plus considérable encore des peiiis établissements : et la proportion de leur per* sonnel par rapport à l'ensemble est plus forte qu'en 1901 (34, 4 contre 50, 3 pour cent) (2).

§ 4. — L'étude de l'échange et ses divisions.

Nous venons de voir quelle est la fonction de l'échange, et^quel est son rapport avec l'organisation commerciale en général. Il nous reste à analyser le mécanisme, très complexe, de la circulation.

Nous allons d'abord rechercher s:lon quelles règles générales s'effectuent les échanges dans une organisation économique essentiellement fondée sur Tinitiative privée et sur la coopération spontanée des activités individuelles : cela nous conduira à exposer la théorie des prix.

(i) Voir BouRGUiN. Systèmes socialistes, p, 135. Ceci paraît encore établi, pour l'Allemagne notamment, parle recensement de 1907. Voir rarticle déjà cité Lexis de Gross und Kleinhetrieh dans le « Hdw der Staaisw. ».

(2) Voir le recensement français déjà cité, t. I, 2* partie, p. 123. Consulter aussi Tétude de M. E. A. Sayous dans La concentration des entreposes industrielles et commerciales^ recueil de conféiences par MM. A. Fontaine, L. March, etc., un vol. Voir ausM le chapitre de M. OuALiD dans L'évolution du commerce, du crédit et des transports depuis ISO anSj par B. Nogaro et W. Oualid (Histoire générale du travail, dirigée par G. Renard).

l3o PART. II. — CIRCULATION

Nous examinerons ensuite un à un les éléments fondamentaux du mécanisme des échanges : monnaie, banque^ et bourse. Puis nous étudierons leur fonctionnement combiné sous ses deux aspects principaux : règlement des échanges et organisation du crédit.

En possession de ces notions générales, nous considérerons les particularités relatives au commerceinternational , et nous consacrerons, enfin, quelques chapitres à l'étude des transports.

SECTION PREMIÈRE L'échange et les prix

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