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LE PROBLÈME DES ÉCHANGES INTERNATIONAUX

§ 1. — Lès échanges internationaiix et Pidée de nation considérée an point de vue économique.

C'est une vieille tradition que de faire au problème du commerce international, ou plus généralement des échanges extérieurs, une place à part et même une place d'honneur, dans les livres d*économie politique. Les vieux auteurs concevaient, en effet, la science économique comme l'étude de l'économie nationale, et ils attachaient une importance toute particulière au commerce entre nations ; ce lut même longtemps, pour beaucoup d'entre eux, l'objet presque exclusif de leurs ouvrages : d'où la qualification de mercanîilistes qui leur a été attribuée — non sans dédain — par leurs successeurs.

L'école classique, tout en protestant contre les opi-

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nions émises par les mercanti listes (i) ne contribua pas moins, par les théories destinées à justifier les opinions nouvelles, à faire au commerce extérieur une large part dans le domaine de l'économie politique.

Enfin, la réaction de Tinterventionnisme historique, en discutant à son tour les doctrines classiques, vint lui consacrer encore une attention particulière ; et les publicistes de nos jours continuent, comme par le passé, à considérer les échanges avec l'étranger, comme l'un des éléments les plus caractéristiques de l'état économique de chaque nation.

Ces précédents ne suffiraient pas à justifier l'ouverture d'un chapitre spécial sur ce sujet, si les échanges entre nations ne présentaient certains caractères qui les distinguent objectivement des échanges intérieurs, et si la notion même de nation, quoique étant, pour une large part, d'ordre extra-économique, n'était cependant de nature à influer très sensiblement sur les conceptions économiques et, par là, sur les manifestations de l'activité économique elles-mêmes.

En effet, les nations sont bien, avant tout, des entités politiques, et leur étnde appartient surtout au droit public et à l'histoire politique. Mais leur existence n'est nullement indifférente aux conditions de la vie économique. En nous plaçant d'abord à un point de vue purement objectif, nous constatons que, si la nation n'est pas une unité économique fermée et se suffisant à elle seule, les habitants d'une même nation n'en sont pas moins. placés dans des conditions d'existence économique qui, dans une large mesure, leur sont propres. Ainsi la nation, tout d'abord, suppose un certain territoire et une certaine population. Or, le territoire d'une nation est

(i) Voir plus loin, livre IV, Le développement de la pensée écononomtqtie.

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plus OU moins grand que celui des nations voisines, et la population plus ou moins nombreuse. Ainsi, il apparaît tout d'abord, qu'une nation peut-être plus ou moins puissante, et jouir plus ou moins de l'indépendance et de )a sécurité nécessaires au développement de l'activité économique de ses habitants- En outre, les ressources du sol sont plus ou moins abondantes et variées. En effet, quoique les aptitudes à la production varient d'une région à une autre à l'intérieur d'un même pays, un pays possède, souvent dans son cnse'j ble, un climat plus chaud ou plus tempéré que le voisin, un relief plus ou moins favorable à l'établissement des voies de communications, des cotes plus ou moins étendues, des richesses minérales plus ou moins considérables, etc. Quant à la population, elle présente généralement des traits à la fois communs aux habitants du pays, et distinctiÊs par rapport anx autres nations : une certaine communauté de langue, de coutumes, de traditions, un certain degré moyen de richesse et d'instruction, un certain régime juridique, admmistratit et politique, etc. Et même lorsque Tunité politique ne correspond pas exactement à des afiEnités de race ou de culture, il existe toujours, une certaine conscience de la communauté (ïintérêis matériels. — Ainsi, on prend l'habitude, dans chaque pays, de considérer la vie économique d'un point de vue national. Cette conception conduit à une politique économique^ propre à la nation, et cette politique économique aboutit à la création d^ institutions qui, comme nous . allons le voir, tendent généralement, en fait, à faciliter 1 les échanges à l'intérieur du pays et à restreindre les rechanges avec l'extérieur. Si bien que. finalement, les caractères subjectifs de la nation considérée au point de vue économique, se traduisent objectivement par de nouveaux éléments constitutifs de l'économie nationale.

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§ 2. — Les principaux éléments des échanges internationaux : mouvements de marchandises (commerce international proprement dit) ; mouvements de capitaux; mouvements de population. — La notion de balance des comptes.

Avant d'examiner de plus près le problème des échanges internationaux, il convient d'en analyser les principaux éléments. Les échanges internationaux, en effet, ne portent pas seulement sur les marchandises proprement dites. Si Ton veut tenir compte des diverses circonstances qui rendent un pays créancier ou débiteur de ses voisins, il faut envisager non seulement les ventes de marchandises mais aussi leur transport — et par conséquent les frets maritimes ou les frais de transit sur des voies ferrées étrangères, les commissions dues aux intermédiaires, négociants, courtiers ou banquiers, etc.

Il faut aussi envisager les diverses opérations d'ordre financier qui donnent naissance à un mouvement de capitaux monnayés (i) : souscription d'emprunts extérieurs ou achat de titres étrangers ; paiement de coupons ; disponibilités ménagées à l'étranger, en vue d'un voyage, ou au contraire économies renvoyées au pays d'origine, etc..

Aussi peut-on, lorsque l'on dresse le bilan^ ou autre-

(i) Bien entendu, le transfert des capitaux monnayés, c'est-à-dire de sommes de monnaie, ne se fait pas nécessairement sous la forme d'espèces métalliques. Nous avons vu plus haut, p. 241 et suiv., comment se font les transferts de sommes d'argent dues pour une cause quelconque. Dailleurs, le pays emprunteur achète souvent de Pouiillage dans le pays prêteur; ces achats viennent en déduction de la somme transférée, et ainsi l'emprunt en capital monnayé se transforme, pour une somme plus ou moins grande, en emprunt en nature.

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ment dit, la balance des comptes d*une nation avec une autre nation, ou l'ensemble des nations étrangères, dresser un tableau analogue à celui-ci :

AcUJ,

i) Marchandises vendues.

2) Transports effectués pour le compte de Tétranger.

3) Commissions perçues.

4) Placements faits par des étrange ri^.

5) Intérêts ou dividendes touchés.

6) Economies réalisées par les nationaux à l'étranger et renvoyées au pa>'s d^origine.

7) Disponibilités ménagées dans le pays par des étrangers.

Passif (i),

i) Marchandises achetées.

2) Transports effectués par des entreprises étrangères.

3) Commissions dues.

4) Placements faits à l'étranger.

5) Intérêts ou dividendes payés.

6) Economies réalisées par des étrangers et renvoyées dans leur pays d'origine.

7) Disponibilités ménagées par des nationaux à l'extérieur.

On pourrait assurément dresser un tableau plus long en procédant à une analyse plus détaillée des divers éléments qui entrent dans les comptes internationaux; mais ils rentrent, en somme, dans deux groupes principaux : les transactions se rattachant au commerce proprement dit (prix de vente, transports, commissions relatives aux marchandises) ; les transactions accomplies en dehors des besoins commerciaux (2), ou opérations financières (sous-

(i) Pour bien comprendre la signification du bilan international ou de la balance des comptes, il faut se rappeler qu'il représente un état striaement momentané des créances et des dettes. Ainsi, le pays qui fait actuellement un placement à l'étranger sera bien créancier de son emprunteur ; mais, pour le moment, il lui faut d'abord faire passer dans le pays emprunteur le montant de l'emprunt souscrit ; il doit donc le capital de cet emprunt qui figure au passif de la balance des comptes actuelle.

(2) Nous examinerons un peu plus loin, au § 4, s'il existe cependant un lien entre les transactions commerciales et les opérations financières.

criptions et achats de titres, paiement de coupons, envoi d'économies, ouvertures de crédit à l'étranger, etc.)

En dehors des éléments qui rentrent dans la balance des comptes, il y a lieu d'envisager, dans les échanges internationaux, un élément tout à fait distinct : les mouvements de population. Ce n'est pas qu'il convienne, à vrai dire, de chercher à chiffrer la valeur des individus gagnés ou perdus par une nation, par l'émigration ou l'immigration ; mais les n:ouvements de population ont le plus souvent une cause économique, et ils intéressent, en tous cas, par leurs conséquences, l'économie des nations qu'ils affectent.

§ 3. — Les grands courants des échasges internationaux à l'époque contemporaine.

Sans prétendre empiéter sur le domaine de la géographie économique, il convient d'indiquer ici le sens des grands courants d'échange internationaux (mouvements de marchandises, de capitaux, de population), et d'en exposer la signification.

i^ Marchandises. — En ce qui concerne les marchandises, les échanges résultent à la fois de différences d'aptitudes naturelles et de différences d'aptitudes sociales y à la production. Ainsi, ils résultent tout d'abord de différences de climat ou de constitution géologique : les pays tropicaux fournissent divers produits (café, thé, épices, etc.,) aux pays tempérés ; les j>ays riches en minerais, et surtout en houille, en approvisionnent les pays moins tavorisés par la nature- Mais les échanges de marchandises dépendent aussi beaucoup du degré de déve* loppement économique et social : ainsi, les pays tempérés de l'hémisphère austral (Argentine, colonie du Cap, Australie méridionale, Nouvelle-Zélande, etc.), qui ont sensiblement les mêmes productions naturelles (bétail, laine^

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céréales, etc.)> et les mêmes aptitudes industrielles, que les pays de TÈurope se livrent cependant avec eux à un échange intense de matières premières contre des articles manufacturés, — parce qu'ils n'ont pas encore atteint le même développement industriel.

2° Capitaux. — Les mouvements de capitaux tiennent aujourd'hui également une très grande place dans les échanges internationaux ; mais leur importance est récente. Elle date de la diffusion des valeurs mobilières, c'est-à-dire du milieu du xix*" siècle. Aujourd'hui • un grand nombre de valeurs sont cotées, comme nous Tâvons vu, à la fois sur diverses bourses (valeurs internationales), ainsi à Paris, à Londres, à Berlin. Les bourses étant reliées par le télégraphe, les légères différences de cote résultant de Tétat du marché des capitaux — abondance plus ou moins grande des capitaux flottants sur la place — donnent lieu à des arbitrages de place à place, c'est-à-dire à l'achat sur la place où le cours est le plus bas, accompagné d'une vente de la même valeur sur elle où il est plus élevé. De là des mouvements incessants de capitaux entre les grands marchés financiers.

Mais, en dehors de ces mouvements en quelque sorte oscillatoires, entre le? grands marchés financiers, il existe descourants bien établis, dans le mouvement des capitaux comme dans celui des marchandises. Dans les pays neufs ou insuffisamment outillés, le besoin de capitaux se traduit par un intérêt élevé, qui les attire, en quelque sorte automatiquement ; c*est ainsi que certaines nations d'Europe, en tête desquelles se placent TAngleterre et la France, envoient leurs capitaux, soit dans d'autres pays d'Europe (Russie, Espagne, Turquie, etc.), soit dans les autres parties du monde, et principalement en Amérique (Brésil, Argentine, Mexique, Canada, etc.).

Mais les mouvements de capitaux rendent ces nations

respectivement créancières et débitrices les unes des autres, par des voies différentes ; les pays prêteurs exportent chaque année leurs capitaux, en souscrivant ou achetant des titres étrangers, ou en fondant directement des établissements à l'étranger ; mais, en échange, ils reçoivent le montant des intérêts et dividendes des emprunts antérieurement souscrits, ou des entreprises antérieurement fondées par eux. Il y a ainsi, pour ces deux causes, deux courants de capitaux en sens inverse entre les pays prêteurs et les pays emprunteurs.

A l'époque actuelle, les pays comme la France et l'Angleterre, qui font des prêts à l'étranger depuis déjà plus d'un demi-siècle, se trouvent avoir, de ce fait, une créance supérieure au montant de' leurs exportations annuelles de capitaux. Si bien que, la compensation une fois opérée, ils restent en possession d'un solde créditeur, qui, comme nous le verrons au paragraphe suivant compense leurs dettes en marchandises et leur laisse généralement un reliquat en numéraire (i).

3° Population. — La population est infiniment moins mobile que les capitaux : elle est attachée au sol national par la langue et les habitudes; et elle n'émigre pas volontiers, si ce n'est dans des colonies cù elle retrouve des conditions d'existence analoç:ues à celles de la mèrepatrie. Aussi rémigration a-t-elle eu longtemps des causes en partie extra-économiques, — causes religieuses principalement. — Et malgré la facilité croissante des moyens de communication, une population même rapidement croissante tend à rester sur le sol national.

Cependant, on peut distinguer deux catégories de mouvements internationaux de la population : premièrement des migrations temporaires^ et secondement des

(i) Pour plus de détails, voir Fernand Faure, Le mouvement international des capitaux (Revue écon. intern. oct. 191 1).

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migrations suivies d'un établissement définitif kïétrsingev. Les ouvriers de certains pays, attirés au loin par un salaire plus élevé, comme les capitaux le sont par le taux de Tintérêt, vont travailler à l'étranger pour une saison ou pour une année ; c'est ainsi que des Belges ou des Espagnols viennent en France faire la moisson ou les vendanges, que des Italiens vont faire la récoke jusque dans la République Argentine. D'autres émigreni — tels les Français des Basses- Alpes qui vont au Mexique — pour la durée de leur vie active, mais avec l'idée de se retirer dans leur pays.

Au contraire, il y a des émigrants qui abandonnent leur patrie sans esprit de retour : tels sont le plus souvent les Anglais qui vont s'établir dans leurs colonies de peuplement (Canada. Australie, Nouvelle-Zélande, Coloniedu Cap); les Irlandais, les Allemands, les Suédois, les habitants de TEurope centrale et orientale qui se rendent aux Etats-Unis; et, souvent aussi, les Portugais, Espagnols, Italiens et Français qui vont se fixer dans l'Amérique du Sud. Il y a là des courants d'émigration réguliers, continus, et qui ne changent que lentement (i).

§ 4. — Le mécanisme des échanges de marchandises et de capitaux, et lenr règlement. — L'idée d'un équilibre de la balance des comptes. — Influence du change sur les arbitrages internationaux de valeurs mobilières .

Les institutions propres au commerce extérieur, et surtout les procédés de règlement usités dans les échanges internationaux, suffisent à suggérer Tidée que ces échanges ont un mécanisme particulier^ qui leur

(i) Voir GoNNAUD, V émigration européenne au xix® siècle. Nogaro 1 8

donne un caractère différent de ceux qui s'accomplissent à rintérieur d'un pays. Etant donné le rôle qu y joue la compensation, et la forme qu'elle y prend, on est amené à considérer les transactions internationales comme fermant un tout distinct ; et Ttdée s'est peu à peu fait jour, parmi les économistes, que Tes exportations payaient; les impcwtations, qu'il y avait là une sorte de troc entre marchandises de valeur égale, la monnaie constituant à peine un appoint très minine, et nécessairement limité, qui peut pour ainsi dire, être négligé. Ainsi se sont constituées les théories de Véquilihre du commerce international.

La plus simple est celle de J.-B. Say, proposition détachée de sa « théorie des débouchés », dont la formule générale est la suivante : « les produits s'échangent contre les produits. On peut la résumer ainsi.

Les pays qui produisent des métaux précieux les oat tout d'abord exportés comme de simples marchandises, et ceux qui n'en produisent pas ont dû tout d'abord les acquérir contre des marchandises ; si bien que, en réglant une part de leurs importations avec de la mon» naie, c'est bien au fond, avec leurs produits qu'ils les payent. Le commerce international se réduit donc à un troc de marchandises contre marchandises. — Telle est l'application de la théorie des débouchés au commerce international. Mais elle ne résout le problème de l'équilibre du commerce international qu'en comptant la monnaie parmi les marchandises échangées ; or, ceux qui examinent ce problème se proposent généralement de rechercher, si, le stock monétaire du pays une fois constitué, les échanges ont une tendance à se régler, sinon sans sorties de métaux précieux, du moins sans drainage du stock monétaire.

La théorie que l'on a coutume d'attribuer à Ricardo ( i ),

(i) On la trouve cependant avant lui, notamment dans Hume.

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résout la question de façon affirmative. Elle professe, en effet, que les entrées et les sorties de métaux précieux — du moins pour les pays qui ne produisent pas ces métaux

— sont limitées, et ont unetendanceà se contrebalancer. Voici la démonstration. Lorsqu'une nation a un excédent d'importations, elle règle la différence en numéraire ; mais son stock monétaire se trouve diminué, et celui de l'étranger accru d'autant ; la valeur de la monnaie augmente donc dans ce pays,autrement dit les prix baissent, tandis qu'il y a une tendance contraire à l'étranger; ainsi, les exportations de la nation considérée se trouvent stimulées — puisqu'elles peut vendre moins cher

— et les importations entravées ; un excédent d'exportations aura donc lieu, qui fera rentrer les métaux précieux sortis. — Puis un phénomène inverse se produit, par suite de l'accroissement du stock monétaire dans le pays en question. Ainsi, les échanges d'une nation avec l'extérieur teûdent,à travers de perpétuelles oscillations, vers un état d'équilibre; et finalement, comme l'observe ingénieusement Stuart Mill, le rôle de la monnaie a pour effet précisément que les choses se passent à peu près comme si elle n'existait pas, — comme s'il y avait un troc.

Cette théorie, assez simpliste, repose sur des vues déductives, dont quelques-unes sont assez incorrectes du point de vue de la logique (i), et assez difficiles à concilier avec les faits.

Voir A. ScKATZ, Uœuvre économique de David Hume f th. Paris 1902 p. 141.

(i) Ainsi, môme en admettant que les prix varient automatiquement avec le stock de monnaie, et que la demande varie avecle prix, nous ignoron-:, de combien sera la baisse des prix pour une diminution donnée du stock monétaire, et de combien sera l'accroissement des exportations pour une baisse déterminée des prix ; par conséquent nous ne pouvons affirmer a priori que le stimulant à l'exportation sera su'fisant, en cas de sortie du numéraire, pour pro-

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En réalité, les mouvements internationaux dé m-unéraire indiquant qu'un certain nombre de pays ont une balance des comptes créditrice depuis un très grand noriibre d'années (r) ; d'autres, au contraire, ont subi un drainage prolongé de leur stock monétaire : tel est, ou a été, le cas de plusieurs républiques américaines, et, en Europe même, de pays tels que l'Espagne, l'Italie, la Grèce, la Suisse, la Belgique (2).

Cependant, si l'on considère dans leur ensemble les engagements internationaux, et principalement les deux éléments principaux de la balance des comptes, transactions commerciales et transactions financières, on constate qu'ils se compensent dans une certaine mesure. Ainsi, les nations d'Europe qui ont atteint leplusgrand développement économique (Angleterre, France, Allemagne), ont une balance commerciale débitrice, et cependant leurs importations d'or semblent bien attester une balance des comptes créditrice dans son ensemble : résultat que l'on doit généralement attribuer au solde créditeur de leurs opérations financières.

En outre, on peut penser que le mécanisme mime des r^glements internationaux contribue à équilibrer la balance des comptes.

voquer un excédent de cette exportation de nature à faire rentrer le numéraire. Sur la critique générale de cette théorie, voir B. Nogaro, Le rôle de la monnaie dans le commerce international et la théorie quantitative, th. Paris 1904.

(i)Notamment, la France, l'Angleterre, TAllemagne.

(2j Aujourd'hui, la balance des comptes d'Italie est redevenue créditrice, grâce, notamment aux économies que renvoient les émigranis. Par contre, la Belgique se trouve actuellement avoir une balance débitrice qui fait considérablement monter son change, malgré les facilités exceptionnelles que lui donne l'Union latine^ qui lui permet de faire des paiements extérieurs en argent.

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centribuer, à provoquer une opération spéculative, telle En efiet, lorsque, par suite d'une balance descomptes longtemps déficitaire, la monnaie métallique, ou, en des termes plus modernes, la monnaie d'or a été exportée, le change, n'étant plus contenu dans les limites du gold point, oscille dans de larges proportions, et s'élève considérablement au-dessus du pair : dès lors, les créanciers de l'étranger, tireurs de lettres de change, les vendent avec un bénéfice appréciable, ce qui favorise, la production en vue de l'exportation ; par contre, les débiteurs de l'étranger, et notamment les importateurs^ subissent une perte appréciable pour payer leurs achats : ce qui invite à ralentir l'importation. Er, malgré les répercussions diverses ds la perte au change, il semble bien qu'elle tend à rétablir l'équilibre de la balance de? comptes. — C'est ce qui paraît s'être produit dans divers pays à monnaie dépréciée.

Tant que le numéraire exportable — pratiquement, aujourd'hui, l'or — n'a pas été drainé, les oscillations du change,contenuesdans les étroites limites des gold points, ne paraissent pas être de nature à agir d'une façon appréciable sur les transactions commerciales. Le pair de la livre sterling étant, par rapport au franc, de 25 fr. 221, une affaire portant sur 1000 £ de marchandises, représente, en principe, 25.221 francs; que le change monte à 25. 35, les 1000 livres demarchandises représenteront, en fait, 25.550 francs. Il ne semble pas qu'une difiiérence aussi minime (129 francs, sur un chiffre de plus de 25.000) suffise à faire décider ou arrêter, ni même hâter ou différer la conclusion du marché, s'il s'agit d'une opération commercitle ordinaire, c'est-à-dire d'un achat en vue d'un besoin actuel et déterminé, et comportant un bénéfice calculé au pair.

Cependant, cette différence peut suffire, ou du moins

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qu'un arbitrage sur marchandises, ou plutôt sur valeurs mobilières. En efiet, les arbitrages internationaux sur valeurs mobilières sont des opérations basées sur le bénéfice résultant d'une très petite différence,multipliée par un ira gros chiffre : car elles portent toujours sur un très grand nombrede titres. Unelégèredîflférence^e cours soir deux bourses où est cotée une même valeur, par exemple à Londres et à Paris, — pourvu qu'elle ne soit pas absorbée ultérieurement par les frais divers de transfert, commissions, etc.-, — pourra suflS^^re à provoquer un arbitrage, c'est-à-dire Tachât sur la place où le titre a la cote la moins élevée, accompagné de la vente sur la place où il est le plus cher. Mais, il faut ajouter que, au moment d'effectuer son opération, l'arbitragisle doit évaluer très exactement à combien lui reviendra son opération au moment où il la règle ; or, s'il fait un achat à l'étranger, il dispose, pour payer, de monnaie du pays où il habite, alors qu'il doit payer en monnaie étrangère, et il faut donc qu'il sache exactement combien, il devra donner de sa propre monnaie; si au contraire il vend à Tétraj^^er, il lui. faut calculer .exactement la somme qu'il recevra finalement dans sa monnaie : en d'autres termes, il doit nécessairement tenir compte du cours du change. Et, comme l'opération est tout entière basée sur.de très petites diflSérences, on voit que les variations du change, même limitées entre les golâ points, peuvent tendre à neutraliser les différences de COUTS, ou, au contraire, à les augmenter, de manière à décider de l'opportunité de l'arbitrage.

Ainsi, supposons que la cote des consolidés anglais à Londres corresponde à un prix de 3 £ 15 sh, ;. s'ils sont cotés à Paris au même moment 94 fr. 50^ le cours de Paris ne sera inférieur que de o fr. 07, par titre, bi on le calcule au pair des monnaies ; car au pair de 25 Ir. 221 par livre sterling, le cours de 3 £ 15 sh. correspond sen-

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siblement à 94 fr. 57. Mais, à moins que le change entre Paris et Londres ne se trouve être précisément au pair — ce qui est un cas exceptionnel — cette différence de G fr. 07 peut être neutralisée, et au delà, ou au contraire notablement majorée pour rarbitragiste, par suite de l'état du change. Si le change est à 25 fr. 15 par exemple, les titres achetés à Londres au prix de 3 £ 15 sh. reviendront à Tarbitragiste parisien chacun à 94 fr. 30 ; en tenant compte du change, c'est donc à Londres et non à Paris que le prix d'achat est le moins élevé (abstraction faite des frais accessoires). Si, au contraire, le cours est à 25 fr. 27, le titre acheté à Londres revient à 94 fr. 76, et la différence en faveur de Paris est donc non pas seulement de o fr. 07, mais bien de dix-neuf centimes.

Cela posé, on comprend aisément comment le mécanisme même du change tend à équilibrer la balance des comptes : c'est, en effet, quand la balance des comptes est débitrice que le cours du change, exprimé en monnaie nationale, s'élève, et par conséquent que les valeurs achetées à l'étranger reviennent plus cher ; on n'est donc pas porté à en acheter, mais plutôt à en vendre au dehors.

Cest, au contraire, quand la balance des comptes est créditrice que le cours du change, exprimé en monnaie nationale, baisse, et que,par conséquent,les valeurs achetées à l'étranger reviennent moins cher, toutes choses égales d'ailleurs. Le couns du change pousse donc, en ce cas, à acheter des titres à l'étranger. En somme, le cours du change tend à restreindre les achats et même à proîJoquer des ventes de titres à V étranger quand le pays est déjà trop endetté vis-à-vis de V extérieur y et réciproquement. Ainsi quoique l'influence du change sur les arbitrages internationaux ne puisse être exactement mesurée, il semble que Ton soit en droit d'y voir un facteur d'équilibre, du

moins dans les échanges entre pays dont les marchés financiers sont en relations constantes.

§ 5. — Les conceptions doctrinales et la politique commerciale ; libre-échange et protection. — La protection douanière.

En matière de commerce extérieur, les conceptions doctrinales sont dans un rapport étroit avec les faits, d'abord parce que le problème des échanges avec l'extérieur a, depuis l'origine (les nations modernes, vivement préoccupé le public et les gouvernements, et ensuite parce que chaque gouvernement dispose en cette matière de notables moyens de contrôle et d'action. Les impôts douaniersXm permettent de restreindre l'entrée, ou même le transit, des marchandises étrangères, ainsi que la sortie des produits nationaux.

Pendant tort longtemps, la doctrine — celle des mercantilistes — et la pratique ont été généralement d'accord tout au moins sur le but de la politique commerciale. Par suite d'une assimilation un peu simpliste delà nation à un individu, on admettait que la nation avait, intérêt à vendre plus qu'elle n'achetait, c'est-à-dire à exporter plus qu'elle n'importait, le solde de la différence en numéraire devant apparemment représenter le bénéfice du commerce avec l'étranger.

Mais à la fin du xviii* siècle, on a commencé à envisager le problème sous d'autres aspects, et de cette époque date la controverse du libre-échange et de la protection. L'idée d'un équilibre national des échanges internationaux, généralement acceptée par l'école classique ou libérale, fait considérer comme vaine la préoccupation d'assurer un excédent des exportations sur les importations, — puisque tout écart entre ces deux éléments semble être,de sa nature, temporaire et oscillatoire.

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