CHAP. I. — LES ÉCHANGES INTERNATIONAUX
quelques centaines de millions en numéraire, pour solde de son compte ; mais cela est bien loin de représenter la totalité des reliquats dont elle est créancière à la suite de ses échanges avec l'étranger ; car elle en laisse une partie en placement à Textérieur. Si elle venait à placer plus encore au dehors, l'importation annuelle de numéraire diminuerait, sans, pour cela, que la créance du pays sur l'étranger fût aucunement diminuée.
Au total, les données quantitatives que fournissent les statistiques ne permettent pas de mesurer (i) l'action exercée sur chaque économie nationale par ses échanges avec l'extérieur. Pour l'apprécier, il faudrait connaître non seulement la quantité et la valeur des échanges, mais la nature (2) des marchandises achetées et vendues, l'affectation des capitaux transférés à l'étranger, le caractère des mouvements de population, — ce qui ne peut faire l'objet que d'études monographiques, d'ailleurs difficiles à exécuter.
2"^ La position du problème.
Cependant, il est permis, en tenant compte des défini nitions données plus haut de l'économie nationale et des échanges internationaux, de rechercher de quelles différentes façons une nation, considérée au point de vue économique, peut être affectée par ses échanges avec l'extérieur.
Quoiqu'ils ne Paient pas posé dans un esprit suffisamment scientifique, les doctrinaires du libre-échange et
(i) Sur quelques conceptions simplistes, voir notre article, Le problème national des échanges avec l'extérieur (Rev. éc, iniern. févr. igii).
(2) Voir sur ce point des conceptions intéressantes, empruntées, semble-t-il, à de vieux auteurs, dans Effertz, Arheit und Boden,
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de la protection ont été naturellement amenés à envisager ce problème, — puisqu'aussi bien sa solution est impliquée par la politique commerciale qu'ils préconisent.
Les économistes classiques notamment ont nettement indiqué, ainsi que nous Tavons mentionné plus haut, l'influence que les échanges avec l'extérieur exercent sur les conditions d'existence économique des habitants ^ de la nation considérés comme consommateurs. Ils n'ont pas eu de peine, en effet, à démontrer que les échanges i internationaux font bénéficier les habitants de chaque \ pays de la division internationale du travail. Mais ils se sont peu arrêtés à l'étude deTinfluence que les échanges internationaux peuvent exercer sur la production de chaque nation. Ils ont simplement reconnu que la production nationale pourrait être modifiée, transformée^ sous l'influence de la concurrence étrangère, de façon à s'adapter aux aptitudes du pays. Ils ne se sont pas préoccupés des difficultés et des pertes qui pourraient résulter de ces transformations, et ils ont admis que les capitaux et la population de la nation trouveraient toujours à s'employer sur le sol national.
Ces conceptions, que Ton trouve très nettement exprimées, notamment dans Stuart Mill, reposent, d'une part, sur un ensemble de théories généralement acceptées par Técole classique — notamment celle de l'équilibre du commerce international — d'autre part sur certains postulats^ qui étaient plus près de la réalité à cette époque qu'ils ne le sont aujourd'hui.
L'école classique admet, en effet, que les échanges internationaux résultent de différences d'aptitudes naturelles à la production ; elle considère, en outre, la population et les capitaux eux-mêmes comme liés au sol natio-" naly — quoique très mobiles cependant à l'intérieur des frontières.
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Or, nous avons vu plus haut que les grands courants du commerce international ne reposent pas moins sur des différences de conditions sociales que sur des différences de conditions naturelles de production : des pays neufs, de climat tempéré, comme TAustralie méridionale, r Argentine, le Canada, nous envoient des produits, non parce que nous ne pouvons matériellement les obtenir sur notre sol, ni parce qu'ils ne peuvent matériellement les travailler sur place, mais parce que, dans l'état actuel de leur développement, il leur convient de nous envoyer des matières premières et de recevoir des articles manufacturés.
Et ces aptitudes sociales à la production se modifient assez rapidement dans un même pays^ tandis que leurs différences s* atténuent d'un pays à l autre, sous r influence précisément des mouvements iittemationaux de capitaux et de population. Or, contrairement encore aux postulats classiques, les mouvements de population sont devenus très importants et présentent souvent un caractère durable, en dépit des efforts faits par chaque pays pour conserver ses nationaux. Quant aux capitaux, il n'est rien de plus mobile, depuis qu'ils ont pris la forme de valeurs ! mobilières.
Les mouvements internationaux de capitaux résultent tout d'abord, sous le régime de libre-échange qui . est !e leur, d'une influence qu'on a pu comparer au principe des vases communicants : le taux plus élevé de l'intérêt dans les pays qui en ont le plus besoin suffit à les faire venir des pays où ils sont abondants. Les mouvements de capitaux résultent encore de la politique financière des Etats (emprunts publics émis à l'étranger) et aussi de leur politique douanière.
En effet, pour éviter un droit de douane onéreux, les industriels étrangers n'hésitent pas, bien souvent, à créer un établissement dans le pays qui importait leurs
produits. C'est, en grande partie, sous l'influence des droits de douane que la plupart des industries d'origine anglaise se sont constituées aux Etats-Unis, que bien des industries américaines passent à leur lour au Canada, que bien des industries françaises s'établissent en Espagne, etc. Et cet effet de la politique douanière est tel qu'ont peut la considérer, dans les pays neufs ou qui se renouvellent, comme le résultat de la conscience instinctive d'un besoin qui avait souvent échappé à l'analyse des économistes.
Il est extrêmement difficile d'apprécier les effets très complexes de ces mouvements de capitaux sur les économies nationales. Ils contribuent puissamment à faire perdre à beaucoup de vieux pays des monopoles de fait dûs à une supériorité momentanée d'aptitude sociale lus qu'à une supériorité d'aptitude naturelle. Par contre, e développement des pays neufs qui en résulte procure aux vieux pays, un accroissement de débouchés, pour les produits où ils conservent leur supériorité. Quoiqu'il en soit,, les échanges internationaux en général, et tout spécialement les mouvements internationaux de capitaux, exercent une influence considérable sur la production de chaque nation. Et^ quoiqu'il soit très difficile d'apprécier leurs effets pour chacune d'elles, on peut constater qu'ils provoquent souvent une spécialisation plus grande, mais souvent aussi une décentralisation de la production, et qu'ils tendent lentement à égaliser la densité de la population, au profit des pays neufs.
§ 1. — Les institutions propres an comi national.
Ce n'est pas seulement d'une façon abst échanges avec l'exiérieur forment un lout con^iTierce international proprement dic esi par un ensemble d'institutions, l.es unes pi autres privées, qui lui sont propres.
D'abord, les affaires d'exportation ei d' constituent souvent des branches dislmcles du y a des commerçants qui sont spécialement ii ou exportateurs. Et, parfois, il existe plusiei d'intermédiaires entre le tabricant et ses achi gers : ainsi, tandis que le commissionnaire groupe les diverses commandes qui lui vienr térieur, un agent-représentant vient parfois li produits de divers fabricants, lui épargnant cherche des marchandises (r).
(i) Voir noiammem.H. Voutbrs, Us procédés d' commerce allemand, th. Paris 1^08, ei Paul GibaOD, technique du commerce d'exportation, t'a. Paris 1911.
En outre, les producteurs agricoles ou industriels, ou les commerçants eux-mêmes, se groupent parfois pour adopter, en matière de commerce extérieur, une tactique commune, ou organiser une représentation collective. Les cartels, comme on sait, adoptent souvent des prix plus modiques pour leurs ventes à l'étranger, afin de s'ouvrir des débouchés extérieurs ; et il leur arrive parfois de verser h leurs membres des primes à l'exportation : c'est ce que l'on appelle le dumping.
D'autres groupements de producteurs se constituent en vue d'organiser la vente à l'étranger — ainsi tont notamment certains syndicats agricoles — ou d'avoir une représentation commune, soit au moyen de voyageurs, soit par des expositions, temporaires ou permanentes, sur certaines places étrangères, soit même par l'envoi de navires qui constituent des expositions flottantes (i).
Le commerce extérieur fait aussi l'objet d'une organisation bancaire particulière, non seulement pour les règlements internationaux (2), mais pour l'obtention du crédit (3).
VEtat aussi intervient généralement pour favoriser le commerce d'exportation, soit d'une façon directe, par l'attribution de primes aux exportateurs (4), soit indirectement, en mettant certains de ses agents à leur disposition. Les consuls sont chargés, parmi d'autres fonctions, de renseigner les commerçants sur les débouchés qu'offre la région où ils résident.
(i) Voir G. Blondel, L'essor . industriel et commercial du peuple allemand, et Vouters, op, cit,
(2) Voir plus haut, ce qui est dit des arbitrages et des banquiers arbitragistes.
(3) Voir A. E. Sayous, Les banques de dépôt, 2« éd., G. Diou- RiTCH, \J expansion des banques allemandes à V étranger, th. Paris, 1909, et G. AuBERT, Le crédit à Texportation et le projet de banque du commerce extérieur.
(4) Voir au chapitre suivant, p. 345.