PART. III. — L ÉQUILIBRE DE LA PRODUCTION
que son intérêt propre, et qui, de plus, n'ont qu'une connaissance très courte des liens qui enchaînent et enchevêtrent leurs activités respectives, en arrivent à coordonner leurs eflforts dans l'œuvre de production commune. C'est sur ce dernier point qu'il nous faut revenir.
L'individu qui produit pour autrui n'obtient rien en échange, si ce qu'il offre ne répond à aucun besoin. Il ne peut donc offrir bien longtemps des objets ou des services inutiles. D'autre part, il reçoit d'autant plus que ses produits ou ses services sont plus recherchés, c'est-à-dire pins utiles. L'activité économique individuelle est donc naturellement attirée dans la direction où le besoin se manifeste.
Cette adaptation de la production au besoin s'opère d'une manière particulièrement simple pour les producteurs qui travaillent sur commande, c'est-à-dire pour une clientèle individualisée : tels sont les artisans, les tailleurs, les entrepreneurs de bâtiment, et, dans la grosse industrie, les fabricants de certains objets (machines, appareils, navires etc.,) qui doivent être faits sur des plans spéciaux. Le producteur connaît alors directement son débouché, et il sait, par le nombre des commandes qui lui sont adressées, s'il doit étendre son activité, ou la restreindre, ou même la porter ailleurs.
Le problème est un peu plus complexe en ce qui concerne la catégorie, de plus en plus nombreuse, les producteurs qui travaillent /?c?Mr le marché, c'est-à-dire pour une clientèle anonyme. Un nombre toujours croissant de marchandises, matières premières, objets semi-ouvrés, machines d'usage courant ou autres objets destinés à la transformation des matières premières, tels que les produits chimiques, un grand nombre de produits alimentaires, les vêtements confectionnés, etc., sont préparés en grandes masses et d'avance. Les producteurs doivent
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s'y prendre à temps pour parer à la demande. E: comme, le plus souvent, leur clientèle est, une clientèle d'intermédiaires, dont la demande dépendra de celle d'individualités inconnues (i), ils ne peuvent r(!ç/«r leur production qu'en se basant sur la tendance du marché, telle qu'elle se manifeste djns \tf, fluctuations du prix.
Nous avons vu, en étudiant le mécanisme de U détermination des prix, comment te b,ç^soin,qui se traduit par la demande, provoque l'offre des marchandises existantes. Mais'^ar là-même, il ne tarde pas à agir sur la production. C'est X'état du marché qui décide les cultivateurs à ensemencer des terres nouvelles, ou au contraire à restreindre ou à transformer leurs cultures; c'est lui qui fait naître, développe ou ralentit la recherche des matières premières jusoue dans le pays les plus exotiques ; c'est lui qui décide les manu&cturiei's à augmenter ou à réduire leur personnel ou leur outillage (î).
(i) A début d'une conDdissance des demande» individuelles, l'expérience des années précédenies fournit souvent une règle à un entrepreneur isolé, et la statistique fournit en certains cis des indications à l'ensemble des producteurs. Mais il n'y a pas d'indications aussi précises et aussi éloquentes que celles qui résultent du mouvement des prix.
(î) Seulement, le marché agit differemmeni sur la production, selon les conditions techniques qui lui sont propres. En effet, un producteur ne cède pas sa marchandise, du moins d'une façon durable, au-dessous de son coûi: de production ou prix de revient. D'autre pari, nous avons vu plus haut que le pris de revient peut varier plus ou liioins que proportionnellement aux quantités produites. Si le prix de revient par unité produite augmente i mesure que la production s'accroît, ce qui arrive fréquemment dans l'agriculture et dans les industries extractive~. il faut, pour que la production continue i satisfaire au besoin, que l'état du marché permette une hausse des prix. Si, au contraire, ainsi qu'il arrive souvent pendant de longues périodes dans l'industrie manufacturière, le prix de revient reste constant ou même diminue avec 1' " ' ment de la production, celle-ci augmente tant qu'il e demande suffisante pour maintenir un piix rémuncratei
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La demande appelle donc la production, et^ j^t^ f^n régime de concurrence ,* on peut dire que la production se proportionne au besoin : car chaque producteur est porté, quand Tétat du marché le permet, c'est-à-dire tant qu'il peut couvrir ses frais, à augmenter la quantité de ses produits pour accroître ses bénéfices.
§ 2. — Le prix de monopole et l'équilibre de la production : « Rentabilité » et productivité.
Le monopoleur, au contraire, n'a pas nécessairement intérêt à augmenter sa production en proportion du besoin. En effet, nous avons noté plus haut que le prix le plus avantageux pour le monopoleur n'est généralement pas le plus élevé : ainsi, disions-nous, si un cordonnier gagne 7 francs par paire de chaussures au prix de vingt francs, et 3 francs seulement au prix de 16 fr. mais qu'il en vende 15.000 a 16 francs, contre 5.000 seulement à 20 francs, il a manifestement intérêt à abaisser son prix à 16 francs. Mais inversement, si, à 16 francs, il n'en vendait que 10.000, son bénéfice (3 X 10.000= 30.000 francs) deviendrait inférieur à celui (7 X 5.000 = 35.000) qu'il retire en vendant chaque paire de souliers 20 francs : il y a, en effet, un point où Taccroissement de la quantité vendue ne compense même plus la diminution du prix par unité. Désormais. le vendeur a intérêt à limiter son oflïe, et par conséquent la production. C'est un procédé, avons-nous vu, employé par les cartels. Et, lorsque le monopoleur
fût-il moins élevé qu'auparavant. Il arrive, d'ailleurs, en ce cas, que la baisse du prix élargisse le cercle des acheteurs. Et l'équilibre de la production résulte alors non pas seulement de ce qu'elle s'adapte spontanément aux divers besoins, mais aussi de ce qu'dle développe certains d'entre eux.
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