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LES CRISES

§ 1 . — Equilibre et déséquilibre dans l'organisation in^vidualiste de la production.

Nous venons d'expliquer comment la production tend à s'équilibrer , dans une organisation essentiellement individualiste eomme la nôtre. La continuité de la demande et son accroissement, — qui s'exprime souvent par une hausse du prix, — entretiennent et stimulent l'activité productive, lorsque celle-ci répond à un besoin. Au contraire, quand le producteur ne rencontre pas de demande, ou du moins qu'il ne trouve pas acheieur à un prix suffisiyit pour couvrir ses frais de production, il ne tarde généralement pas à se retirer, et à porter son activité ailleurs.

Mais ce processus d'adaptation suppose qu'il y a, momentanément du moins, des individus qui ne trouvent pas à exercer efficacement leur activité économique, et qu'il y a des entreprises qui doivent être abandonnées, sans même avoir amorti leur capital. Ainsi, ia tendance à l'équilibre que nous avons étudiée

CHAP. II. — LES LRlSEii 309

au chapitre précédent implique nécessairemeiu un certain déséquilibre organique de la production. A un moment donné, V jamais parraii, et l'c d'adaptation.

C'est que, d'une vices économiques des hypothèses, et qi production aux be du temps.

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370 PART, m; — l'équilibre de la production

teurs eux-mêmes ; de telle sorte que TofFre peut rester inférieure à la demande, ou la dépasser. — Enfin^ même lorsque les indications du marché orientent les activités économiques dans un sens tout à fait conforme aux besoins, l'adaptation est subordonnée à la lenteur du processus productif : il faut des années pour mettre en exploitation des terres nouvelles, pour créer des moyens de transport, pour installer des usines, pour aménager des mines. La production peut donc, pendant fort longtemps, ne pas répondre à Tappel de la demande, malgré le stimulant de la hausse des prix. Il y a plus : lorsque les moyens de production sont constitués et commencent à fonctionner, comme les chefs d'entreprise n'étaient pas toujours instruits du nombre et de l'importance des entreprises concurrentes, il arrive parfois que la production se trouve tout à coup surabondante. Et> malgré la baisse de cours qui se produit, elle ne se règle pas aisément ; caries capitaux fixes, pour employer la terminologie classique, c'est-à-dire l'outillage, les bâtiments, etc.,* ne peuvent guère changer de destination : on ne saurait transformer une distillerie en une filature. Il faut donc que certains chefs de maison abandonnent leur entreprise, ou qu'ils se contentent d*un rendement médiocre, et sacrifient une partie du revenu du capital pour ne pas perdre le capital lui-même ; — à moins que les producteurs ne se concertent pour se soustraire à l'action de la concurrence et ne parviennent à relever leurs prix de vente en instituant un monopole (cartel) ( i). — Mais nous avons vu que le régime du monopole luimême est loin d'impliquer une adaptation normale de la production au besoin.

Ainsi, il y a, à tout moment, une proportion notable

(i) Sur l'influence des cartels en cette matière, voir A. E. Sa vous,. La crise aUemaude 1900-1902.

CHAP. !I. — LES CRISES i^J \

d'entreprises dont la production reste inférieure aux besoins, ou, au contraire. les excède ; il y a des capitaux 3ui se perdent, ou qui sont insuffisamment utilisés, et es individus qui chôment d'une façon plus ou moins complète (i). En résumé, si les activités prodactives tendent, d'nne façon générale, à secoordonnerpar le jeu sponuné des échanges libres, leur coordin pendant pas parfaite.

§ 2. — InflaMice des relatioBS teeh crédit sur la généralisatioii des pertnil miqnes. — Les crises.

On comprend aisément que la ruine < difficile de certaines entreprises ait une i d'auires entreprises, et que les perturbatw duisent, par suite d'un accident quelcon<] taincs branches de l'activité économique généraliser plus ou moins. Ainsi, lorsque, restriction du débouché ou d'une évaluât tniste de son accroissement, une industr rière se trouve atteinte, )e malaise qu'ell jaillit sur les producteurs de matières aussi sur les entrepreneurs de transport qu'ils ne trouvent une compensation p; généralisation des perturbations de la pr plîque donc tout d'abord par les liens' existent entre les diverses industries.

Mais il y a un autre ^teur essentiel de des perturbations économiques, c'est le a

(i) Sur les arguments lires de cet âiat de chose: socialistes, voir le dernier lîvce Le développement

372 PART. lU. — l'équilibre DE LA PRODUCTION

paiement le crédit qui se fait par Tintermédiaire des banques. Nous avons vu, en effet, que, si le crédit fourni par les banques contribue considérablement au développement de la production, en permettant d'utiliser les moindres parcelles de capitaux momentanément disponibles, il a d'autre part pour effet de faire reposer la production sur une base instable. Le banquier prête à Tun ce qu'il doit à un autre ; et il prête à terme ' — encore qu'à court terme — des fonds qu'il doit restituer à vue. La nature même du dépôt en banque le place entre deux obligations qui peuvent devenir contradictoires. En cas d'une demande de retrait anormale, il se trouve exposé, soit à « couper » l'escompte à ses emprunteurs habituels, soit à ne pouvoir rembourser immédiatement ses déposants. Dans les deux cas, l'embarras dans lequel le placent certains de ses clients se répercute sur toute sa clientèle ; et, comme ses clients appartiennent aux professions les plus diverses, il étend le malaise des entreprises atteintes les premières, non seulement à des entreprises connexes au point de vue technique, mais aux autres entreprises de toute sorte. On peut donc constater que le crédit de banque porte à son maximum la généralisation des perturbations économiques résultant d'un accident de production quelconque.

C'est ainsi que, à certaines époques, la proportion des entreprises qui périclitent et des activités économiques qui ne trouvent pas à s'employer — notamment des ouvriers qui chôment — devient très supérieure à la normale. On dit alors qu'il y a crise.

§ 3. — Les crises générales et périodigues : notions générales.

L'enchevêtrement des activités économiques, enche-

CriAP. ir. — LES CRISES 'ii'i

vètrement qui résulte, comme nous venons de !e voir, principalement des liens techniques qui unissent entre elles les entreprises, et de l'organisation du crédit, suffit à expliquer comment une perturbation, résultant d'une cause quelconque, dans quelque branche de U production , peut se généraliser et aboutir à une crise, à un moment quelconque.

Mais on a observé que, principalement depuis' le début 4u XIX' siècle, c'est-à-dire depuis que la production a pris le caractère capiialistique que nous avons signalé plus haut, les crises les plus remarquables par leur étendue, par leur généralité, se produisaiei.t avec une p/nWiW/^'ajj-e^ régulière : à peu près de dix en dix ans. L'idée s'est donc présentée à l'esprit des économistes que ces crises n'étaient pas seulement l'effet de ces accidents qui peuvent se produire, à tout instant, par suite des hasards de la production, mais qu'elles résultaient de t organisation capitaliste elle-même. On en est venu à penser que le processus productif a quelque chose de rythmique, qu'il comporte des alternan^:es d'essor et de dépression, et que les accidents qui font éclater les crises n'y jouent que le rôle de causes occasionnelles.

Les historiens et théoriciens des crises sont à peu près d'accord pour signaler comme marquant des crises générales les années :

1810, 1815, 1818, 1825, 1836-1839. 1847, I8S7, 1864, 1866, 1873, 1882, 1890-1893, 1900, 1907. -, D'autre part, on constate, en consultant les statistiques ^ des prix, queces années de crises marquent la fin aune période de hausse de prix, et sont suivies d'une chute brusque des cours (i).

(i) On peut s'on rendre compte en consultant des indtx-numbtrs, par exemple ceux de Sauerbeeh, reproduits pour les années 1846- 1907 par M. Jean Lesciihe, dans son ouvrage, Dis crisfs géncraîes et

êm

374 PART. III. — l/ÉQUILIBRE DE LA PRODUCTION

Aussi M. Qément Juglar a-t-il défini la crise générale « la cessation brusque de la hausse des prix ». Mais la crise n'est précisément que le moment critique qui sépare une alternance de hausse et de baisse, ou, en d'autres termes, une période d'essor et une période de dépression. Elle se produit, d'après M. Juglar, quand à la confiance générale qui a fait monter les prix succède une défiance générale telle qu' « il se trouve plus de personnes qui souhaitent vendre, que de personnes qui déi sir en t acheter ]►.

Dans son ouvrage intitulé : Des crises et de leur retour périodique en France^ en Angleterre et aux Etats-Unis, cet auteur s est efforcé d'établir et d'expliquer la corrélation qui existe entre la genèse, l'éclatement et la liquidation de la crise, et l'organisation du crédit : par 1 analyse du bilan des principales banques d'émission, il a pu démontrer que les crises étudiées par lui correspondent au moment où leur portefeuille commercial — c'est-à-dire le montant de leurs escomptes — atteint son maximum, — tandis que l'encaisse tombe à son minimum. Et il a donné de cette corrélation l'interprétation suivante : le développement du portefeuille commercial s'explique par le désir général qu'ont les chefe d'entreprise d'augmenter leur chiffre d'affiaires (i) : en effet,

. . périodiques de surproduction, 2* éd. 191c, p. 604-605. Ce tableau montre, d'une part, des nuHivements de prix très amples, d*autre part, à rintérieur de ces larges ondulations, des oscillations plus restreintes : et, s'il est vrai que l'on constate des chûtes des cours, en' dehors des périodes de crise, il faut ajouter que chacune des années mentionnées ci-dessus est suivie d'une déniveHation, brusque, et généralement assez notable, des prix.

(i) Quant à la baisse de l'encaisse, M. Juglar l'expliquait par l'exportation de numéraire résultant de la diminution des exportations de marchandises, les pays étrangers diminuant leurs achats dans des pays où se manifeste une forte hausse des prix. — A une époque plus récente, pour l'Allemagne en 1900, on a pu, avec plus

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