LIVRE lY
§ 3. Lûnîtes de raciion des pouvoirs pubties.
A ce sujet, deux théories sont en présence : la théorie de l'État-Gendwme et la théorie de rÉtat-Providencc.
Dans Tune, l'État se borne à garantir la sécurité ; dans Tautre, il assure à chacun le nécessaire et Tutile : la poule-au-pot et le reste.
La première théorie est celle de Findividualismc : de la perfection des individus résultera la perfection de l'Etat, qui est de n'être pas.
La seconde théorie est celle du socialisme, dont le modèle se trouve dans la République de Platon : que ri']lal soit parfait, et il en résultera la perfection des individus qui en sont les parties constituantes.
Adam Smith a tenu le milieu entre ces deux doctrines extrêmes. Il me parait avoir parfaitement dcGni les fonctions de l'État.
Les voici d'après lui :
a La première consiste à protéger la société contre les attaques des autres nations indépendantes. » Sur ce point, tout le monde est d'accord.
<x La seconde consiste à garantir chaque membre de la société des effets de la malveillance et de l'injustice de tout autre membre. »
Garantir à chacun la sécurité de sa personne et de ses biens et donner au droit l'appui de la force, telle est bien, en effet, la mission essentielle de l'État; mais ni Smith ni ses successeurs ne semblent soupçonner combien elle est étendue et difflcile.
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Faire que chacun soit mis et maintenu en possession de ce qui lui revient, c'est faire régner la justice. Cwfque suum est l'œuvre des lois civiles, — Institutcs ou Codes, — qui dominent, en effet, toute l'activité économique.
€ La troisième fonction consiste à ériger et à entretenir certains établissements utiles au public, qu'il n'est jamais dans l'intérêt d'un individu ou d'un petit nombre, de créer ou d'entretenir pour leur compte, par la raison que les dépenses qu'occasionnent ces établissements surpasseraient les avantages que pourraient en retirer les particuliers qui en feraient les frais. » (Richesse des Nations, liv. IV, ch. ix.)
Exemples : Les phares, les ports,les routes et les canaux, les académies, les hôpitaux, parfois les écoles, etc.
L'initiative individuelle doit être la règle, l'intervention de l'État, l'exception. Pour la justifier, il faut deux conditions : premièrement, qu'il s'agisse d'un intérêt public essentiel ; secondement, que les particuliers ne créent point les services que cet intérêt réclame. C'est à ce titre que Turgot considère l'instruction publique comme le premier devoir de l'État. L'intervention de l'État, même justiKée, offre toujours des inconvénients :
1* Ce qu'il fait, il ne l'exécute ni vite, ni à bon marché.
2** Le népotisme, le favoritisme, les exigences des partis politiques, ont souvent ce résultat, qu'il se fait des choses inutiles, ou que les choses utiles sont mal faites.
3® L'action de l'État, habituant les individus à compter sur lui, les rend inertes.
L'historien Bunsen voit à Rome une maison qui
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biûle. La foule crie; mais personne ne bouge. Pourquoi? Tocca al governo « c'est TaRaire du gouvernement », lui rcpond-on.
Aux États-Unis, quand un incendie éclate, de toutes parts accourent des pompes admirablement organisées par les particuliers. L'initiative individuelle est cultivée et active.
Jules Simon dit : « L'État doit travailler à se rendre ihutile et préparer sa démission. » C'est vrai, mais à condition qu'il ne la donne pas trop tôt.
Sous l'ancien régime, la police était faite, en Espagne, par une société privée. Elle portait un très beau nom : la Santa Hermandad u la Sainte Fraternité » ; mais elle faisait de très vilaines choses.
^ Si les hommes voyaient clairement ce qui est leur intérêt, leur droit et 'eur devoir, ils feraient spontanément tout ce qu'ils doivent faire et rien que ce qu'ils doivent faire. Toute contrainte deviendrait inutile. L'État cesserait d'être nécessaire. Ce serait le règne absolu de la vraie liberté qui consiste à faire ce qui est bien.
A mesure que la société progresse, le rôle de l'État doit donc diminuer. Mais ce progrès même est, en grande partie, l'œuvre de l'État.
La fonction essentielle et permanente de l'État est la proclamation et le maintien du droit. L'État est, comme l'a bien dit Quesnay, la Force mise ad service de la Justice. Sa fonction transitoire, mais non moins importante, est de favoriser l'avancement de la civilisation.
Il est, avant tout, le juge et le gendarme. Mais il est aussi le constructeur de rouies et le maître d'école.
278 ÉLÉMENTS D'LCOXOMIE rOLlTIQUK.
§ 4. Le luxe public.
Plus la société devient démocratique, plus l'Élat esl justifié d'encourager le grand art, le seul luxe qu'il^ puisse se permettre. L'Athènes de Périclès sera toujours un modèle à suivre.
PIndare dit dans la septième olympiade : « Le jour où les Rhodicns élevèrent un autel à Minerve, il tomba sur l'île une pluie d'or. » La pluie d'or qui tombe sur le peuple, quand on favorise comme il le faut, les lettres et les beaux-arts, c'est celle des jouissances pures et désintéressées.
Voici ce que dit M. Baudrillart* dans son Histoire du luxe, au sujet du luxe public : « Tantôt il invite la masse à jouir de certains agréments, coimme les jardins publics, les fontaines ou le théâtre; tantôt il ouvre les trésors du beau aux multitudes, sevrées de la possession des œuvres de la statuaire cl de la peinture. Pour l'art, il a des musées, comme il a des bibliothèques pour les sciences et les lettres, et des expositions pour l'industrie. Sous toutes les formes, enfin, ce luxe collectif, s'il est bien dirigé, profite à tous. Il élève le niveau cl féconde le génie de l'industrie. Ce luxe, en outre, a un mérite érainent : il ôte au faste ce qu'il a, chez le» particuliers, d'égoïste et de solitaire. Il met à la portée de la foule des biens dont le riche seul jouit habitucllc-
1. Baudrillart, né en 1821, oulre {'Histoire du Luxe, & publié un grand nombre d'ouvrages d'économie politique, enlre autres un Essai sur les rapports de VÊconomie politique et de la morale, et un Manuel^ devenu classique avec cel.ii de M. Joseph Gai'iiier.