LIVRE I
une quantité de travail inégale : par exemple, uu hectolitre de blé récolté sur un sol fertile et un hecto- Htre de blé récolté sur un sol rebelle; et il est d*autres choses ayant exigé une quantité de travail à peu près ^le, et qui ont une valeur très différente : exemple, les vins des grands crus et les vins ordinaires.
La valeur des choses change chaque jour, sana que la quantité de travail qui y est incorporée, ail pu changer. Ainsi, d'un mois à un autre, un hectolitre de blé vaut souvent beaucoup plus ou beaucoup moins*
La valeur n'est pas non plus déterminée par réchange; car, pour que j'échange mon cheval contre votre bœuf, il faut que je me faése une idée des valeurs respectives de l'un et de l'autre, et qu'ensuite je les compare. Donc la notion de valeur précède et détermine réchange.
Tous les jours, on critique le fait de l'échange par la notion de la valeur, comme quand on dit : Vous avez vendu votre maison, votre champ, votre cheval, bien aujdessous ou bien au-dessus de sa valeur.
La valeur des choses est fondée sur leur utilité, c'est-à-dire sur l'usage que nous en pouvons faire, donc sur le besoin : c'est parce que le pain satisfait ma faim qu'il a de la valeur pour moi.
Plus une chose peut servir à satisfaire un besoin rationnel, plus elle a de la valeur. Un bœuf vaut dix fois un mouton, parce qu'il livre dix fois plus de nourriture.
Mais il faut ajouter que la valeur d'un objet utile croît en proportion de sa rareté et diminue en proportion de son abondance. La raison en est évidente.
28 ELEMENTS D'ÉCONOMIE POLIÎIQUE.
Plus cet objet sera rare, plus il sera difficile de le remplacer, donc plus il sera avantageux de le posséder. Plus, au contraire, il sera abondant, moins H sera utile d'en être gaa ^i .
Un pain est plus utile qu'un chapeau, mais il a moins de valeur parce qu'un pain se remplace ordinairement avec moins de sacrifices qu'un chapeau.
Si le pain devenait t rès rare et s'il était très difficile de remplacer celui que l'on possède, comme dans une ville assiégée, on ne donnerait pas un pain pour dix chapeaux.
L'utilité des objets, combinée avec la difficulté plus ou moins grande de les remplacer, détermine leur valeur.
Pour prouver qu'il n^est pas exact que la valeur dépend de l'utilité, on a dit : L'eau est extrêmement ulile et n'a pas de valeur^ tandis que le diamant a une très grande valeur et n'est presque d'aucune utilité. Cette objection repose sur cette manière vicieuse de raisonner qui consiste à employer le même mot pour exprimer deux idées différentes.
Quand on dit : l'eau est extrêmement utile, on parle de l'eau en tant qu'élément, c'est-à-dire de toute l'edu qu'on peut se procurer, et, dans ce sens, l'eau est, en effet, d'une utilité extrême; mais elle a aussi une extrême valeur, car, si Ton en était privé, on donnerait tout ce que l'on possède pour s'en procurer.
Quand on dit : l'eau est peu utile, on entend une quantité déterminée d'eau, un hectolitre ou une carafe d'eau, et, dans ce cas, l'eau, en effet, a peu ou point de valeur; mais cette quantité d'eau a aussi très peu d'ulilitéy car rien n'est plus facile que de la remplacer.
LIYRE L 90
Quand on dit que le diamaifl, qui a une grande va* leur, est très peu utile, on porte un jugement moraU très fondé sans doute, mais trop peu compris.
Le diamant a cette utilité de donner satisfaction à un besoin très vif encore dans Thumanité, celui de la va* nité.
Faux besoin et fausse utilité, mais qui ne disparaîtront qu'avec le progrès de la raison et de la justice.
Donc, même dans le cas de Teau et du diamant, là où il y a valeur, il y a utilité.
§ 2. Valear en mage et veleiir en échange.
« Tout objet, dit Aristote (Polit., I, k), a deux usages, le premier de servir à satisfaire le besoin pour lequel il a été fait, le second de servir à l'échange. Des chaussure s servent à faciliter la marche, mais elles peuvent servir aussi à se procurer, par l'échange, d'autres objets, de l'argent, des subsistances ou toute autre denrée. »
D'après Adam Smith, l'utilité d'utie chose, en tant qu'elle sci*t au besoin qui Ta fait confectionner, est sa valeur en usage.
Son utilité en tant qu'elle sert à se procurer d'autres objets, est sa valeur en échange.
La valeur en usage dépendra des services que l'objet peut rendre; ainsi pour les chaussures, du temps qu'on pourra les porter.
La valeur en échange dépendra de la quantité existante sur le marché des objets que je désire échan-
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