CHAPITRE V
LA MÉTHODE D*LSV£STI6ATI0]!f.
Stuart Mill dit : c L'économie politique c^t une science essentiellement abstraite, et sa méthode est la méthode à priori. Elle est construite sur des hypothèses complètement analogues à celles qui, sous le nom de définitions, sont la base des autres sciences abstraites. »
J.-B. Say dit, au contraire : « L'économie politique n'est devenue une science qu'en devenant une science d'observation. » Say a raison, mais non comme Ten-^*'*' tendent la plupart de ceux qui le citent. L'économiste doit faire de la méthode d'observation un tout autre emploi que le naturaliste ou le physicien. Ceux-ci observent les faits tels que la nature les leur offre et n'aspirent pas à les changer. Quand leur tâche cesse, celle de Técononûste commence.
i. John-Stoart Hill, né en 1806, mort en 1873, est, sans contredit, depuis Adam Smith, Téconomiste le plus émment de l'Angleterre. Son principal ouvrage, Prinèiplet of political economy, a été traduit en français par MM. Dussard et Gourcelie-Seneuil. Ses écrits sur la Logique^ la Liberté et le Gouvernement représentatif montrent qu'il avait parcouiu tout le domaine des sciences morales et politiques.
L'économiste observe quels sont les mobiles qu\ font agir les hommes. Puis il examine dans quelles conditions il faut les placer pour (jue, poussés par ces mobiles, ils arrivent au bien-être par le travail.
Comme tous les êtres animés, Thomme cherche à se
ourrir et à se reproduire : observation du naturaliste ;
mais quelles sont les idées et les lois qui le porteront
à multiplier les aliments plus que Tespèce : recherche
de l'économiste.
Pour résoudre le problème, il doit étudier les faits que lui offrent l'histoire, la géographie et la statistique. 11 note sous l'empire de qu'elles idées et de quelles lois les sociétés ont été prospères, et pourquoi ; sous l'empire de quelles idées et de quelles lois eHes ont été misérables, et pourquoi.
L'homme étant un être raisonnable, libre et perfectible, l'économiste lui conseille de faire usage do sa liberté et de sa raison, pour adopter les premières et pour rejeter les secondes.
La vraie méthode est donc celle-ci : observer les faits, non pour les constater seulement, à la façon du naturaliste, mais pour en déduire quelles sont les idées et les lois qu'il faut adopter pour que les hommes arrivent au bien-être et, par suite, à la perfection.