‹ Éléments d'économie politiqueChapitre 21 sur 136 · LIVRE II, SO · texte numérisé non relu

LIVRE II, SO

ductif, c*cst-à-dirc qu'il produit plus de choses ulilcs avec moins d'efforts.

Comme le dit La Fontaine, le travail est un trésor. 11 est, en effet, la source de tous nos biens.

Nous ne pouvons approprier à nos besoins la moindre parcelle de matière sans au moins la sai^, et d'ordinaire sans la façonner.

Travailler est donc pour l'homme une loi naturelle, et, par conséquent, un devfir.

En même temps qu'un estomac qui réclame des aliments, l'homme a des bras destinés à les lui apporter. Quand saint Paul dit : c Qui non laborat nec manducetf > il ne fait que formuler une loi universelle. Celui qui la viole fait tort à ses semblables. L'oisiveté complète est une banqueroute frauduleuse.

< Les oisifs, » dit l'ancien poète grec Hésiode, ressemblent à ces frelons, qui consomment le fruit du travail des ^eilles. Le travail te rendra plus cher aux Dieux et aux hommes, car ils ont horreur de l'oisif. »

Dans le livre delà Bible intitulé Job ^ on lit : a L'homme est fait pour travailler, comme l'oiseau pour voler. i> La Sagesse des nations a dit aussi :

< L'oisiveté est la mère de tous les vices. »

Mais, n'oublions pas que les travaux que l'on exécute avec les bras ne sont ni les seuls, ni même les plus productifs. L'esprit produit plus que les muscles.

L'homme est fait pour l'action. Il y trouve d'ordinaire le bonheur, et même dans le malheur, une consolation. L'action est indispensable à la santé du corps et à celle de l'âme.

L'inaction engendre chez le pauvre la misère, et chez le riche, la mélancolie. Souvent celui qui a mené une

vie active aspire au repos, mais, quand il l'obtient, il en éprouve tant d'ennui qu'il en meurt.

Citons à ce propos les paroles d'un moraliste français, Vauvenargues :

€ L'homme ne se propose le repos que pour s'affranchir de la sujétion du travail ; mais il ne peut jouir que par l'action et n'aime qu'elle. »

Un poète français a dit très bien :

Nous ne recevons Texistence Qu'afin de travailler pour nous ou pour autrui. De ce devoir sacré, quiconque se dispense,

Est puni de la Providence,

Par le besoin ou par Tennui.

Montesquieu rapporte ce mot d'un empereur de la Chine : « Si un de mes sujets ne travaille pas, il y a dans mes États quelqu'un qui souffre de la faim et du froid. »

Etant une action vers un but, le travail se compose toujours d'un effort des muscles, et d'un effort de la pensée, celle-ci guidant ceux-là.

Quand je cloue des planches pour faire une porte, mon intelligence guide mon l)ras dans le but de faire une chose utile.

Plus l'industrie progresse, plus augmente dans le travail la part de l'intelligence.

Comparez le porteur qu'emploient les explorateurs en Afrique, et le mécanicien qui guide une locomotive. Le premier ^iie et peine pour transporter trente kilogrammes, tandis que le second, sans effort, en ouvrant une soupape, en met en mouvement deux cent mille.

Tout travail n'est aue du mouvement; l'homme ne

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peut que déplacer les objets. Seulement, en les plarant là où l'observation a révélé qu'ils doivent être, les forces de la nature agissent pour lui et les transforment pour son usage.

J'ouvre le sillon avec le fer de la charrue, et j'y sème des grains de blé : l'humidité et la chaleur mettent en activité la puissance végétative de ces semences : je n'ai opéré que des déplacements, et j'obtiens une récolte de ë^tfafiQt.

Je jette dans un haut-fourneau du minerai, du charbon et de la castine, c'est-à-dire des pierres calcaires. Je frotte une allumette, et je mets le feu au combustible. Rien encore que des déplacements; mais les forces chimiques sont mises en activité, et j'obtiens de la fonte de fer.

En tout travail, il faut donc disposer les objets de telle façon, que les forces de la nature contribuent le plus utilement possible à l'œuvre de la production.

Le travail, qui est toujours un devoir, ne peut jamais être un droit.

Le bien-être dans les sociétés humaines dépend surtout de la bonne direction du travail. Recherchons ce (jui favorise celle-ci.

§ tS. La producUrhé da travalL

Le travair(^riiu/a^io) étant toujours une peine, il faut s'efforcer d'obtenir le plus de choses utiles, avec le moins d'efforts et de peines possible. II s'ensuit qUÊ^la question de savoir ce qui peut amener ce résultat, j^^fislcàidire accroître la productivité du travail^ est

la plus importante de toutes en économie. Considérée sous toutes ses faces, elle embrasse même toutes les autres.

Les causes qui augmentent ou qui diminuent la pro* ductivité du travail sont très nombreuses : ce sont ou des faits naturels, ou nos idées, nos connaissances, nos sentiments, nos institutions et nos lois. C'est là, à vrai dire, le vrai champ d'étude de l'économiste, car c'est dans ce domaine de la liberté humaine qu'il peut montrer les réformes à opérer et l'idéal à poursuivre. La statistique et l'histoire lui fournissent les faits dont il déduit les conclusions.

Ce sujet est très, vaste. Pour ne pas trop m'éloigner de la méthode habituelle, je ne puis que TefOcjurer, en montrant les causes principales qui rendent le travail productif.

§ 5. La retpontabîlité.

Le mobile du monde économique est la responsabilité.

De même qu'un re gsort fait marcher les rouages d*une montre, ainsi le désir instinctif de se conservcrT de se développer et de se perpétuer pousse à Taction économique tous les êtres animés, depuis la simple cellule vivante, la monade, qui absorbe eu elle les substances dont elle vit, jusqu'à l'homme, dans les créations les plus merveilleuses de son industrie.

Plus ce ressort sera fort, plus sera grande l'activité industrielle; et plus l'activité industrielle sera grande

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