LIVRE IL
et bien dirigée, plus il y aura de choses utiles créées, et plus grand sera le bien-être.
Le problème à résoudre est donc celui-ci : Comment donner à ce ressort le plus de force possible? La réponse est simple : En assurant à chaque acte un traitimient en rapport avec son mérite : récompense pour le bien, peine pour le mal; satisfaction et bien-élie pour qui est laborieux et économe, privations et dénucr ment pour qui est paresseux et dépensier.
C'est l'application aux relations économiques du grand principe de la justice distributive. Les distributions de prix dans renseignement sont un exemple de l'application de ce principe.
Ce qu'il faut donc, c'est organiser la responsabilité.
La responsabilité s'applique naturellement, pour les animaux, sous l'empire des lois naturelles. Le bœuf qui resterait couché tout le jour, et le lion qui n'irait pas à la chasse, mourraient de faim.
Parmi les hommes où règne le libre arbitre et non des lois fatales, la responsabilité doit être organisée par les lois sociales.
Plus complètement les fruits dû travail seront assurés au travailleur, plus grand sera le stimulant à beaucoup et à bien travailler, et plus actif sera le grand ressort du monde économique.
« Les lois doivent être telles, » dit Rousseau^ dans son article de l'Encyclopédie sur l'économie politique,
1 . Jean-Jacques Rousseau, né en 1712, mort en 1778, quoiquMl ait écrit Tarticle que nous citons ici, n'est pas un économiste, mais, par les idées égalitaires qu'il a exprimées avec tant d'éclat dans ses écrits politiques, il a cxei'cé nnn grande influence sur la façoa dont les écoles socialistes •Dt conçu la répartition des biens.
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c( que le travail soit toujours nécessaire et jamais inutile. »
§ 4. De Tinfluenoe de la nature sar la produoUvHé
du travail.
Quelques grands esprits, comme Montesquieu, Cuvier et Buckie, ont cru que le degré de prospérité auquel les peuples arrivent dépend, en très grande partie, des influences de la nature.
Écoutons Cuvier : « A l'abri des petites chaînes calcaires, inégales, ramifiées, abondantes en sources qui coupent Tltalie et la Grèce, dans ces charmants vallons, riches de tous les produits de la nature vi. vante, germent la philosophie et les arts; c'est là que l'espèce humaine a vu naître les génies dont elle s'honore le plus; tandis que les vastes plaines sablonneuses de la Barbarie et de l'Afrique retinrent toujours leurs habitants à l'état de pasteurs errants et hrouches. » Le grand naturaliste va même jusqu'à dire : « Nos départements granitiques produisent sur tous les usages de la vie humaine d'autres eiTots que les calcaires. On ne se logera, on ne se nourrira, le peuple ne pensera jamais en Limousin ou en Basse- Bretagne, comme en Champagne ou en Normandie. »
Sans doute la constitution du sol, la configuration géographique du territoire et surtout le climat doivent exercer une grande influence sur les travaux de l'homme, sur les produits qu'il re cueill e, et, par conséquent, sur le développement économique. Un peuple qui n*a pas de mines ne produira pas de métaux, et s'il habite aa
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milieu des terres, il ne pourra s'adonner à la navigation. Les climats extrêmes^ le froid excessif des régions polaires et la chaleur excessive des régions équatoriales ne sont pas favorables à la productivité du travail. L'excès du froid diminue l'activité de la nature, et Texcès de la chaleur, celle de l'homme.
Le climat tempéré est celui qui favorise le plus l'avancement des industries : comme le dit très bien M. Elisée Reclus, « l'homme y est incessamment sollicité au travail ; car si la nature y est généreuse, elle l'est avec mesure et seulement pour ceux qui l'étudient et la comprennent. »
La variation des saisons développe l'esprit de réflexion, l'habitude de la prévoyance et, par conséquent, la création du capital, condition du progrès économique.
Mais, à mesure qu'augmente notre domination sur la nature, TinQuence qu'elle exerce sur notre condition diminue. En tous pays, la puissance de l'industrie, guidée par la science, ti re parti^ des ressources locales, et, grâce au commerce, chaque peuple peut jouir des produits de tous les climats.
Aux époques de barbarie, la nature fait l'homme. Aux époques de civilisation^ c'est l'homme qui fait la nature.
Nous avons vu, dans l'espace d'une génération, la même contrée, sous le même climat, occupée tour à tour, d'abord, par des hommes plongés dans le dénuement le plus abject, puis par d'autres hommes jouissant du plus haut degré de bien-être.
En Australie, où naguère les indigènes se nourrissaient de ^arogne et souvent mouraient de faim,
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s'élèvent des villes magnifiques, Sydney et Melbourne, ornées de toutes les splendeurs de la civilisation.
En Amérique, dans ces vastes plaines où Tlndien aurait continué indéfiniment à vivre, misérable, des produits incertains de la chasse, les Anglo-Saxons fondent chaque jour des sociétés étonnamment prospères.
Parcourez le globe : ce n'est pas dans les pays les plus favorisés par la nature que vous trouverez les peuples les plus riches. C'est le travail bien dirigé qui fait la richesse, plus que la fécondité du sol. Tant vaut l'homme, tant vaut la terre. Celle-ci vaut en raison de l'activité et de l'intelligence de qui la cultive.
La puissance de l'homme civilisé est telle, que Tinfluence des diversités naturelles s'efface.
Les conquêtes de la science, partout répandues, produiront en tout pays un état de civilisation très semblable. Montesquieu a eu raison de dire : « Les mauvais législateurs sont ceux qui favorisent les vices du climat, et les bons sont ceux qui s'y opposent. »
§ 5. De l'înfluenoe des raoet sur la produotivîté
du travail.
On ne peut nier la différence d'aptitudes et d'inclinations des différentes races. Toutes ne sont pas également portées à s'adonner au travail et à en perfectionner les procédés.
Quel contraste entre l'Australien, qui se laissera mourir de faim et de misère plutôt que de cultiver la terre, et le Chinois, qui paraît trouver la félicité dans un travail acharné et incessant !
Même parmi les Européens, tous n'apportent pas au