‹ Éléments d'économie politiqueChapitre 56 sur 136 · LIVRE II. iiî · texte numérisé non relu

LIVRE II. iiî

§ 5. L'indntlrie manufaotiirîère.

L'industrie manufacturière reçoit, des industries extractives et agricoles, les matières premières, et leur donne la forme dernière que réclame la consommation.

Aux époques primitives, le travail manufacturier est intimement uni au travail agricole. Dans la demeure du Grec ou du Romain, qui vit du produit de ses champs, les femmes filent la laine et confectionnent les vêtements. Nous retrouvons la même organisation du travail dans les villas de Charlemagne, et il en est encore ainsi aujourd'hui dans Flnde, en Russie et chez les Slaves du Danube.

La division du travail fait apparaître l'artisan spécial, quand la facilité des communications le permet. L'industrie peut alors déjà prendre un grand essor, comme on Ta vu, dans l'antiquité, en Phénicie et en Egypte, et, au moyen âge, dans les républiques italiennes et dans les communes flamandes. Cependant elle conserve encore le caractère « lamilial »; elle ne cesse pas d'être de la petite industrie.

La grande industrie naît avec l'emploi des moteurs mécaniques.

Quel contraste entre ces deux formes de la production ! Même quand les tisserands de Bruges ou de Florence envoyaient leurs draps sur tous les marchés de l'Europe, le travail s'exécutait au foyer domestique, ainsi qu'on le voit dans les vignettes des manuscrits : les enfants nettoient la laine, la femme la file et le mari bat le métier, aidé de quelques compagnons.

iiS ÉLÉMENTS D'ËGONOmE POUTIQUE.

Le capital employé est petit; le groupe ouvrier est restreint. L'égalité règne entre le chef d'industrie et ceux qu'il emploie : mêmes travaux, même genre de vie, même culture intellectuelle. Le débouché est connu et assuré.

Aujourd'hui, un capital considérable réunit dans un vaste atelier, autour du moteur qui donne la force, toute une foule d'ouvriers, éloignés de leur foyer, travaillant pour des débouchés qui tantôt s'étendent et tantôt se resserrent ou se ferment. Le chef de cette armée industrielle est riche ou largement rétribue, parce qu'il lui faut des aptitudes diverses et rares : art du commandement, instruction technique, connaissance des marchés, esprit d'ordre en administration et surtout bon sens en affaires.

La manière de vivre et la culture de l'esprit ont ainsi ouvert une grande distance entre celui qui fournit le capital et ceux qui louent leurs bras. De là résulte ce que l'on appelle le a conflit du travail et du capital », cl la physionomie toute nouvelle de l'état économique actuel. Même dans nos pays industriels d'Occident, la petite industrie emploie encore plus d'ouvriers que la grande. Ainsi, en France, le recensement de 1872 en comptait 950 000 pour la première et 909 000 pour la seconde. Mais il est certain que partout la grande industrie gagne du terrain. Elle envahit même celui qui semblait réservé au travail sur commande, par exemple, la confection des habits et des chaussures.

Ce fait s'explique par les avantages dont elle jouit et qui sont les suivants :

1^ Application sur une large échelle de la division du travail. Un homme d'aptitudes spéciales est chargé

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