‹ Éléments d'économie politiqueChapitre 6 sur 136 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

RAPPORTS ENTRE l'ÉCONOMIE POLITIQUE £T LES AUTRES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES,

L'économie politique est une partie de ce groupe do sciences qui ont pour objet l'étude des sociétés humaines, et que Ton désigne maintenant sous le nom de sociologie.

§ 1. Rapport entre réconomle politique et la phnosophîe

ou la religion.

Considérant Thommo en tant qu'il poursuit l'utile, l'économie politique est subordonnée aux sciences qui considèrent l'homme en tant qu'il -poursuit le vrai et le bien, c'est-à-dire à la philosophie ou à la religion.

En effet, la philosophie dit quelles sont la nature et la destinée de Thomme; or l'emploi que les individus ou les sociétés font de leur temps et de leurs Liens dépend de Tidée qu'ils se font de la destinée de l'homme.

Les doctrines qui ne voient dans l'homme que le

LIYRE I. 7

corps» et dans la vie qu'une durée de quelques inslaiils, jlérobée au néant, précipiteront les sociétés dans la poursuite exclusive des jouissances, tandis que l'ascétisme, pour qui le corps n'est qu'une source de péchés et la vie qu'une épreuve, voudra supprimer la satisfaction des besoins les plus essentiels, et poussera l'individu à s'anéantir, dans les déserts de la Thébaîde, sur la colonne du stylite, ou, aux Indes, dans l'aspiration au Nirvana.

Fuyant ces deux excès, la vraie philosophie nous apprend que l'homme doit chercher à développer complètement toutes ses facultés : celles de l'esprit d'abord, parce que la vie intellectuelle est la plus essentielle; mais aussi celles du corps, parce qu'il est l'instrument de l'âme. Le but est indicé par le vers de Juvénal : Orandum est ùt sitèmens sana in corpore sano (Juvénal, Sat. X, v. 556).

Il resuite de ceci que, tout en poursuivant Fulile, qui-cst son objet propre, l'économie politique ne doit jamais oublier que les biens matéiîels sont un moyen et non un but, la condition du progrès intellectuel et moral, non la fm de la vie.

Il ne faut écouter ni l'ascétisme, qui sacrifie le corps, ni le sybaritisme, qui sacrifie tout au corps.

L'économiste doit apprendre, du philosophe qucîs sont les mobiles des actions humaines, afin de réirlcr l'ordre social, de façon que les hommes soient toujours poussés à employer leur temps et leurs forces de la façon la plus utile.

La science des motifs qui déterminent la volonté doit donc servir de base à la science des lois qui président à la production des biens.

8 ELEMENTS D'ECONOMIE POLITIQUB.

S 2. Rapport entre réoonoinîe politique et le morele.

Le lien entre la morale et réconomie politique est intime.

« Lamorale, dit un éminent philosophe français, François Huet, est la science de la perfection et de la valeur spirituelle, comme l'économie est la science du bien-être et de la valeur matérielle. »

En effet, la morale détermine quels sont nos devoirs à regard de Dieu, de nos semblables et de nous-mêmes; or ces notions de nos devoirs doivent présider à tous les actes de la vie économique.

La morale nous commande la modération dans nos besoins, l'activité et la conscience dans notre travail, la fldélité dans nos engagements, l'économie et la prévoyance dans l'emploi de notre revenu, le respect de la justice dans nos relations avec autrui.

Il n'est pas un seul de ces commandements qui ne soit une règle économique essentielle.

L'activité au travail assure une abondante production ; le respect de la justice, une équitable répartition ; le respect des engagements, un crédit facile; l'esprit d'économie, la création du capital ; la modération des désirs, le bon emploi du temps et des biens.

C'est dans le code de la morale que se trouvent les vraies racines des lois économiques.

Le bien, objet de la morale, et l'utile, objet de l'économie politique^ sans se confondre, sont inséparables.

La poursuite du bien est toujours favorable à la production de l'utile.

Page 1