‹ Éléments d'économie politiqueChapitre 82 sur 136 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Le droit canonique et les Pères de TÉglise, en condamnant tout intérêt, ne faisaient que se conformer à ridée de justice qui régnait à ce sujet en Grèce^ à Rome et dans l'Ancien Testament.

L'analyse prouve que l'intérêt est à la fois juste et nécessaire.

Il est juste; car celui qui a créé un capital, une charrue, par exemple, doit être récompensé du sacrifice qu'il a fait en ne consommant pas, dans le loisir, les provisions qui l'ont nourri pendant qu'il fabriquait ce nouvel instrument de travail.

S'il prête sa charrue, celui qui l'empruntera obtiendra uti plus grand produit. Serait-il équitable que celui-ci gardât pour lui tout cet accroissement du produit, dû à l'emploi de l'instrument perfectionné?

Celui qui le prête et celui qui l'emploie sont deux associés : il est juste qu'ils partagent le bénéfice obtenu.

L'intérêt n'est que l'équivalent de l'utilité produite journellement par la chose dont on cède la jouissance.

L'intérêt est aussi nécessaire. S'il était interdit ou su[)primé, nul n'épargnerait plus, que pour thésauriser; toutes les économies seraient mises dans des coffres, comme jadis ; pourquoi risquer de les perdre sans profit?

Peu de capital nouveau créé, et point de capital prêté, voilà quelle serait la situation.

Jadis, en tout pays, des lois contre l'usure défendaient l'intérêt considéré comme excessif, c'est-à-dire dépassant cinq ou six pour cent. Ces lois ont été abohcs presque partout. On a bien fait. Elles étaient inutiles et même funestes à ceux qu'on voulait protéger.

Inutiles, car le préteur les éludait, en stipulant une

commission aux renouTellements de Temprunt» rendus très fréquents; funestes» car elles augmentaient le risque de prêter. Elles avaient donc nécessairement pour effet d'élever le taux de Tintérét.

§ 4* Gomment Tabondanoe ou la rareté da numéraire agit tur le taux de Tîntérét

Ce que l'entrepreneur d'industrie désire avoir en location, ce n'est pas du numéraire, mais des provisionsy des matières premières, des outils, des machines, tout ce qui, mis en œuvre par le travail, produit des choses utiles.

Toutefois, c'est par le numéraire ou par des titres de crédit reposant sur le numéraire, qu'on arrive à la possession de ces instruments de la production, et c'est sous forme de numéraire que les prêts s'effectuent.

Le numéraire est un agent de circulation qui fait passer les choses d'une main dans une autre.

Il s'ensuit que, si le numéraire est rare, ce moyen d'arriver au capital productif est plus difficile à obtenir et se fait payer plus cheiy^

Quand les navires manquent pour transporter les marchandises, le fret coûte davantage. De même, quand les véhicules monétaires font défaut, l'intérêt s'élève.

Seulement, à mesure qu'on apprend à faire passer la possession des objets d'une main dans une autre, par l'emploi des titres de crédit, l'influence de la rareté du numéraire métallique sur le taux de l'intérêt diminue.

En outre, si la rareté de la monnaie persiste, les

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