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LA RÉMUNÉRATION DU CAPITAL

§ i. Ce qa'eit lintérèl.

Le concours que le troisième facteur, le capital, apporte à la production doit être rémunéré à son tour. La rémunération qu'il reçoit s'appelle l'intérêt.

Pour les capitaux fongibles et circulants que l'emprunteur consomme, l'intérêt se calcule ordinairement en pour-cent par année : ainsi cinq francs pour un prêt de cent francs pendant un an. Pour les capitaux fixes que l'emprunteur doit restituer tels qu'ils sont, la rémunération est en rapport avec le service rendu et la dépréciation probable.

Dans l'intérêt que l'on paye pour jouir d'un capital, on peut distinguer deux éléments : le premier est une prime d'assurance, qui doit couvrir les chances de perte du capital prêté; le second est simplement le loyer du capital.

Dans un pays où il y a de mauvaises lois et de mauvais juges, celui qui prête un capital risque de ne jamais le recouvrer. Il stipulera donc une prime de tant pour cent, qui, en moyenne, le couvrira de ce risque.

C'est pour ce motif que le taux de l'intérêt est toujours très élevé en Orient, quinze ou vingt pour cent et même davantage.

Voulez-vous réduire le taux de l'intérêt, faites de bonnes lois et nommez des juges intègres.

Celui qui prête un capital s'en prive : celui à qui il est prêté en jouit et en tire un profit; il est donc naturel que le second paye au premier une indemnité, un loyer pour cette jouissance.

Le taux de ce loyer sera élevé s'il y a peu de prêteurs, relativement au nombre des emprunteur^ ; il sera bas s'il y a beaucoup de prêteurs et peu d'emprunteurs. C'est la loi générale de l'offre et de la demande.

Mais quand y a-t-il beaucoup de prêteurs en quête d'un placement? Quand il y a beaucoup de personnes assez riches pour pouvoir épargner et assez économes pour le vouloir. En Hollande, dès le dix-septième siècle, l'intérêt était tombé à trois et même à deux pour cent. Chacun travaillait, commerçait, et personne ne dépensait tout son revenu. Descartes en ifut très frappé : Ibi nemo qui non exercet mercaturarriy dit-il.

Quand y a-t-il beaucoup d'emprunteurs? Lorsque l'esprit d'entreprise est développé, et qu'en même temps la nature offre à l'industrie des emplois nombreux et rémunérateurs.

Aux États-Unis, quoique les capitaux ne manquent pas, comme la plupart des entreprises ; mise en culture des terres vierges, achat de terrains à bâtir, construction de maisons, mines, usines, chemins de fer, donnent de grands profits, dix, vingt, trente pour cent, l'homme entreprenant sera prêt à payer le capital six et huit pour cent l'an. De grandes fortunes se font rapidement. On

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peut en citer plusieurs de plus de cinq cents millions de francs qui se sont faites en peu d'années.

§ 2. L*mlérèt tend à diauniier.

Dans les pays à population dense et depuis longtemps riche, comme TAngleterre, le taux de Tintcrét tend à diminuer pour deux motifs : d'une part, parce que les capitaux, sans cesse créés parrépargnc, s'offrent à l'enyi et aiuabais ; et, d'autre part, parce que le champ d'emploi, c'estrà-dire les sources de richesse à mettre en valeur, diminuent

Ce qui peut arrêter cette tendance à la baisse du taux de l'intérêt dans les pays riches, c'est l'emploi des capitaux en placements à l'étranger, la découverte de nouvelles sources de richesse, ou certains progrès de l'industrie qui exigent des installations coûteuses, mais rémunératrices, les chemins de fer, par exemple.

Depuis 1850 jusqu'en 1870, le taux de l'intérêt s'est élevé en Europe, parce que dans le monde entier les télégraphes électriques par fils sur terre et par câbles immergés, les voies ferrées, les canaux pour les transports et pour les irrigations, les usines nouvelles, les banques, les établissements d'éclairage au gaz, les entreprises fructueuses de toute nature ont pu bien utiliser et bien payer tous les capitaux qui se formaient

Quand tous les grands travaux utiles seront achevés et que partout les industries auront à leur disposition les moyens de production les plus perfectionnés, le moment viendra où le capital nouveau ne trouvera plus d'emploi rémunérateur. C'est ce

que Stuart Mill appelle l'état stationnai re, et il y Voit un état heureux pour Thunianité, qui n^est^as faite, dit-il 9 pour se consumer toujours dans la poursuite de Targent. Il a raison. La vie véritablement digne de nos hautes destinées est celle du citoyen d'Athènes conten>porain de Socrate, s'occupant de philosophie, d'art et delà chose publique, à condition toutefois que la moitié de la journée soit consacrée à un travail productif.

Quelle est la limite extrême de la baisse de l'intérêt? C'est celle où la rémunération de l'épargne serait insuffisante pour faire renoncer à la consommation immédiate de la richesse produite. Quand cent francs économisés ne rapporteront plus que cinquante centimes, le nombre de ceux qui épargneront diminuera beaucoup.

N'oublions pas cependant que le souci de l'avenir est souvent assez grand pour porter à thésauriser de l'argent dans un coffre, où il ne rapportera rien du tout.

Lorsque la rémunération des capitaux ne suffira plus pour engager à en créer de nouveaux, c'est quel'humanité aura à sa disposition tous les moyens de production nécessaires ; et, à condition de bien entretenir ceux-ci, elle pourra alors consacrer, chaque année, à des jouis, sances immédiates, tout ce que le travail produira.

Ce temps est encore éloigné.

§ 5. La légîtnnîté de rîntérèt et les loli contre l'usure.

Le sentiment moral, dans toute l'antiquité, Aristote, les Pères de l'Église et le droit ecclésiastique ont con-

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damné tout intérêt dans les termes les plus sévères, comme un vol et même comme un homicide. Caton dit : Majores ita in legibus posuerunt furent dupli condemnarij feneratoremquadrupli; « Les lois de nos ancêtres condamnaient le voleur à restituer le double, et le prêteur à intérêt, le quadruple ». On disait encore à Rome : Quid est fenerari? Quid est hominem occidere ? « Qu'est-ce que prêter à intérêt? Qu'est-ce que tuer un homme? »

Cette condamnation était dictée, d'abord, par une erreur sur la nature du capital, ensuite, par la vue des maux qui résultaient du prêt à intérêt.

Erreur sur la nature du capital. On croyait que le capital est uniquement de l'argent^ lequel est stérile. «L'intérêt, dit Aristote, est de la monnaie qui engendre de la monnaie, et c'est de toutes les acquisitions celle qui est le plus contre la nature. » (Livre I, chap. vu.) On retrouve la même idée à Rome : Nummus non parit nummum a Le numéraire n'engendre pas de numéraire ». En effet, une pièce de vingt francs n'aura pas, au bout d'un an, produit un franc pour en payer le loyer. On peut lire à ce sujet le traité de Rossuet sur V Usure.

Les anciens étaient trompés par l'apparence. L'argent, on effet, ne produit rien, mais il n'est que le moyen d'arriver aux provisions, aux outils, aux machines, en un mot au capital, qui est, lui, essentiellement productif, puisque c'est grâce à lui que le travail produit tout. Comme le dit Rentham, répondant à Aristote, une darique d'or ne peut engendrer une autre darique, mais, avec cette pièce de monnaie, je puis acheter un bélier et une brebis qui me donneront des agneaux d'où naîtra un troupeau.

Dans Tantiquité, les maux causés par le prêt à inlcrct le rendaient odieux, parce que c'étaient le plus sou- Tcnt les malheureux qui empruntaient pour subsister, non pour tirer parti de l'emprunt. L'intérêt de la dette dévorait le capital. L'emprunteur était bientôt réduit à la misère et à la merci du créancier. C'est l'histoire des plébéiens à Rome.

Quand on lit la loi des Douze Tables, on comprend que, pour échapper à ses créanciers, le peuple fuie la cité et se réfugie sur le mont Sacré. Voici ce qu'elles portent à ce sujet :

Pour le payement d*une dette d'argent avouée ou d*une condamnation juridique, que le débiteur ait un délai légal de trente jours.

Passé lequel, qu^il soit saisi et amené devant le magistrat»

Alors, à moins qu^il ne paye ou que quelqu'un ne se porte caution, que le créancier Temmène cluz lui et qu*il Penchnine ou par des courroies ou par des fers aux pieds, pesant au moins quinze livres, ou plus si Ton veut.

Après le troisième jour de marché, qu'ils (les créanciers) se le partagent en morceaux; s'ils en coupent des parts plus ou moins grandes, qu'ils n'en soient pas responsables.

Chez les Israélites, le prêt à intérêt étant considéré comme un agent de ruine et de torture, il était interdit au Juif à l'égard d'un autre Juif, mais permis k l'égard de l'étranger.

£RIS CONFESSI MBCSQUE JURE JU- DICATIS TRIOUITÀ DIBS JUSTI 8UNT0.

POST DEINDB MANU8 DtJEGTIO ESTO,

IN JUS DUCITO.

m JUDICATUM FACIT AUT IS ENDO EH

JURE VIHDICIT, VINCITO AUT IfERVO,

AUT COMPEDIBDS QUINDECIM PONDO, HE MmORB, AUT 61 VOLET MAJORE

VUIGITO.

TERTIIS KUNDINIS PARTES SEGANTO, SI PLUS MUfUSVB 8ECUERINT, SE FRAUDE ESTO.

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