‹ Éléments d'économie politiqueChapitre 89 sur 136 · LIVRE IIU · texte numérisé non relu

LIVRE IIU

La monnaie est en même temps Téquivalent universel. Quand je vends une marchandise vingt francs» les vingt francs que je reçois sont l'équivalent de la marchandise que je livre ; et au moyen de ces vingt francs de monnaie je puis obtenir, à mon tour, valeur égale en choses utiles. c( Une pièce d'or, dit Adam Smith, peut être considérée comme une traite, pour une certaine quantité de marchandises, payable chez les fournisseurs du voisinage. »

La monnaie est aussi une commune mesure ou étalon des valeurs. Il est difficile de comparer directement la valeur relative des objets. Combien de blé vaut ce mouton? L'évaluation comparée devient facile par l'emploi d'un évaluateur commun, la monnaie. C'est ainsi que Ton compare la longueur des objets, au moyen du mètre, étalon des mesures, et leur poids, au moyen du kilogramme, étalon des poids. Seulement l'objet au moyen duquel on mesure la valeur comparée des marchandises, étant lui-même une marchandise, équiva. lent universel, sa valeur varie comme celle de tous les biens.

Pour les valeurs il n'y a donc pas d'étalon stable comme pour les longueurs et pour les poids.

Ce qui est désirable, c'est d'en adopter un aussi stable que possible

La monnaie, par sa valeur très durable et très généralement admise, permet d'accumuler la richesse, de la transporter d'un pays dans un autre et de génération en génération. Elle est donc un moyen de conservation et de transmission de la richesse, dans le temps et dans rcspacc. C'est grâce à la monnaie que se sont établies la division du travail et la dépendance réciproque des

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métiers et des fonctions. Elle est donc le lien de la société humaine.

§ 2/ Dîllihreiitef etpèoes de monnaie.

Des objets de toute sorte ont été employés comme monnaie : des fourrures en Sibérie, des cubes de sel, des coupons de coton bleu ou des coquillages (cauris) en Afrique, du fer à Sparte; jadis, presque partout, des tétcs de bétail.

Dans le Rig-Veda, dans le Zend-Avestay dans Homère, les objets sont estimés en têtes de bœufs. Les armes de Diomède valent neuf bœufs, et celles de Glaucos cent {Iliade, VI, 234). Le tripode donné en prix aux lutteurs dans le chant XXIII de VIliade est estimé douze bœufs, et une esclave, habile ouvrière, quatre (Gladstone, Juventus mundi, p. 534). Les tributs que les Francs vainqueurs imposaient aux Saxons étaient comptés en bœufs. Notre mot « pécuniaire » {pecunia) vient de pecus « bétail », de même que le mot « pécule » petit trésor*. Le mot anglais fee (feoh en saxon) signifie « rétribution ># ; le mot Scandinave fà « richesse » est identique. Le mot grec xTtjfjuz signifie « propriété » et « troupeau » ; le mot gothique Skatts, à la fois « trésor x> et « troupeau » ; Schatz, en allemand, « trésor »; Sket, en frison, « bétail ». En hébreu, kassaph signifie « mouton » et « mon-

1. c II n'est pas étrange, dit le commentateur Festus, que ces mots d'usage si fréquent dérivent du bétail. Chez les anciens, c'est en bétail principalement que consistaient les richesses et les patrimoines^ de telle façon que nous disons encore pecuma^ peculium. »

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